C'est pourtant presque systématique, sur les affiches de pubs, affiches de concerts, de films, photos de mode, couvertures de journaux féminins... : les femmes posent les lèvres entr'ouvertes, dans une posture d'invitation explicite (ça ne se conçoit pas pour les hommes, qui généralement montrent un visage fermé et une bonne gueule volontaire.)
On sait combien la publicité use d'attraction sexuelle : on se rappelle la pub des années 90, qui disait : "il a une Audi, il aura la femme". Le boulot des publicitaires c'est ça : conférer au produit une charge érotique.
"L'irrépressible 'pulsion consommatrice', ne se suffisant pas des biens matériels, a besoin pour s'assouvir de multiplier à l'infini les 'biens symboliques' ", explique François Brune (*).
Avant la seconde guerre mondiale, on cantonnait les femmes à certains rôles féminins : "la maman" rassurante, fondatrice de foyer. Elle apparaissait sur les affiches de films ou de propagande, docile, aimante et tendre avec ses rejetons. Laborieuse quand elle était prolétaire, fragile dans les classes aisées. Selon la distribution traditionnelle des rôles, les hommes sont des combattants et des maîtres, les femmes sont dans le domaine du sensible.
Lorenz Kellner, pédagogue allemand, écrivait en 1852 : "Dans le cercle familial c’est le plus souvent la mère, faible, qui défend le principe philanthropique, tandis que le père, dans sa nature abrupte, exige l’obéissance absolue (...) c’est la raison pour laquelle il est à la tête de l’ensemble, et donne à l’esprit qui y préside son orientation".
Depuis les années 1950, les hommes au pouvoir ont proposé des modèles féminins plus sexualisés dans l'iconographie collective : l'allumeuse, l'aguicheuse, le sexe faible mais source de plaisir. On affichait les femmes avec tout un tas d'attitudes pour qu'elles paraissent plus désirable : les lèvres entr'ouvertes comme des poupées disponibles, des objets consommables.
Je fais ce constat aujourd'hui, alors que notre société est encore très hétéronormée et patriarcale. Je fais ce constat à une époque où la grande majorité des affiches et des pubs sont encore conçues par des hommes.
mag "Penthouse"
Ces postures de femmes prêtes à consommer, on les retrouve en effet partout, dans les attitudes qu'on exige de la part des hôtesses, des comédiennes, des performeuses porno, des mannequins, quels que soient les fins commerciales... jusqu'aux campagnes de prévention sanitaires !
Un cas d'école sur les affiches de cinéma ? On y voit ça : les hommes, en fermant la bouche avec un air arrogant, expriment la détermination, l'arrogance et l'action ; les femmes, en ouvrant les lèvres, expriment la langueur, l'inquiétude, l'émoi, la fragilité.
I. Le Besco filmée par son gardien
"Secret défense"
"the Town"
"Invasion"
James Bond & une "James Bond girl" (seul le modèle change)
Le cas extrême : on demande à des petites filles de jouer la langueur sexuelle, sans qu'elles puissent discuter de la signification de ces mises en scène.
Ces modèles de femmes prêtes à consommer remplissent l'espace public. Chaque jour on en croise des dizaines, des modèles si banalisés qu'on ne remarque plus ce qui peut être acceptable ou non, et qu'on intègre des normes sans en avoir conscience.
façon Christine Lagarde
Les seules femmes qu'on représente de façon moins sexuée (donc en fermant la bouche) sont : les mamans, les mamies ou les conseillères de banque. Celles-là doivent être pro, fiables, pas sexy — sinon ça desservirait la cause. Donc souriez les mamies, mais avec l'air sobre ! Partout ailleurs règne le modèle de la femme "ouverte".
Alors c'est vrai, les mœurs et les mentalités changent. Dans les représentations collectives, on commence à voir des hommes s'occuper des mouflets et des active women à la tête de Veolia.
Mai la publicité a toujours besoin d'objets dérivés du désir, et use toujours d'archétypes sexuels. Le jour où le monde de la pub cessera d'afficher les femmes avec la bouche ouverte, on cessera peu à peu de les réduire à des objets de désirs.
* François Brune, professeur et écrivain, est fondateur du RAP, Résistance à l'agression publicitaire
"Des flics casseurs... des policiers casseurs dans les manifs... non, le pouvoir ne tolèrerait pas une chose pareille". En effet, c'est tellement choquant qu'on n'ose l'admettre.
J'ai reçu une vidéo montrant des casseurs qui semblaient être des policiers, diffusée par le magasine indépendant "le Post". Leurs réactions face aux manifestants, leur organisation, leur accoutrement, leur attitude, leurs matraques, faisaient bien penser à des flics. Mais la vidéo, montrant ces heurts dans la manif parisienne du 16 octobre, est cahotique, floue et pas suffisamment probante.
Ma chérie m'a affirmé que non, les flics qui viennent dans les manifs, ça tient du fantasme, que cela se saurait, et que j'avais tendance à affabuler. Certes, on peut attendre ce genre de choses d'un paranoïaque de mon espèce, mais ce que j'ai vu, vécu moi-même, concorde trop bien avec ce que m'ont rapporté d'autres militants, plus vieux que moi, et qui ont vécu des mouvements sociaux depuis 1968. Les forces de l'ordre qui viendraient faire "dérailler" les manifs et jeter le discrédit sur des luttes supposées violentes, ce n'est pas nouveau.
Est-ce une méthode pour que les médias ne se fassent plus l'écho des raisons de la colère, mais seulement des dégradations des vilains citoyens ? La question mérite d'être posée.
Et un buzz se forme à partir de la vidéo dont je parlais au début, et parfois, des "experts" donnent leur avis. Mais pourquoi maintenant, pourquoi seulement maintenant ?
Alors, espérant que les médias aient les corones d'en parler clairement, en cherchant des preuves et sans le souci de froisser le pouvoir... j'apporte mon témoignage.
En 2005 à Paris, en plein marasme place de la république : un jeune type encagoulé qui tapait avec une barre sur une voiture et menaçait les manifestants, en restant à l'écart… les flics se sont rués vers lui, vraisemblablement pour l’arrêter, le mettant au sol… puis, quand les manifestants s’étaient écartés, le type encagoulé se relevait et rejoignait les rangs des flics en uniforme, tapes dans l’épaule. Pas nouveau, les casseurs-flics qui décrédibilisent les manifs pour qu’on parle davantage des casseurs-à-cagoules que des raisons de la colère.
Ce que j’ai déjà vu, aussi il y a quelques années, c'est un autre phénomène, celui des flics qui couvrent des casseurs... et m’a davantage marqué : des flics encadrant des bouches de métro ‘place d’italie’ (lieu de départ de la manif) et faisant crépiter les talkies en désignant tel ou tel manifestant.
Moi je rebroussais chemin vers le métro, quittant plus tôt la manif pour aller chercher ma fille. Ce que j’ai vu m’a sidéré :
des hordes de jeunes, ados et pré-adultes de banlieues encapuchonnés, par centaines (!!), qui sortaient en trombe des bouches de métro pour se ruer sur l’arrière des cortèges et agresser les manifestants. Silence radio dans les talkies, aucune réaction de la part des flics. Et les jeunes fondant sur l'arrière du cortège, où je commençais à entendre des hurlements. J’étais tout près des bouches de métro et ils ne s’en sont pas pris à moi. Mais les flics n’ont rien fait, pas un mouvement, rien pour arrêter ça. Le soir les médias ont parlé de casseurs, de vols de portables et de manifestants agressés, bref de mouvement qui dégénère.
De là à parler d’ententes entre bandes sous-prolétariennes et police pour foutre du bordel (et peu de discrédit) sur les manifs, il n’y a qu’un coup de tonfa.
Un truc que j'aime vraiment, c'est observer les pubs, les affiches, les iconographies, les campagnes visuelles, pochettes de disques, photos de promotion de notre occident contemporain (parce que c'est le monde que je connais bien) et d'y déceler les messages implicites : intentions, injonctions, violence occultée, manipulations des désirs et de l'ego des "consommateurs". Etre publicitaire, ça demande un sacré savoir-faire pour anticiper les réactions du public et l'amener là où on veut qu'il aille.
Au début de ma vie d'adulte, j'avais fait des stages dans des boîtes de pub, en tant qu'apprenti "exécutif", le jeune qui était censé trouver des idées visuelles, trouver des mises en formes séduisantes pour le client qui devait bien vendre sa came. Ce savoir-faire m'a fasciné, et je suis aujourd'hui mi-admiratif, mi-méprisant pour les concepteurs de visuels publicitaires : ils ont cette capacité de guider un public par des codes sensitifs, tout en finesse (pas toujours) suggestion et en rouerie, et presque toujours au service de la fourberie et de la manipulation.
Je me suis rendu compte que ces messages diffusés usent souvent de condescendance et de manipulation, de manichéisme et de flatterie, souvent même sans que l'auteur de la pub s'en rende compte. Et même pour des campagnes contre le Sida ou pour des initiatives publiques, écolo, qui ne sont pas censées être mercantiles.
Il y a quelques temps j'avais tenté de décrypter les publicités pour EDF. Tout comme je me marre en moquant les messages pourris d'autres réclames.
Je vais continuer dans cette relecture de l'iconographie commerciale. Décrypter, déceler les intentions, c'est démystifier et ébranler l'aura de crédibilité des organismes qui s'affichent. Décrédibiliser une campagne pour Cétélem ou pour Areva, ça me semble nécessaire — et en plus ça m'amuse.
j'ai récemment lu un bouquin d'Aminata TRAORÉ, cette ancienne ministre de la culture au Mali, et surtout actrice de premier plan du mouvement altermondialiste. Cela s'appelait "le viol de l'Imaginaire, et j'en publie des extraits importants dans le blog "papiers mâchés" (extraits de lectures) : http://canard-aux-figues.over-blog.com/
Elle y parlait notamment des Objectifs du Millénaire pour le Développement, un projet du Sommet du Millénaire en septembre 2000 ; il s'agissait notamment de ça : "Eliminer l'extrême pauvreté et la faim d'ici 2015".
Pour ce qui est de l'Afrique, non seulement la pauvreté n'a fait que s'accroître, mais les principales actions internationales sur l'Afrique ont consisté à dévaluer les monnaies, imposer des programmes d'ajustement structurels (des prêts soumis à des conditions d'expropriations des biens publics locaux), acheter les sols de pays entiers pour exploiter les ressources en toute quiétude, avec l'assentiment des chefs d'Etats aux ordres des puissances internationales, etc, maintenir les dettes des états, etc. Avec, évidemment, l'aval des boîtes pharmaceutiques, banques et industries internationales.
Aujourd'hui, 10 ans après le lancement des OMD — au moment où l'Assemblée générale des Nations unies se réunit fin septembre — des acteurs internationaux de la santé lancent un appel. " (...) L'Afrique subsaharienne affiche des taux de mortalité maternelle scandaleux, avec près de 1 décès pour 100 grossesses, cent fois plus élevé que dans les pays riches. L'absence de soins représente la première cause du décès en couches ou dans les jours qui suivent l'accouchement.
C'est pourquoi en tant que médecins, pour la plupart impliqués dans des programmes de santé à international, nous lançons un appel d'urgence à tous les décideurs et financeurs : cessons de considérer les ressources humaines en santé comme un simple fardeau pour les dépenses publiques. La santé est avant tout un droit humain fondamental et tout investissement aujourd'hui est profitable pour l'avenir. La santé reste l'un des principaux piliers du développement humain. (...)"
Mais quand on réalise le rôle des initiatives "en faveur des pays du Tiers-Monde", comme l'initiative PPTE (pays pauvres très endettés), visant à "assister les pays les plus pauvres du monde en rendant leurs dettes internationales", il y a de quoi tiquer : Cette initiative, lancée par le FMI et l'OMC en 1996, consistait à "lancer des signaux forts aux investisseurs potentiels en se fixant comme objectifs pour chacune des privatisations de céder une majorité absolue de ses actions" (Ministère malien de l'économie, du plan et de l'intégration, 1999).
Il est beau, l'humanisme façon banquière. C'est cette hypocrisie qu'il faut dénoncer, et soutenir l'appel de : Michel Kazatchkine, Jean-François Mattei, Marc Gentilini, Xavier Emmanuelli, Olivier Bernard, Awa-Marie Coll-Seck, Ogobara Doumbo, Denis Mukwege…
Echange standard avec un chroniqueur de l'agence de presse MENA, investigation et sujets de géopolitique. les chroniqueurs se remarquent par leurs engagements parfois courageux, mais aussi parfois par des prises de arguments pas toujours fondés.
Hier, c'était Guy Millière qui s'exprimait sur les déclarations pas finaudes d'Oliver Stone, cinéaste démago. Celui-ci a déclaré « Hitler a fait bien plus de mal aux Russes qu’au peuple juif, 25 ou 30 millions ». Le réalisateur du très controversé JFK a continué en évoquant l’influence des juifs sur la politique américaine : « Il y a un très gros lobby aux Etats-Unis. Ce sont de gros travailleurs. Ils restent au sommet de tous les commentaires, le lobby le plus puissant à Washington. Israël a foutu en l’air la politique étrangère des Etats-Unis depuis des années ». Peu après il ajoutait : « Il est évident que les Juifs ne contrôlent ni les médias ni aucune autre industrie. Le fait que l'Holocauste soit, encore de nos jours, un sujet très important, présent dans les mémoires et dans les débats est, en fait, dû au dévouement exemplaire d'une large coalition de personnes déterminées à perpétuer le souvenir de cette atrocité - car ce fut bien une atrocité ».
Guy Millière, c'est un journaliste plutôt très atlantiste, très "choc des civilisations", se situant du côté de la civilisation capitaliste et judéo-chrétienne. C'est un universitaire (assistant à l'Université Paris-8) présent dans des think-thank libéraux, comme l'Institut Turgot en France & en Belgique, l'American Enterprise Institute, etc.
Guy Millière a publié dans la MENA un article fait d'amalgames, mêlant des notions distinctes et tendant à prouver que Stone aime Hitler et que le conflit contre les Juifs intègre, en gros, les trois quarts de la planète.
La discussion pour savoir si Stone est ou n'est pas antisémite n'a pas beaucoup d'importance : ce cinéaste fonctionne à la fascination, il aime que son cinéma impressionne les spectateurs autant que lui-même est impressionné par les figures d'une supposée contre-culture — fussent-elles hostiles aux Juifs. ce qui m'intéresse, ce sont les arguments développés par Guy Millière. Je me suis fendu d'une réponse — il m'a répondu — et je lui ai encore répondu, plus longuement encore. J'ai tenté dans mes messages de pointer ses incohérences, ses amalgames. tenté de lui dire aussi qu'il n'a pas, en face de lui, que de la malveillance. Qu'on peut être de gauche et pas antisémite, tout ça, bref...
J'aurais pas dû, c'était une perte de temps, vu le zozo, mais ça, je m'en suis rendu compte après.
Notre échange me semble éclairant sur les états d'âme d'un journaliste qui se berce d'illusions pour mieux se poser en victime.
"La France politiquement correcte a adoré les films de Michael Moore. Tout particulièrement Fahrenheit 9/11.
Même si nul ne conteste plus que le cinéaste a eu recours à la falsification et au mensonge, on vous répondra, comme l’a fait un commentateur lors d’un bref échange que nous avons eu, voici quelques mois, sur l’antenne d’une grande station de radio, que mentir pour la bonne cause est une action tout à fait excusable, voire digne de louanges.
Je n’irai pas jusqu‘à affirmer que le fait que Michael Moore ait écrit des pages antisémites ne le dessert pas du tout, mais je le pense.
Il est un autre cinéaste que la même France apprécie beaucoup : Oliver Stone. Après des films ouvertement marxistes et férocement haineux à l’encontre des Etats-Unis, celui-ci semblait s’être assagi en réalisant World Trade Center, film émouvant et tout à fait acceptable sur des sauveteurs se retrouvant pris dans les décombres de l’effondrement des Tours Jumelles, le 11 septembre 2001.
S’ensuivit une biographie de George W. Bush, appelée W, dont je pensais devoir attendre le pire et qui s’est révélée plutôt gentille pour celui qui fut, pendant sa présidence, l’homme le plus détesté de la Terre, loin devant Ben Laden.
Mais Stone n’est pas homme, semble-t-il, à se laisser glisser doucement vers le confort et les bons sentiments. En cette seule année, il a réalisé une suite à son pamphlet caricatural Wall Street, appelée Wall Street, Money Never Sleeps (Wall Street, l’argent ne dort jamais), qui devrait sortir bientôt en salles et ravir tous ceux qui communient dans la haine de l’argent, la détestation de la finance, et dans l’anticapitalisme viscéral.
Cela ne suffisant pas à refaire sa réputation, il a aussi produit un documentaire déjà sorti aux Etats-Unis, et qui devrait atterrir prochainement en France, intitulé South of the Border (Au sud de la frontière), où les nostalgiques du Stone marxiste trouveront de quoi satisfaire leurs appétits et défouler leur frustration.
Le sujet est le caudillo Sud Américain Hugo Chavez, dépeint comme un saint homme, ami des pauvres, empreint d’une générosité sans bornes, en proie à l’hostilité illimitée de l’odieuse puissance impérialiste située au Nord.
Dans le pays où Stone a précisément le courage extraordinaire de résider et de gagner sa vie de résistant, en prenant de temps à autres un peu de repos au bord de sa piscine, dans l’horrible quartier de Beverly Hills.
« Gauchiste » est leur carton d’invitation à demeure chez les bienpensants,
« antisémite », l’un de leurs dénominateurs communs
Outre Hugo Chavez, on retrouve, au fil des séquences, d’autres personnages très sympathiques et extrêmement épris de liberté, Evo Morales, dirigeant du mouvement des planteurs de coca, la plante dont on tire la cocaïne, et président gauchiste de la Bolivie ; Rafael Correa, président gauchiste de l’Equateur, Lula da Silva, président progressiste du Brésil, et, bien sûr, Raul Castro, dictateur en exercice de Cuba, et successeur de son frère Fidel, à qui Stone avait déjà consacré deux documentaires élogieux en 2004.
Ronald Radosh, auteur de nombreux livres scrupuleux a écrit, au moment de la sortie de South of the Border aux Etats-Unis, tout ce qu’il y a à en dire : « C’est une narration d’extrême-gauche, qui fait partie d’une longue lignée de films de propagande totalitaire, une version américaine de la vieille agitprop soviétique.
Il n’y a pas une seule voix discordante dans le film. Et aucune mention du fait que M. Chavez a fait fermer les stations de radio et de télévision vénézuéliennes qui ne lui convenaient pas, et fait arrêter les dirigeants politiques qui étaient en désaccord avec lui ».
Stone, qui veut décidément, tout invite à le penser, laisser une trace marquante, travaille à une série documentaire appelée Oliver Stone's Secret History of America, l’histoire secrète des Etats-Unis vue par Oliver Stone.
Son objectif non dissimulé est de traîner un peu davantage dans la fange, non pas seulement quelques épisodes de l’histoire de son pays, mais l’intégralité de celle-ci.
On apprend qu’y seront réhabilités des personnages aussi nobles que Staline, Mao, et, bien sûr, le trop mal aimé Adolf Hitler. Je ne doute pas qu’une chaîne française saura acquérir les droits de diffusion de la série. Je ne doute pas non plus que certains lui trouveront des qualités et écriront qu’elle donne à réfléchir.
Oliver Stone a rencontré, au cours de ses récents voyages, le gentil Mahmoud Ahmadinejad, qui a dû lui donner des conseils sur la façon de lire Mein Kampf et de lapider les femmes infidèles.
Expliquant pourquoi on parlait encore tant de la Shoah, Stone, dans un entretien accordé au Times de Londres, expliquait que cela venait de « la domination juive sur les media », et ajoutait, avec délicatesse, « Israël a ‘foutu la merde’ dans la politique étrangère américaine depuis des années ».
Revenant à celui qui paraît être devenu son penseur favori, il précisait : « Hitler est un bouc émissaire trop facilement utilisé ». Yuli-Yoël Edelstein, ministre des Affaires de la Diaspora en Israël, a dit, à juste titre à mes yeux, que ces remarques étaient « antisémites ».
Stone répondra vraisemblablement qu’il n’est pas plus antisémite que son confrère Moore, qu’il déteste surtout Israël (l’entité sioniste, comme ils disent), et que les seuls Juifs qu’il n’aime pas sont ceux qui soutiennent Israël, qui se souviennent de la Shoah, et qui n’ont aucune sympathie et pas la moindre compassion pour Adolf Hitler.
Je crains que ce genre d’explication finisse par devenir acceptable en France. Michael Moore peut être antisémite de la façon qui convient en France aujourd’hui : c’est un antisémite d’extrême-gauche. Stone entre dans la même catégorie.
(...)
* * * * * * *
Ma réponse à Millière, via l'agence La Mena :
"Voilà,
c'est ça le problème. L'auteur Guy Millière affirme avec aplomb que "nul ne conteste plus que le cinéaste (Michael Moore) a eu recours à la falsification et au mensonge". C'est faux. Il y a eu polémique sur le caractère partisan du film, mais aucun fait cité ne pouvait être nié et c'était ce qui était très dérangeant dans ce film.
Un peu comme dans l'excellent Décryptage, de Jacques Tarnero : partisan, parfois misérabiliste, mais authentique.
Evo Morales, Rafael Correa, présidents de pays d'Amérique du sud, ne sont pas des manipulateurs comme Chavez, n'ont pas de discours idiots et haineux comme lui (comme quoi ce n'est pas être de gauche qui est dangereux, c'est mener une politique aux frais d'une population ciblée, et j'en connais à droite autant qu'ailleurs qui font cela). Morales et Correa ont des actions politiques incroyables, exemplaire, dont on devrait constater ce qu'elles ont de bénéfique au lieu de stigmatiser leur "gauchisme" sans autre forme de procès.
Et à propos de la coca et de ce que c'est... que Millière se renseigne...
"Mal nommer les choses ajoute au malheur du monde" ? [il s'agit de l'exergue du site de la Mena]. Mentir également, et citer Camus ne protège pas de la démagogie
Quant à Stone, il s'est assagi après des films ouvertement marxistes !!! qu'est-ce qu'il faut pas lire ! Et Millière, en revisitant l'histoire à sa guise, il tente de s'assagir ou bien il tente de n'être plus qu'à l'écoute de ses propres terreurs ?
Je ne soutiens pas Stone quant à ses fréquentations iraniennes, quant à sa vision simpliste et manichéenne du monde. Lui-même, comme réalisateur, fait du gros spectacle bien hollywoodien, en réduisant tout discours à des divertissements sentimentalistes — que ce soit sur le Vietnam ou sur les Doors.
Aujourd'hui il ajoute la haine à la médiocrité artistique.
Si ce n'était pas Stone, je ne pourrais pas donner tort à qui affirmerait que si on parle tant de la Shoah, ça vient de « la domination juive sur les media ». Les métiers liés aux médias donnent une visibilité et une influence.
Peut-on nier que sur 15 millions de Juifs, on trouve bien plus 10% de journalistes juifs ? Que sur moins de 0,8% de population juive, on en trouve autant dans les médias ... ET QUE CA N'A AUCUN IMPACT SUR LES LIGNES EDITORIALES ? que beaucoup de Juifs eux sont producteurs, journalistes ou patrons de presse ? Qu'il y a 3 jours peine, il y avait 2 émissions sur les Juifs sur deux chaînes différentes à la même heure ?
Y en a-t-il autant sur les Sri-lankais, les Chinois ?
Est-ce parce que ces sujets sont réellement importants, ou est-ce pour flatter une minorité influente ?
Il y a des métiers juifs (médias et métiers libéraux) comme des métiers asiatiques (rtextile, estauration), des métiers de subsahariens (chantiers), des métiers de femmes... Ca n'est pas sans conséquences, et surtout il est contre-productif de le nier.
Quant à «Israël a ‘foutu la merde’ dans la politique étrangère américaine depuis des années»... dans la mesure où ils existent comme lobbie important empêchant d'agir sans passion, c'est vrai.
Nous avons encore cet avantage en France que les lobbies n'influent pas autant qu'aux USA sur la politique intérieure et extérieure. Mais l'oecuménisme et le réflexe sarkozien de flatter et d'attiser le communautarisme (musulman ou juif) nous en rapproche.
Je ne comprends pas l'intention de Millère d'amalgamer Stone et Moore, de comparer Morales, Correa, Ahmadinejad et Chavez, de rapprocher grossièrement gauchisme et antisémitisme... je n'en déduis qu'une chose : l'intention est-elle de crier haro sur tout ce qui est de gauche (comme Béhé quand il parlait de "ceux qu'on nomme les altermondialistes") pour les dénigrer ?
Guy Millière, on ne fait pas de journalisme qu'avec son ventre.
janfeig"
* * * * * * *
La clinquante réponse de Millière (clinquante, je veux dire, un peu bling-bling) :
"Vous semblez ne pas savoir de quoi vous parlez. Je me situe sur le terrain de la connaissance. Si vous faisiez de même, vous auriez pris connaissance du livre que j’ai consacré à Michael Moore dans lequel je démonte point par point l’ensemble des mensonges et falsifications contenus dans les films de Michael Moore, tous ses films, jusqu’à Sicko (le dernier film de Moore n’était pas sorti quand j’ai écrit le livre). Il y a des centaines de notes renvoyant aux sources originales. Tous les "faits" cités par Moore sont falsifiés. Renseignez-vous avant d’écrire. Vous pouvez lire en anglais aussi Do As I Say de Peter Schweizer, ou Michael Moore Is a Big Fat Stupid White Man de David T. Hardy, ou encore Forgive Us Our Spins: Michael Moore and the Future of the Left, de Jesse Larner. Quand vous aurez lu, vous commencerez, commencerez seulement à savoir de quoi vous parlez.
Pour Oliver Stone : je vous recommande quelques articles qui vous permettront eux aussi de vous cultiver : Myles Kantor, Oliver Stone's Cuban Lovefest, Frontpagemagazine, 4 mai 2004, et The Real Oliver Stoned Story, de Steven Plaut, toujours dans Frontpage, 2 juin 2005.
Sur Morales et Correia : Terrorists, Marxists, Leftists and the Democrats de Lance Fairchok, americanthinker.com, 10 mars 2008, ou le livre de Douglas Schoen et Michael Rowan, The Threat Closer to Home: Hugo Chavez and the War Against America, Simon and Schuster, 2009. Je suis renseigné, merci. Je n’ai pas d’opinion. J’ai des faits. Je suis historien, économiste et géopolitologue.
De la part d’un juif, je suis très surpris de vous voir cautionner des accusations antisémites. Il y a un très grand nombre de juifs parmi les artistes et les scientifiques. Si on est antisémite, on parle comme Stone. Si on n’est pas antisémite, on dit que la culture juive incite à l’étude et à la créativité et que cela donne des accomplissements remarquables. Je me place dans la deuxième catégorie, car c’est une fois encore celle des faits.
Les affirmations concernant l’influence d’un lobby juif sur la politique étrangère américaine relèvent du mensonge et ne reposent une fois encore pas sur les faits. Le livre de Walt et Mearsheimer est très aisément réfutable, même si, comme tout ce qui dissémine des rumeurs nauséabondes il fait des dégâts. Je vous conseille, là : Abraham Foxman, The Deadliest Lies: The Israel Lobby and the Myth of Jewish Control, Palgrave Macmillan, 2007, et Alan Dershowitz, The Case Against Israel's Enemies, Wiley 2009.
Quand vous aurez fait un peu de travail de lecture, nous pourrons éventuellement, reparler.
On n’écrit pas sur des sujets qu’on ne connaît pas. Etant professeur d’université, si vous étiez étudiant, je vous dirais de retravailler votre sujet, et j’ajouterais que votre copie ne mérite pas la moyenne."
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C'est bon, j'ai pigé. Désolé, M. Millière, c'était une vraie perte de temps. je ne suis pas savant ni expert médiatique, donc je ne sais pas penser. Je suis consterné par cette vision de l'omniscience des élites universitaires. J'abdique.
En 5 mois, j'ai quand même glané quelques découvertes. Cette semaine, je vous invite à faire un tour au festival organisé par le Lavoir Moderne Parisien, appelé «nous sommes tous des Africains» : sous son appelation un peu démagogique, le festival propose une programmation passionnante.
A voir au LMP, donc : POLYMACHIN, pièce écrite et interpêtée par Les Cruellas : deux comédiennes sénégalaises qui abordent la polygamie d'abord sur le mode burlesque et gestuel, pour glisser vers une critique de ce système et une peinture des drames familiaux générés par la polygamie, mais sans jamais se départir de la dérision qui marque la pièce. La complicité fait des miracles entre les deux comédiennes, expressives et pertinentes.
Une excellente pièce, à l'écriture précise et émouvante, à suivre... :
Polymachin se joue encore mardi 27 et mercredi 28 au LMP, 35 rue Léon dans le 18è à Paris. C'est à 19h30 et l'entrée est de 15 Eu, 10 Eu ou 5 Eu (pour les adhérents du LMP).
Et samedi 24 juillet (CE SOIR !) à 21h00 à Saint Hilaire d'Estissac,
puis dimanche 25 Juillet (DEMAIN !) à 16h00 au théâtre de la Poivrière à Saint Astier (en Dordogne)
Au LMP encore, je vais aussi découvrir la pièce BLACK BAZAR, adaptée du bouquin éponyme de Mamanckou. Les bouquins de cet écrivain congolais sont fabuleux, truculents, drôles et tragiques ; le comédien centrafricain Modeste Nzapassara, qui jouera ça tout seul sur scène, a tâté des louanges de ceux qui l'ont vu. L'histoire : « Fessologue est un « Sapeur » un dandy Congolais amateur des costumes de grands couturiers, des cols italiens et des chaussures Weston. L’habit fait-il le moine ? » dit le site du LMP : http://www.rueleon.tv/programme_lmp.php?Segment=&Id=17&id=2736
Black Bazar se joue mardi 27 et mercredi 28 juillet au LMP, à 21h.
Dans la série "eh les meufs, vous n'en avez pas marre qu'on vous parle comme ça ???", j'ai trouvé cette publicité Clarins dans un quotidien : une véritable ode à la grâce et à la poésie.
Le vélo dressé, la selle, le slogan "succombez aux Tentations Corps Clarins", le flacon qui ressemble à un gode: les femmes pourront-elles se payer des orgasmes en achetant ce produit ? Heureusement Clarins n'a jamais réédité cette pub.
Les photos prises par les touristes quand ils approchent du Sphinx, durant leur voyage en Egypte, montrent que, là aussi, il est question de "faire ce que tout le monde fait". J'ai collecté sur google images, d'après diverses sources, ces photos. Les gens, revenus d'Egypte, mettent en ligne leurs photos et je n'ai eu qu'à les accumuler...
On visite les lieux obligés, sans tenter le dépaysement ; on emprunte le circuit et on fait sa photo dans cette pose, toujours la même, "comme tous les autres" ; il ne s'agit ni d'être original ni d'être drôle, mais de s'inscrire dans un rituel familier.
...Evidemment que je me suis amusé à faire ce montage !
Je réagis à une discussion récente, où j'entendais ceci, en substance : "moi qui ai fait le choix de la liberté, je n'aime pas le conformisme des religieux, qui se voilent, se chapeautent ou s'emperruquent". Et je soutenais que nous, athées, on n'était pas forcément plus libres qu'eux... rien de neuf : on est tous faits de conformismes, et si ce n'est pas dans les apparences, c'est parfois plus profondément : dans nos comportements, notre façon de penser.
On peut se féliciter d'être athée ou libéral, mais quand on grandit dans un milieu athée ou libéral, on ne fait que suivre des voies déjà tracées.
Si les religieux sont conformistes, ils sont bien conscients de se conformer avant tout à des codes vestimentaires et de conduite, et ils peuvent garder, dans une certaine mesure, une liberté de pensée. Les autres, qui se félicitent de leur liberté (leur ego se satisfait mal d'admettre ce à quoi ils se soumettent), suivent souvent des codes d'apparences, eux aussi : se teindre les cheveux quand ils blanchissent, s'habiller comme on s'habille à un certain âge, tenir notre rang social, sexuel, politique ou communautaire. Sans parler des marques de vêtements, des apparats, des bijoux, de la voiture qu'on possède, des manières dont on les exhibe.
Par exemple, certains peuvent sans doute deviner des idées que je défends en observant ma façon de me comporter, mes vêtements. Parce que oui, on représente presque toujours notre appartenance (communautaire, politique ou sociale) par notre apparence. Mais qu'est-ce qui nous oblige à ça ?
Pas grand-chose, sinon la force inconsciente du collectif.
Finalement, les femmes voilées ou emperruquées, les barbus, les moines, les VRP en costumes 3-pièces..., se soumettent à des obligations bien plus impérieuses : il leur est demandé de respecter des codes vestimentaires, et il est bien plus difficile, pour eux que pour moi, d'y déroger sans être discrédité.
Le "choix" des femmes voilées ou emperruquées, par exemple, existe, mais il faut se rappeler qu'il est très difficile de refuser les codes de son groupe, car le prix peut être de se soustraire entièrement à ce groupe. Le juif loubavitch qui refuse les papillotes et l'austérité vestimentaire ; la musulmane d'une communauté ultra-religieuse, qui par cohérence avec ses idées, déciderait de se balader en short et à visage découvert ; le transsexuel, qui pour assumer ce qu'il est, se met à porter des vêtements faits pour l'autre sexe ; le dernier héritier d'une noblesse provinciale qui se choisit des fringues au rabais trouées, avec des piercings... Pour ceux-là, abandonner une série de codes et adopter une autre apparence revient à s'exclure de leurs groupes d'origine. C'est forcément une rupture, violente mais fondatrice. C'est violent, quand nos rejets sont plus forts que le besoin de reconnaissance de nos proches. C'est fondateur, quand on assume ce qu'on est, plus fortement que ce qui est exigé de nous.
Ils sont nombreux, ceux d'entre nous qui sont prêts à s'extraire de leurs groupes d'origine ?
Eh ouais : la liberté est le fruit de ruptures et de renoncements.
Alors, ceux d'entre nous qui ne subissent pas de diktats religieux ou communautaires, mais qui obéissent pourtant à des diktats vestimentaires et comportementaux : n'obéissent-ils pas à quelque chose de plus rampant et de plus efficacement imposé ? Sans doute. La société libérale impose ses codes. On tient son rang ; on sauve les apparences ; on affiche nos idées, nos appartenances à des communautés, artistiques, politiques, sociales... avec la trouille de perdre la reconnaissance de nos pairs. Je repense en souriant à un uniforme : pantalon treillis et veste survêt vintage, bonnet péruvien, barbe de trois jours ou bandeau touareg sur la tête des filles — un ensemble estampillé "intermittent du spectacle". Un exemple. Quand aucune loi ne nous impose d'apparat, la seule chose qui peut nous forcer à adopter des codes, c'est l'auto-persuasion inconsciente.
La liberté, elle pousse à s'extraire des codes, même des codes implicites, des styles et des modes. La liberté, ce n'est pas de conformer à l'uniforme qui clame "voyez comme je suis libre" ; c'est s'habiller d'une chemise à jabot au bureau, ou mettre un foulard Hermès en rave-party.
L'émission qui fait grand foin ces temps-ci, c'est "Le Jeu de la Mort", émission de Christophe Nick qui remet réédite l'expérience de Milgram menée en 1963 au sein de l'université de Yale. Cette expérience était censée montrer scientifiquement jusqu'où peut aller la soumission des êtres humains à l'autorité. Des joueurs posaient des questions à un sujet, actionnant des manettes susceptibles d’administrer des chocs électriques mortels à une victime consentante. Il s'agissait d'une mise en scène, mais les questionneurs — les cobayes — l'ignoraient.
Plus de 60% de "cobayes" envoyaient des décharges mortelles. On en avait tiré des conclusions terrifiantes sur la nature humaine, sur la capacité à obéir à des injonctions même si elles étaient mortelles, on a expliqué par la science les mécanismes psychologiques des tortionnaires, des miliciens des régimes totalitaires, des soldats en guerre, etc.
Une expérience similaire a été menée dans les années 2000 et les conclusions étaient à peine plus encourageantes.
La télé remet donc le couvert avec le Jeu de la mort, où on verra les questionneurs et le questionné torturé. 81% de tueurs potentiels ? Quoi ? 81% des joueurs ont donné des décharges mortelles ou presque mortelles ?
Oui, ça questionne. Quelles questions ça peut poser ?
le crime dans ma peau Il nous semble toujours compliqué d'admettre que dans des situations "extrêmes", sous la pression ultime, nous pouvons être poussés au meutre gratuit. Les tortionnaires de Pinochet, les Khmers rouges, les nazis sont des monstres, des barbares, ils n'ont rien d'humain. Les serial killers, les pédophiles, sont des monstres. On a tendance ainsi à les exclure ainsi de l'espèce humaine. Or en disant ça on évacue tout ce qu'ils ont d'humain, justement : leurs faiblesses, leurs peurs, leur propension à devenir malléables ; on évacue le fait que bien souvent, les criminels sont avant tout sous influence — de pulsions incontrôlées. Quant aux militaires, bourreaux, censeurs et miliciens, ils sont sous influence d'une autorité malfaisante. Chacun de nous est la somme de toutes ses énergies, ses faiblesses et ses peurs. On peut assumer ces fêlures, les apprivoiser, les transformer en atouts ; on peut à l'inverse les nier, pour les traduire plus tard en violence contre ceux qui nous sont plus faibles, plus démunis.
L'expérience de Milgram, remise au goût du jour par France2, nous oblige à y réfléchir.
La campagne BDS, comme "boycott, désinvestissement et sanctions", contre la politique israélienne, a été lancée il y a quelques années déjà. Elle vise à s'opposer à la colonisation, à la violation des droits des arabes palestiniens, et du droit international, aux offensives meurtrières contre les populations, à Gaza ou au Liban.
La campagne a son site et ses soutiens : assos pro-palestiniennes radicales ou communautaires ; comités politiques ; associations communautaires maghrébines, juives, arabes ; organisations syndicales ; NPA. Elle a ses soutiens dans de nombreux pays également. La gauche "de combat".
Elle draine pas mal de sensibilités, elle est médiatisée par de nombreux réseaux, et je me satisfais que la politique coloniale israélienne connaisse ainsi un revers d'opinion internationale. Il faut s'opposer évidemment à cette politique raciste.
Mais la campagne révèle plusieurs choses, dont certaines qui me paraissent gênantes.
D'abord, que le droit des palestiniens soit l'objet d'un combat sans aucune mesure avec d'autres causes internationales : à force d'enfoncer des portes défoncées à force d'être ouvertes à propos de l'état israélien, de nombreux signataires ne lèvent pas le petit doigt à propos d'autres états coupables de méfaits bien plus vastes encore que ceux commis par Israël. Que dalle, silence, à propos du Sri-Lanka, du Soudan, de la Chine, de l'Afghanistan, de la Russie, et d'autres états coupables de crimes de masses.
Mais on retrouve le goût immodéré de militants associatifs pour ce cheval de bataille, parfois le seul qu'ils savent monter : la lutte contre Israël, parfois appelée lutte anti-sioniste. Cette indignation choisie.
Ca ne serait pas gênant si l'état d'Israël incarnait et exerçait toutes les vilénies des autres états criminels... mais est-ce le cas ?
Remarquons que cette campagne n'a pas exclus certaines organisations (type CAPJPO, indigènes de la république...) (1) ; des organisations quasi communautaires et parfois raciste, qui, vu leurs positions habituelles, voient encore ici l'occasion de s'en prendre aux Juifs et à leurs communautés ; des organisations qui ne voient en Israël qu'une entité criminelle.
En tant que syndicaliste internationaliste (et même avec mon origine juive), j'ai autant de bonnes raisons de porter une critique sur le régime israélien que sur les régimes iranien ou libyen — pour ne prendre que des adversaires d'Israël qui mènent eux aussi une politique discriminante et criminelle : il suffit de se pencher sur le nombre de meurtres politiques ou sociétaux (des homosexuels, des intellectuels, des opposants) en Iran ou ailleurs... alors, oui, il y a 2 poids 2 mesures dans cette indignation de "gauchistes consciencieux".
Et c'est le genre de raccourcis simplistes qui m'exaspère chez ces organisations politiques de gauche dont je soutiens pourtant la vision sociale.
Ce qui est révélateur ensuite, c'est la stratégie de la campagne BDS ; le choix de ce qu'on boycotte. L'appel pousse à boycotter les produits alimentaires, les "produits culturels" — "Tous les produits culturels commissionnés par un organisme israélien officiel (ministère, municipalité, ambassade, consulat, fond du cinéma public ou d’Etat, etc.) méritent d’être boycottés" —, les évènements sportifs, les institutions et produits universitaires. Une stratégie d'isolement des ciotyens israéliens...
Cette stratégie implique un boycott des produits issus des kibboutzim progressistes autogérés (comme Givat Haim) ; des produits israéliens issus d'entreprises petites ou locales, où des Juifs, parfois des Arabes, sont salariés, dirigeants (c'est plus rare pour les Arabes), promoteurs ; des innovations scientifiques qui peuvent profiter à d'autres pays (je pense à l'Afrique et à l'irrigation, par exemple).
Elle implique aussi un boycott des créations culturelles subversives et courageuses, des films comme Valse avec Bachir, des expériences de théâtre subventionné, des organes de presse de gauche, des musiciens passionnants comme Israël en regorge.
On en arrivera à viser les citoyens israéliens, Juifs, Musulmans, Chrétiens, athées, émigrés récents ou depuis 6 générations, tous considérés implicitement comme des soutiens du sionisme nationaliste et de Tsahal... Au lieu de quoi ? au lieu de peser sur le régime israélien, sur les instances internationales. Au lieu de boycotter les exportations ciblées (certaine presse, certains produits industriels, fruits de l'exploiataion des Arabes, etc.). Au lieu de mener campagne auprès de l'opinion, non contre les Israéliens mais contre leurs dirigeants.
Pour ce qui est du boycott d'Israël, je crois qu'il ne sert que la propagande du panarabisme anti-israélien — qui érige Israël comme ennemi bien pratique, pour éviter de parler d'évoquer sa propre corruption et ses propres dictatures meurtrières.Voilà, c'est dit.
Les campagnes de boycott m'ont toujours emmerdé, que ce soit contre la Turquie ou contre la Chine, parce qu'elles marginalisent toute la population administrée par un régime. Parce qu'on devrait aussi nous regarder, nous, pays démocratiques modèles où, bien sûr, personne n'est jamais humilié, rejeté ni exclus...
Wahou !
"Mother", le nouveau film de Bong Joon-Ho, m'a vraiment plu.
La maman d'un jeune homme un peu attardé, dépendant, fait tout pour l'innocenter du terrible meurtre d'une jeune fille. Ca démarre comme une intrigue policière, avec mystère et enquête à la clé.
L'ambiance est un peu flippante, les situations étranges et burlesques.
Le réalisateur dessine à travers cette intrigue une Corée corrompue, où les puissants utilisent les faibles comme faire-valoir, où la justice est bâclée, où la vérité des choses est méprisée.
Puis le film se focalise sur la mère, la mère et son fils
Le garçon n'essaie pas de se défendre, tout d'abord : cette épreuve semble pour lui l'occasion de s'endurcir vis-à-vis de sa mère.
Dans un premier temps celle-ci va mettre sa dignité, son intégrité, sa vie en jeu, même, pour le sauver. On croit à un dévouement sans limite...
Puis on s'aperçoit qu'il s'agit surtout de se sauver elle-même à ses propres yeux. Et que pour ça, il faut maintenir son fils dans la dépendance, le laisser dans l'illusion d'une mère transcendante, sans qu'il puisse s'en affranchir. Quand ce fils, émergeant de la torpeur où il vivait, découvre cette vérité, la mère est ébranlée : remise en question par son propre fils, c'est toute son existence de mère qui perd son sens ; alors elle pète les plombs, elle lui dit qu'elle a tout fait pour lui parce qu'elle l'a fait pour elle... "Toi, c'est moi", hurle-t-elle, et on comprend qu'elle le dévore, qu'elle lui a toujours confisqué sa liberté.
Ce film pousse au paroxysme les relations fusionnelles des mères et de leurs fils, ce genre de relations qu'entretiennent certaines femmes dès qu'elles sont responsables d'un garçon, quitte à maintenir leur rejeton dans l'irresponsabilité ; le genre de relations qu'entretiennent aussi leurs garçons pour ne pas ébranler l'image de la mère transcendante, pour se maintenir dans l'absence de choix...
Mis en scène dans "Mother", avec la folie des personnages, ça rend quelque chose d'assez troublant, violent. La salle était pleine mais s'est un peu vidée pendant la séance. Un tel propos ne peut qu'heurter certains dans leur vision idyllique de la maternité et de la filiation.
La réalisation elle-même ? Superbes images mais sans esbrouffe, ambiances palpables, personnages superbes. Et une intrigue magistralement menée et une mise en scène sans concession (que j'avais déjà trouvé à ce réalisateur dans son précédent film, "the Host").
La vache, oui, ce film m'a vraiment plu...