14 août 2009

Idriss Deby le despote, considéré par le presse bourgeoise française comme "bâtisseur au service de son pays"

Ce mois-ci, le magazine l'Essentiel des relations internationales, appartenant aux éditions Prestige Communication fait la une sur Idriss Deby, un bâtisseur au service de son pays. Il se focalise sur la croissance exemplaire, sur les bonnes relations entretenues avec l'international... Qui faut-il être pour diffuser de telles inepties ?
Prestige Comm' est une maison d'édition parisienne et édite 4 revues thématiques : Vivre Zen (Santé, bien être), The Luxury (guide hôtels, spa, golfs), l'Essentiel des relations internationales (politique, économie, société, culture) et le Club Cigare. Tu vois le genre...
Prestige Comm' s'adresse à cette grande bourgeoisie qui n'attend que d'être rassurée sur ses intérêts, sur ses valeurs, et qui espére que de bons Africains continueront à faire marcher le bizness comme avant les indépendances !
Rappelons un numéro spécial de L’essentiel des relations internationales de 2007, entièrement à la gloire d’Omar Bongo. Celui-ci y était présenté comme un "négociateur hors pair ", président d’un pays "à la croissance exemplaire".

C'est grave. Idriss Deby Itno est un despote, qui règne depuis 1990 sur le Tchad, au service de lui-même d'abord, de sa famille, de ses proches, de son ethnie (Zaghawas)... Après le coup d'état que la France l'a aidé à mener contre le dictateur Hissène Habré, Deby, ancien élève de l'Ecole militaire de Paris, a instauré une république bananière. Chaque scrutin (1996, 2001, 2005) est le fruit de fraudes, agrémenté du financement de candidatures fictives et de manipulations de la Constitution. Je me souviens de vidéos-pirates, montrant des soldats tchadiens sortir en courant des bureaux de votes, les urnes pleines de bulletins dans les bras, sous les huées de la foule scandalisée.

L'appui de la France, c'est l'opération Épervier, dispositif en place depuis 1986 pour chasser les troupes libyennes, puis, depuis 1991, maintenu sur place sans aucune autre raison que de défendre le régime de Deby et les intérêts français. Epervier, ça a été jusqu'à 12000 soldats sur place (et aujourd'hui 1200).
La France poursuit la politique dite de "Françafrique" (comme dans d'autres anciennes colonies) où l'implantation d'autorités françaises et le soutien aux régimes en place pourvoit l'Hexagone en matières premières, en pétrole, en uranium, etc. Un système de soutien mutuel qui profite à notre pays et lui permet de rayonner au niveau international. Le système a été crée par De Gaulle par l'intermédiaire de Jacques Focart, de qui Pasqua avait pris le relais. Au Tchad, c'est un soutien politique et militaire inconditionnel au régime illégitime, notre pays armant le gouvernement de Deby contre l’opposition démocratique et la population en général.

La France offrit un silence complaisant lors de l'assassinat, en 1992, du Vice-Président de la Ligue tchadienne des Droits de l'Homme, Me Joseph Behidi ; lors de l'annulation d'une grande partie des mesures du plan d'assainissement, en 1993 (occasionnant des milliers de morts) ; lors du massacre des populations de Goré en 1995 (247 morts), et tant d'autres méfaits.
En 1993, Amnesty International dressait le bilan amer des trois premières années du régime Déby :
" La terreur règne toujours. On continue de repêcher des cadavres dans les eaux du Chari, le fleuve qui arrose N'Djaména. Plus de 800 personnes ont été exécutées de façon extra-judiciaire. [...] Quels que soient ses mots d'ordre, le gouvernement de Idriss Déby utilise aujourd'hui les méthodes de répression dont il disait vouloir débarrasser son pays à l'époque où il luttait contre le régime de Hissène Habré. Les assassins, les tortionnaires, les ravisseurs qui sévissent au Tchad appartiennent aux forces de sécurité de Idriss Déby ".
En 1996, l'organisation constate la banalisation de la torture et notamment le recours à l'arbatachar (les amateurs du bondage extrême connaissent peut-être cette forme de torture locale).
Deby règne en despote, réprimant les nombreuses rébellions (en 2000, on estimait à 25 000 morts le nombre de victimes du régime), appelant la France à l'aide lorsque son pouvoir est menacé — la France intervient en 2006 pour débarrasser le Tchad des troupes rebelles sur le point de prendre le pouvoir, et permet le retour du bon président Deby, en déplacement en Guinée Equatoriale.
Et ça continue : chasses aux sorcières, intimidations et séquestrations de journalistes, enlèvements d'opposants politiques. Et c'est cet homme, ce despote assassin, que L'essentiel des relations internationales décrit comme un bâtisseur au service de son pays.

Honte à l'Essentiel des relations internationales pour le peuple tchadien, honte pour les victimes de celui que vous portez aux nues, honte pour le soutien de ce journal à une dictature

Infos supplémentaires :

10 août 2009

GOLEM - de Jiri Barta

Jiri Barta, un Tchèque né en 1948 à Prague, a réalisé plusieurs films d'animation, dans la tradition tchèque pour le dessin et la technique, mais avec plein d'innovations et de mystères. Comme Jan Svankmajer, autre réalisateur de films d'animation qui m'a beaucoup marqué, il mêle les matériaux, leur donne une expressivité étonnante, et met en scène des légendes. Son "joueur de flûte de Hamelin" (un conte médiéval allemand) est superbe.
Là, je vous fais partager le travail préparatoire d'un film jamais réalisé entièrement : Golem. Ca date de 1996, c'est donc récent dans la carrière de Barta, et on peut voir cette merveille ici :
http://www.youtube.com/watch?v=ZcJFhiQMB8I

16 juillet 2009

cinquantenaire de la censure pour le ministère de la culture


2009 est l'année du cinquantenaire du Ministère de la culture, dont André Malraux fut le 1er ministre sous De Gaulle en 1959.
La comm' du Ministère a édité de jolis timbres avec le portrait du bonhomme, les cheveux au vent — une variante de la célèbre photo de Gisèle Freund.


Cherchez l'erreur.

Sur la photo d'origine, Malraux avait la cigarette aux lèvres. Cette clope au bec est aujourd'hui tellement inacceptable qu'il a été décidé de gommer le détail.
En 2009, la cigarette est un vice et les gens bien ne doivent pas se montrer clopant. Surtout pas en photo !!!

Je me souviens que dans les années 80, la censure avait frappé Lucky Luke, sommé dorénavant de mordiller un brin de paille.
Faudrait pas que la jeunesse imite les mauvaises manières de ses héros !
Voici donc Malraux, privé de sa clope, mais transformé en icône exemplaire... et tellement tendance !

10 juillet 2009

Interview de Manuel Valls : "Encore un clou dans le cercueil du PS"

une bonne tête de vainqueur !

"Des générations entières ont associé leur espoir au mot "socialisme". Mais cet attachement justifie-t-il de conserver un vocabulaire quand la gauche a partout échoué à le mettre en oeuvre ? A l'origine, Pierre Leroux a inventé ce mot pour faire pièce à l'individualisme : il y a là une dimension collective qui pourrait encore être utile. Mais Socialisme a surtout très longtemps signifié socialisation des moyens de production, ce qui est aujourd'hui tout à fait impossible !

Créer une espérance pour le XXIème siècle en utilisant un concept ambigu du XIXème siècle risque de brouiller notre identité. Il faut désormais privilégier la clarté du projet au fétichisme des mots. Un changement de nom serait un signe fort de notre rénovation."

Manuel VALLS, Libération, jeudi 9 juillet 2009


J'imagine bien Valls en privé, après l'interview :

"Voilà, je l'ai dit putain ça y est, il faut abandonner le mot socialisme !!! Faut vivre avec son temps après tout : privatiser, externaliser, assurer des dividendes aux actionnaires... Et puis dire qu'il est "impossible de socialiser les moyens de production", c'était quand même plus malin que dire "je suis de droite". J'ai même fait mon utopiste en parlant de dimension collective... haha ! Ce qui m'emmerde, c'est qu'il faut faire croire que le capitalisme est moderne, alors que c'est quand même une connerie vieille de 3 siècles... Il faudrait un nouveau nom de parti, qui évoque le fait qu'on est français avant tout, mais en laissant une vague idée du social... quelque chose avec les mots "national" et "socialiste".

Putain, je tiens une idée.

8 juillet 2009

three frames

Le site Three frames met tous les jours en ligne une image "gif" animée, composé de trois images tirées d’un film.
Burlesques, étranges, horrifiques, déconcertantes, ces animation nous donnent à voir des séquences sous un nouvel éclairage....
http://threeframes.net/

21 juin 2009

Après la Gay-pride ? LA WJDHMC PRIDE !

La Marche des fiertés une fois par an, ça veut dire quoi ? Qu’on est fier d’être homo ? Il faudrait pour cela qu’être homosexuel soit un progrès, un bienfait ou une vertu. Franchement, bof. En revanche se battre pour conquérir des droits, rendre visible des minorités pour les faire accepter par tout le monde, oui. 
 
La fierté, en tant qu'inversion d'une honte trop longtemps subie, c'est intéressant de la revendiquer. La Gay Pride est un vrai mouvement militant quand elle s'associe pour défendre les droits de toutes les minorités, de genre, d'origine ethnique ou sociale. Elle devient alors un mouvement émancipateur, et ce sont des groupes comme Act-up, en France, qui ont permis cela. Mais le mot « pride » m'ennuie un peu... 
On peut être fier d'AGIR : avec courage, ténacité, intelligence et solidarité… Mais dès qu'un groupe se dit FIER d’être tout simplement ce qu’il est, il ne s'agit plus de revendications mais de chauvinisme ou de condescendance. Ou carrément de mépris des autres. Se dire fier du hasard de sa naissance, c'est le début des dérives identitaires ou communautaires merdiques.

Gaston Kelman écrit, dans son bouquin "je suis noir et je n'aime pas le manioc (2005) :

"Je suis noir et je n'en suis pas fier.
Franchement, je ne vois pas pourquoi je le serais. Tout simplement parce que je ne vois pas de raison à ce qu'on crie sa fierté d'être blanc, jaune, rouge ou noir. Je ne vois pas de raison pour qu'on soit fier d'être noir, et pour le Noir, c'est peut-être même plus que cela.
Je suis noir et j'en suis fier : cette affirmation comme beaucoup d'autres slogans du monde black, nous est venue des USA. James Brown, le talentueux parrain de la soul music a crié un jour : "Say it loud, I am black and proud." ("Dis-le fort : je suis noir et fier de l'être."). Il n'y a rien de plus pathétique pour un peuple que d'être obligé de revendiquer le simple droit à l'existence. Quand un peuple est acculé à crier sa fierté, c'est qu'il ne l'a justement pas encore acquise."
Avoir honte de ce qu'on est est évidemment dévastateur ; il me semble qu'en être fier l'est tout autant. J’ai toujours détesté ce registre-là. La fierté aristocrate valorise son pedigree, ses terres et ses traditions. La fierté musulmane signifie qu'Allah donne à ses fidèles une supériorité sur les mécréants. La fierté d’être une femme implique qu'elle peut être aussi concurrentielle et agressive que les hommes... Mais pire encore, il y a la fierté d’être homme. La fierté noire débouche trop souvent sur la Nation noire et sur l'idée de revanche sur le monde blanc. La fierté juive vient de l'idée d'un peuple élu, qui se targue d'être la conscience du monde » .
Je vomis autant la fierté du bourgeois des capitales, la fierté du terroir, la fierté d'être français, ou algérien, ou riche, ou pauvre, ou cosmopolite, ou manchot ou luthérien.
 

Vous voulez jouer à ça ? Allez. Je suis hétéro. Mais attention je suis aussi juif, de classe moyenne, enfant d'une Arabe et d'un européen de l'est. Et je suis blanc. Je vais créer la White Jewish Diaspora Hetero Middle-Class Pride. On va monter un lobbie, choper des tribunes et manifester une fois par an au nom de la fierté WJDHMC.

Trêve de connerie.
Faisons taire les « fiers ». Notre nombril ne vaut pas plus que celui du voisin. 
Simplement, assumons ce qu'on est, nos forces et nos fragilités, avec humilité et bienveillance. Le reste suivra.

12 juin 2009

Bonne surprise : l'expo William Blake, au petit Palais de Paris : jusqu'au 28 juin.

Bonne surprise : l'expo William Blake, au petit Palais de Paris : jusqu'au 28 juin.
Mauvaise surprise, d'abord, le prix. 8 $ en tarif plein, 6 $ pour les chomeurs. La pâââtrimoiiine cûûûlturel gratuit, l'accès démocratique aux collections, c'est encore une idée à bosser.

L'expo sur William Blake, "un génie visionnaire du romantisme anglais", est une bien meilleure surprise. Au début du parcours, les textes placardés nous expliquent rapidement son apprentissage et premières commandes. Une fascination pour le religieux qui se manifestait surtout par des dessins et gravures très figées, académiques, pompées sur l'iconographie médiévale.



La suite est bien plus étonnante. Ses visions prennent ensuite des formes plus libres, à mesure que son art s'affine (comme ma rate). Le trait devient plus audacieux et expressif notamment pour illustrer l'Enfer de Dante, et dans des thèmes bibliques qu'il traite avec passion.


Après, c'est étourdissant. Ceux qui pensaient aux pionniers d'une forme expressionniste tels que Daumier ou Kupka, ceux qui pensaient à des défricheurs symbolistes tels que Moreau ou Redon, doivent remonter dorénavant un siècle plus tôt pour comprendre d'où vient l'Heroic fantasy et des types comme Druillet... : Blake lâche sa dinguerie mystique dans des tableaux aux compositions biscornues et aux figures-caricatures.


Petites eaux-fortes ou lavis témoignent d'un sacré goût pour les petites scènes issues de légendes animistes ou des mythologies anciennes : visages ricanants, petits monstres, horreurs infernales et scènes drôlatiques brugheliennes. William Blake illustra des recueils prophétiques aux thèmes païens, animistes, passionnants, où se mêlent figures légendaires et puissance des éléments. Tout ça en eaux-fortes aux teintes éclatantes, pour "le livre de Thel", "les visions des filles d'Albion", etc.



Ses livres de poèmes tout en enluminures sont hallucinants. Il innove, invente des techniques pour faciliter ses productions, il avance.



Il aborde les thèmes de l'esclavage, un des premiers à en faire des représentations, et en montrant les symptômes marquants de la traite des nègres.


Sinon, Blake galérait toujours dans sa vie, ses expo étaient peu visitées - ingratitude du conformisme élisabéthain, qui sans doute aurait préféré de jolies illustrations plates de mages et de saints.

L'expo présente aussi des aquarelles et tempera de la fin de sa vie. Et franchement, on se réjouit quand même que ce type ait eu quelques mécènes bienveillants pour lui faire produire et exposer.

site :
William Blake au Petit Palais

16 mai 2009

relectures d'affiches du métro : campagne EDF

EDF lance une campagne. "Changer l'énergie ensemble".
EDF c'est ce gros pollueur-vainqueur, qui, encore un pied dans le service public, maintient une politique nucléaire forte (et s'apprête à participer à la relance du nucléaire britanique)...
EDF, c'est une grosse campagne pour les énergies renouvelables, alors qu'environ 90% de sa production est de sources non renouvelables - nucléaires en grande partie : EDF est le 1er exploitant de centrales au monde avec 58 réacteurs en exploitation).
EDF, c'est l'acquisition du 2ème réacteur EPR, décrié par une large part de la population et des organisations citoyennes. Et l'occultation d'infos sur la vulnérabilité du site EPR.
EDF c'est une belle entreprise privée, qui différencie ses tarifs selon la situation géographique des habitants, au détriment de l'égalité de l'accès aux services....

EDF lance sa campagne, donc, à grands frais pour te convaincre de sa bonne volonté.
"CHANGER L'ENERGIE ENSEMBLE". Pfff...
La notion
de développement durable, encore en 2009, reste floue, pour les pouvoirs publics comme pour les consommateurs et les entreprises ... EDF a donc bossé sur sa charte graphique, puis sur sa comm' afin de s'adapter aux nouvelles préoccupations. Développement durable, énergies renouvelables, économie des ressources, écologie... une bonne entreprise est censée aujourd'hui avoir un esprit bienveillant en la matière.
Or EDF est quali
fiée de «grands pollueurs dangereux», (comme d'autres entreprises, notamment nucléaire), et pâtit de l'image négative qui lui est associée. Pour lisser sa légitimité et sa place de partenaire honorable aux yeux des puissances internationales, il lui fallait changer son image.
La campagne "changer l'énergie ensemble" s'inscrit dans cet objectif. Blanc comme la virginité, bleu comme un ciel pur, minimaliste comme la simplicité des objectifs. Une fleur orange, un peu enfantine. Une composition qui donne confiance.

"L'énergie est notre avenir, économisons-là", dit le slogan. EDF qui vend de l'énergie a-t-il intérêt à ce que le consommateur use moins d'énergie ? Est-ce donc une campagne de prévention pour modifier les comportements ?
Alors, changer l'énergie... pour quoi ? changement dans l'esprit ? Dans l'image de marque ? Ou dans la politique écologique ?

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Les affiches. 12 mètres carrés dans le métro, pour nous convaincre de ce changement, personnalités à l'appui.

Un handicapé, Emeric Martin : un visage et un nom à l'entreprise, histoire de nous la rendre plus familière. Il a une faiblesse mais il incarne courage et détermination, preuve à l'appui, sa combi de sport (blanche elle aussi). Sourire, confiance, regard entendu.
Le Message : EDF se met au service de tous, sans laisser pour compte les handicapés, mais promeut des vertus telles que l'optimisme et la combattivité. Rebondir, c'est changer de stratégie, d'objectifs, d'image. C'est super-positif, dynamique et sportif. "Rebondir", c'est même le nom d'un magasine économique... Bref, rebondir, c'est ce à quoi aspire Emeric, le type sympa en survêt. Evidemment, il aurait été malvenu de nous montrer un vieux doté de galères psychomotrices générant une malformation. Non, là, ça reste présentable. D'ailleurs, à part le fait d'être posé sur une chaise roulante, Emeric ne semble même pas du tout handicapé !

* * * * * * *

Une femme, Aude Mourrat, engagée dans des projets de développement durables. Belle, jeune et pas trop apprêtée (en apparence), l'horizon était au bout de ses yeux, elle incarne elle aussi une bonne conscience pour EDF. Elle donne l'image de l'entreprise soucieuse de parité (les femmes, une autre minorité à flatter, comme les handicapés), d'aide aux pays en difficultés (Aude, elle a bossé au Laos). Donc, on lui a collé des fringues d'aventurière, parce que le tailleur ou le collier de perles qu'elle aurait pu porter, ça le faisait moins. Un peu de sueur sur son visage parce qu'à EDF, on se crève le cul pour vous.
A propos de cul, on peut se demander si le choix de "histoire d'eau", c'est pas une allusion sexuelle assumée par la comm'... vendeur, non ?

Dans la campagne d'EDF, il n'y a guère de significations aux slogans : il s'agit plus de proposer des images par association d'idées que de vanter EDF pour des qualités réelles. On est ici dans le domaine de l'évocatif, non du significatif. La quintessence de la publicité, sans même les arguments.
Tiens, on n'a pas parlé du financement de cette campagne (que certains auront vue, en grandes affiches de métro et dans les rues, en pleines pages dans les quotidiens...). Quel impact sur les tarifs ?

9 mai 2009

Les requins marteaux / Ferraille.

Le site de Ferraille propose des BD, des fringues imprimés, affiches, le tout axé sur le graphisme d'auteurs ayant exploré des voies boudées par la plupart des auteurs et du lectorat. Les chemins qui puent, sont donc empruntés par Winshluss, José Parrondo, Charlie Schlingo, Bouzard, Willem, Placid, Baladi, Remi Malingrey...

Ils ont officé à Fluide Glacial, Métal Hurlant, Hara-Kiri, Pilote, à l'Association et ses diverses collections. Plein d'ouvrages colorés, rigolos, expérimentaux, morbides, poétiques, chevrotants et teigneux, qu'on peut trouver dans la liste de libraires et boutiques indiquées sur le site (pour éviter les Fnaques et autres pompeurs de talents)

http://www.lesrequinsmarteaux.org/

Nouveauté : PINOCCHIO de Winshluss, meilleur album BD au 36ème Festival International d'Angoulême.

10 avril 2009

"Si c'est un homme", de Primo Levi : Les parias

Primo Levi, en février 1944, est déporté dans un camp de travail, avec d'autres hommes qui, après avoir été séparés de leurs familles dans les conditions que l'on sait, sont réduits à n'être que des esclaves sans avenir et sans vie propre. Juifs, criminels, marginaux, gens du voyage, Grecs, Italiens, Polonais, Français, ils se retrouvent égaux dans le fond du fond.
Des travailleurs civils, parqués à part, les côtoient parfois, clandestinement ; mais ceux-ci constituent une caste plus "élevée", mieux traitée, de travailleurs du camp.


Primo Levi écrit :
"... pour les civils, nous sommes des parias. Plus ou moins explicitement, et avec toutes nuances qui vont du mépris à la commisération, les civils se disent que, pour avoir été condamnés à une telle vie, pour en être réduits à de telles conditions, il faut que nous soyons souillés de quelque faute mystérieuse et irréparable. Ils nous entendent parler dans toutes sortes de langues qu'ils ne comprennent pas et qui leur semblent aussi grotesques que des cris d'animaux. Ils nous voient ignoblement asservis, sans cheveux, sans honneur et sans nom, chaque jour battus, chaque jour plus abjects, et jamais ils ne voient dans nos yeux le moindre signe de rébellion, ou de paix, ou de foi. Ils nous connaissent chapardeurs et sournois, boueux, loqueteux et faméliques, et, prenant l'effet pour la cause, nous jugent dignes de notre abjection. Qui pourrait distinguer nos visages les uns des autres ? Pour eux, nous sommes "Kazett", neutre singulier."

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Ce passage m'a semblé révélateur du regard qu'on peut avoir sur certaines populations.

Je parle d'une association d'idée, car il n'est évidemment pas question de comparer l'incomparable. En effet aucune catégorie de population, en France, ne connaît aujourd'hui ce qu'ont vécu ces détenus à exterminer.

Mais le prolongement actuel de ce texte est évident ; pensons au regard qu'on porte si facilement sur des gens dont nous ignorons tout, des gens qui vivent souvent relégués dans les marges de la société. Je parle des communautés à qui les pouvoirs publics ne s'adressent jamais, ceux qui vivent dans l'ombre. Je parle de gens qui vivent dans la méfiance et la défiance vis-à-vis des "honnêtes gens", hors du coup, qui ne se sentent plus vraiment concernés par la vie publique, désemparés au point d'adopter des voies illégales de subsistance. Exilés, marginaux, étrangers, miséreux, drogués... Je parle de "ceux qui gênent", des gens qui se font juger sans qu'on les connaisse, qui se font arrêter, emprisonner pour des délits mineurs ou pas de délit du tout, en raison du statut de marginal dont ils sont revêtus.
Je parle de tous ceux qui qui constituent un stock pratique de boucs-émissaires, et sur qui nous pouvons reporter nos colères quand nos vies ne vont pas de soi.

"Ils se ressemblent tous" ; "Ils ne veulent qu'une chose...", "Ils pensent, ils vivent comme ça". "Ils" impersonnel et généralisant. N'est-ce pas comme cela que parlent de nombreux concitoyens à propos de ceux qu'ils ne connaissent que de l'extérieur, par la télé par exemple ?

Bref, ce que j'ai lu dans ce passage, c'est tout le mépris dont on peut êtrecapable quand on regarde une communauté grouiller dans la misère (et souvent, par voie de conséquence, la violence). Car il est bien facile de "prendre l'effet pour la cause", comme dit Levi. C'est-à-dire : croire que l'état de déshumanisation ou de aliénation de certaines populations n'est que ce qu'elles méritent.

évite les tonne de pubs dans ta boîte aux lettres.

POUR CEUX QUI RAGENT DE RECEVOIR DES TAS DE PUBS dans leurs boîtes aux lettres, de brochures, même parfois en papier glacé, de catalogues exhaustifs des supermarchés….
Oui, c’est parasitant et polluant : il faut savoir qu’en France sont distribués un million de tonnes de prospectus par an : ça représente 150 millions d'euros en dépenses, que les publicitaires espèrent éponger par l’attrait des produits proposés.

Apposer un sticker "pas de pub ici"sur la boîte est relativement efficace, on peut trouver ces petits stickers verts dans les mairies.

Mais pour enrayer réellement le phénomène de cette pollution écologique (et visuelle), je pratique un truc facile et jouissif.
Mettez un tas de pubs dans une enveloppe, que vous adressez à l’un des diffuseurs des pubs (ils indiquent souvent leurs adresses). Vous pouvez glisser un message bien senti, de ce que vous pensez d'eux. NE PAS AFFRANCHIR : l'enveloppe part vers les distributeurs, ils sont obligés de payer l’affranchissement s’ils veulent connaître le contenu de l’enveloppe.
Le seul investissement c’est les enveloppes. Bon.

Vous pouvez préciser l'expéditeur à l’arrière, ou bien ne pas le faire, ou bien en inventer, tout ça est légal. Si Century 21, Pizza Hut ou Auchan reçoient en masse leurs boniments en retour, ça risque de les calmer : leurs opérations leur coûtera pas mal de sous et de volées de bois vert.

Et passez le message, car ce genre de trucs n’a d’intérêts que si plein de gens le font…