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4 février 2012

L'ÉTAT VOUS AIME, AIMEZ L'ÉTAT !

L'ÉTAT VOUS AIME, AIMEZ L'ÉTAT !

Culture pour chacun pour soi (4) - les politiques publiques par la séduction.

Cet article fait suite (-et-fin) à trois autres textes sur le projet "Culture pour chacun"
(1)- l'évolution de l'action culturelle d'État
(2) - comment on a élaboré la "doctrine"
(3) – l’enterrement.


Il y a un an, le 4 février 2011, Frédéric Mitterrand, ministre de la culture, célébrait son projet de « Culture pour tous, Culture pour chacun, Culture partagée », lors d’un grand forum à Paris. Les jours suivants, le projet, initié quelques mois mois plus tôt par le rapport « Culture pour chacun », était laissé pour mort. Sur le très coûteux site du ministère, la rubrique Culture partagée fait apparaître les étapes de ce projet : le dernier texte y fut posté le 3 février 2011. RIP.

« Pour chacun », « pour tous », « partagée » ou sans slogan… Quel que soit l’idée que le ministre voulait associer à la culture, le rapport « Culture pour chacun » marquait par sa bêtise et son inaptitude.

Mais comment a-t-on pu pondre un tel rapport, engageant l’Etat et les pouvoirs publics ? Comment la Fonction publique, structure théoriquement neutre et sans enjeux commerciaux, voit-elle certaines de ses structures devenir si viles et si serviles face aux industries et aux actionnaires ?



16 juin 2011

quand l'Etat récompense ses bons élèves

Sous Staline, les ouvriers modèles des grandes industries étaient récompensés par les honneurs. Le mineur du mois, le chaudronnier du mois, l'ajusteur du mois, etc. avaient leur photo à l'entrée de l'usine.
La France est un pays où, même quand la droite règne, on pratique l'écrémage parmi les travailleurs : on fait fonctionner le mérite à plein. L'État choisit les "bons élèves", selon le vocabulaire en vigueur actuellement, il fait honneur à ses favoris en les présentant comme des modèles.
C'est pas toujours à l'entrée de l'usine, mais même à l'entrée du Ministère de la culture, qu'on affiche la photo des nommés :

8 mars 2011

une vaste et forte action culturelle.

On s'en rend compte depuis des semaines, quand on entre dans le hall de l'administration du Ministère de la culture : l'ampleur de la campagne pour la TNT. C'est l'action culturelle du moment, celle qui occupe le travail des chargés de missions, qui occupe même tout l'espace du hall.
Dans le hall, y a une installation avec un salon digne d'un appartement-témoin, avec des fauteuils vides tournés vers un petit écran. Et un peu épars, des panneaux avec les 2 personnages télé bleue et télé rouge, et les injonctions "tous au numérique !"


Car c'est le mot d'ordre : que toutes les télés passent au numérique pour assurer la continuité de la réception des programmes, partout, pour tous. On ne se rend pas compte à quel point c'est important.
Eh ! Imaginez que quelques uns, toujours sans TNT, soient obligés de ne plus regarder la télé, et de s'occuper ; imaginez que les jeunes soient poussés à regarder des films téléchargés illégalement au lieu de subir les programmes proposés ; imaginez que les vieux couples se mettent à lire, ou pire, à se parler ; imaginez que les vieux, soudain inoccupés, réclament la présence de leurs enfants. Imaginez que l'on ne puisse plus profiter du JT de Pujadas, de "Plus belle la vie", du magazine de Valérie Damidot, de Téléfoot, des talk-shows de Ruquier, des messages à caractère informatif pour la santé ou pour sauver la planète !
Imaginez que l'on doive, pour comprendre le monde, écouter la radio ou discuter avec nos voisins ; imaginez l'on doive de nouveau imaginer...

Pour éviter cette catastrophe, Frédéric Mitterrand s'est fait le missionnaire de l'installation de la TNT pour tous. L'accès à la télé étant pour lui "un droit légitime", il la défend comme un outil de cohésion sociale. Ouais. Passer 3h par jour en moyenne devant son écran, absorber ce qui passe, c'est s'ouvrir au monde. Notre ministre y croit, ou tente de le faire croire : "Dans une société où l'insertion sociale est complexe, où les solidarités se distendent, la télévision, en fournissant de l'information, en brisant l'isolement, joue un rôle social considérable."

Mais, Monsieur Mitterrand, il serait bien venu, pour jouer un rôle social, de renforcer le financement des centres culturels, de l'éducation populaire et du spectacle vivant, de donner les moyens d'exister aux projets novateurs et à la culture de proximité... Pour commencer, Monsieur le ministre, enterrez le rapport Pfister-Lacloche sur "la culture pour chacun", pondu en septembre dernier par vos ouailles et qui sonne le glas de la démocratisation culturelle. Oui, commencez par ça, tiens.

26 novembre 2010

Un livre de notre monde

Pour présenter ce livre, je vais un peu parler de mon activité professionnelle : je suis salarié du Ministère de la culture, je bosse dans un grand musée dans une filière  et y exerce une activité syndicale depuis des années. Un syndicalisme qui consiste à informer, à faire bouger les rapports de force afin que les salariés se saisissent de ce qui les concerne : organisation du travail, défense des personnels, défense du service public de la culture, lutte contre la précarité...
L'organisation la plus honnête, la plus démocratique, la plus lucide et la plus combattive dans laquelle j'ai pu militer a été le syndicat SUD Culture.

Irène Pereira est une collègue, salariée dans un autre grand site culturel, et elle poursuit aussi une analyse du syndicalisme dans ce cadre, en tant que sociologue. Elle vient d'écrire un super petit bouquin, vif et pertinent : "les travailleurs de la culture en lutte".

Ce livre s'adresse "à tous ceux, militants, salariés du secteur de la culture et citoyens curieux, qui souhaitent mieux appréhender les transformations dans le secteur de la culture, les luttes syndicales et les mutations actuelles de l'État et du Capitalisme".

Les travailleurs de la culture en lutte
Le syndicalisme d'action directe face aux transformations du capitalisme et de l'État dans le secteur de la culture

Editions d'ores et déjà, novembre 2010 - 180 p., 8 euros.

À partir d'une étude empirique, basée sur des entretiens avec des militants de SUD Culture Solidaires et des observations participantes au sein de cette organisation syndiale, cet ouvrage propose un panorama des évolutions et des problèmes qui se posent actuellement dans le secteur de la culture en France : éditions, médias d'information, exploitation cinématographique, conservation du patrimoine, spectacle vivant. Il présente des luttes et des actions menées par des syndicalistes en particulier par rapport au problème de la précarité ou contre la Révision générale des politiques publiques (RGPP).

L'ouvrage propose en outre une réflexion sur la place du syndicalisme face au capitalisme et à l'État. Il avance des pistes de réflexion pour comprendre l'État, le capitalisme et leurs relations aujourd'hui.

Présentation de l'auteure:
Iréne Pereira est docteure en sociologie, chercheuse associée au GSPM / EHESS et chargée de cours à l'Université. Par ailleurs salariée au Ministère de la Culture, elle milite au syndicat SUD Culture Solidaires. Elle est en outre co-fondatrice de l'Institut de Recherche, d'Étude et de formation sur le syndicalisme et les Mouvements sociaux (IRESMO) et auteure de plusieurs ouvrages d'études politiques dont: Anarchistes (La Ville Brûle, 2009), Peut-on être radical et pragmatique ? (Textuel, 2010), Les grammaires de la contestation(La découverte, 2010).