3 novembre 2009

ghetto bassquake

http://ghettobassquake.blogspot.com/
C'est le site de Ghetto Bassquake, un DJ basé à Brixton qui mixe des musiques venues d'un peu partout dans le monde, et surtout des lieux que les majors et le grand public ignorent par nos contrées.
DJ Vamanos chope des rythme de ndombolo, de techno-zulu, reggaeton, de beat-box merengue, batida surpêchue,... il capte et fait entendre ce qui fait bouger les gamins d'un peu partout en Afrique et en Amérique du sud notamment, dans les cités, les studios de quartiers, les ghettos, dans les marges des grandes villes. Au passage, il en fait un mix censé faire remuer du cul pendant des heures,
Bref, son site est une mine pour ceux qui s'intéressent aux "cultures populaires mondialisées" (c'est tout autre chose que la world, qui n'est que l'adaptation de folklores pour un public occidental en quête d'exotisme).

Ghetto Bassquake me plaît parce que j'y entrevois un lien entre des minots qui, un peu partout, font péter les caissons pour exister (et tant pis si ça dézingue parfois les valeurs morales et culturelles en place).

A Paris, les scènes ne sont pas légion pour écouter de telles influences, je me souviens du Tryptique, salle récemment disparue, sinon il y a quelques scènes, en banlieue surtout — en Seine saint Denis surtout...

dans cette mouvance, il y a aussi :
http://murkle.wordpress.com/
http://maddecent.com/blog/
http://www.greenowl.com (des perles ! des perles !)
http://www.myspace.com/majorlazer
http://reggaeton.co.uk/X/ (nourrit mon attirance vers

http://analogafrica.blogspot.com/

et pour remonter un peu dans le temps :
http://radiodiffusion.wordpress.com/ (ce que les gamins du monde entier ont fait de mieux depuis les années 50, avec des instruments branchés sur secteur)

25 octobre 2009

rétrospective Guy Maddin au centre Pompidou-pidou !

Il y a quelques jours un ami me demandait si je connaissais un certain Guy Maddin, et je lui ai répondu rapidement que c'est un cinéaste à l'univers étonnant, qui utilise les codes du ciné expressionniste muet, avec un boulot de narration entre surréalisme et pastiche.

David Cronenberg, un mec qui s'y connaît, en dit : « Étrangement touchants, drôles et tout simplement fabuleux ! Si vous avez vraiment l'intention d'entreprendre un grand voyage dans le continuum temporel de l'espace cinématographique, sautez à bord de l'un des vaisseaux spatiaux de Maddin ».

Depuis que j'ai vu The saddest music in the world il y a quelques années, je trippe, je tripppe. C'est une oeuvre qui se construit depuis les années 80 sur des influences visuelles, narratives et musicales (oui, même dans ses films muets) et plein de clins d'oeil réjouissants. C'est une façon de parler bien à lui : un cinéma étrange et intime à la fois, fascinant, terrifiant, qui décortique les fantasmes, les sales sentiments (culpabilité et le poids de la filiation) avec une drôlerie jaunâtre. Certains y verront du cinéma transgressif parce que ça bouscule les codes ; surtout, ça donne le sourire et ça fout le frisson.

Rétrospective du 15 octobre au 7 novembre 2009
au centre Pompidou : infos ici

Dimanche 25 Octobre 2009
17:30    Des trous dans la tête ! - 2006 noir et blanc (95'), précédé du court métrage Footsteps

Mercredi 28 Octobre 2009
20:00    Dracula, Pages tirées du journal d'une vierge, Guy Maddin, 2001 noir et blanc (75')
La rencontre entre le personnage créé par Bram Stoker et les 1ère et 2ème Symphonies de Gustav Mahler, irriguée par la poésie de Guy Maddin

Vendredi 30 Octobre 2009
20:00   Archangel - 1990 noir et blanc (83')
Précédé des courts métrages The Heart of the World et Night Mayor (inédit, sous réserve)

Samedi 31 Octobre 2009
17:30    Tales from the Gimli Hospital - 1988 noir et blanc (72')
Précédé des courts métrages The Dead Father et Hospital Fragment

Samedi 31 Octobre 2009
20:00    Des trous dans la tête ! - 2006 noir et blanc (95')
Précédé du court métrage Footsteps.

Dimanche 1 Novembre 2009
17:30    The Saddest Music in the World - 2003 noir et blanc et couleur (99')
précédé du court métrage My Dad is 100 Years Old, d'Isabella Rossellini et Guy Maddin

Mercredi 4 Novembre 2009
20:00    Et les lâches s'agenouillent... - 2003 noir et blanc (65')
précédé du court métrage Les Chants d'amour - Cahiers de brouillon (4 segments d'un film perdu)

Vendredi 6 Novembre 2009
20:00    Le crépuscule des nymphes de galce - 1997 couleur (92')
Précédé du court métrage Odin's Shield Maiden, de Guy Maddin

Samedi 7 Novembre 2009
17:30    Guy Maddin : en attendant le crépuscule, Noam Gonick, 1997 couleur (60')
Une séance autour du documentaire inédit de Noam Gonick, accompagné du film de Marie Losier et des courts métrages de Guy Maddin, pour mieux comprendre cet artiste hors normes.

Samedi 7 Novembre 2009
20:00    Careful - 1992 couleur (100')
Précédé des courts métrages Odilon Redon (version 1995) et Glorious (inédit)

20 octobre 2009

derrière le béton, les décombres

Est-ce l'approche de l'hiver, le froid qui nous entoure peu à peu ? Est-ce l'hégémonie d'une société archi-policée, policière, où les franches rigolades, les joies collectives ou les grandes colères, sont si rares ? Est-ce l'effacement des teintes chaudes et les nuits plus longues ?

Les crépis se craquèlent ; les atours et les enveloppes, malgré leur bonne facture, tombent ; le vernis finit par s'écailler. Le carrelage, la jolie peinture glycéro brillante finira par laisser voir le fouillis de câbles jusque là cachés, la poussière, les détritus et les gravats. Sous les pavés la plage ? Peut-être, mais derrière le béton, les décombres.

J'aimais jusqu'ici prendre en photo des chantiers immobiliers ou des sites détruits parce qu'ils étaient les squelettes de la ville, les structures urbaines en devenir ou bien détruites, sites d'activité industrielle aux ouvriers agglutinés autour des machines-outils et des Algeco. Or cette réalité-là n'est pas circonscrite aux sites industriels, elle n'est pas réduite aux lieux en transformation : la structure nue de notre environnement est partout. C'est un certain regard sur les choses : soudain, le vernis tout neuf, le joli ravalement, le mur kärchérisé, la bossa nova égrenée des hauts-parleurs sur les quais du métro, la rue fraîchement goudronnée, les enseignes et les espaces verts bien tondus, tout cela s'avère le cache-misère qui nous permet de ne pas penser à, de ne pas constater la ruine.
Quand on mate l'image d'un sourire publicitaire sur une affiche, quand on voit les beaux panneaux colorés en plexiglas qui recouvrent la devanture du centre commercial, ou les rayonnages des supermarchés —"les vitrines du capitalisme" comme disaient les commandos antipub — c'est le déclin de notre monde que je fixe. C'est la fine couche de cosmétique qui couvre le réseau nerveux abîmé, l'étoffe soyeuse qui cache le squelette branlant.

La gueule du cache-misère en dit long sur la misère. Voyeur que je suis, je me mets à photographier les tentatives des municipalités, des industries, des autorités... de rendre notre monde plus acceptable, plus décoré, les tentatives d'en sauver les apparences. Les sourires, les revêtements, les produits équitables, les couleurs pastel des packs lé, les effets d'annonces, et les campagnes pour le bio.
Parce qu'on ne peut plus être dupe : ce qu'on appelle l'ordre public n'est que le vernis d'un monde dévasté, dans lequel on a pris l'habitude d'évoluer.

"Faut pas payer !" de Dario Fo - du 13/11 au 13/12


"Faut Pas Payer !" - Une pièce qui parle comme on vit.

Ecrite par Dario Fo dans la crise de l’Italie des années 70, "Faut Pas Payer" raconte une crise qui plonge des travailleurs dans la pauvreté... Elle parle du refus de la fatalité, de la désobéissance, de la solidarité.

Une pièce de boulevard politique,
du théâtre populaire comme on aime !

Au théâtre La Belle Etoile
du 13 novembre au 13 décembre 2009

Du jeudi au samedi à 20h30, dimanche à 16h
Réservations conseillées au 01 49 98 39 20
Tarifs 18 et 10 Eu - resto léger sur place.

La Belle Etoile,
14 rue saint-Just, La plaine - Saint-Denis (93)
M° Porte de La Chapelle -
Bus 153 arrêt Eglise de La Plaine

Infos ICI
et site de Jolie môme ICI

11 octobre 2009

"Bien dans ma vie !" le journal des pauv' Barbie !


Il y a quelques temps sévissait un magazine féminin (une magazinette ?) pour meufasses bien décérébrées : "Bien dans ma vie !" dont les pubs ornaient des couloirs de métro. Un peu comme ISA ou Jeune & Jolie mais en plus grave : "Bien dans ma vie !" devait donner aux lectrices le sentiment d'être libérées, maîtresses de leurs choix et de leurs désirs. 

En fait, les articles proposent aux femmes de se maintenir dans un rôle fonctionnel, où on les a tenues depuis des siècles en Europe. Les femmes y ont une fonction décorative : être le faire-valoir des hommes, les seconder dans leur vie matérielle, n'exister que pour/par eux.

La lectrice de Bien dans ma vie se conforte dans l'idée que seule l'intuition (qualité féminine, on le sait) doit la guider, et que réfléchir, décider, c'est prise de tête. Le dieu-consommation règne dans les pages : on collectionne les mâles pour prouver sa féminité, on réduit les hommes et soi-même à des biens consommables pour éviter toute effusion de sentiments.
Ne pas penser, ne jamais s'arrêter sur soi, ne pas prendre parti, n'exister que par son statut de femelle : séduire pour réussir, jouer de ses atouts sexuels...

"Soyez vous-mêmes, faites ce que vos désirs vous dictent". C'est tout le talent des communicants : faire une promesse de liberté en serrant plus fort les chaînes.

Dans le genre, "Bien dans ma vie !" bat un record : ça valait bien un hommage...

6 octobre 2009

La version Star Trek de l'UMP

Dans mon 19ème arrondissement parisien, les élus UMP tentent de paraître jeunes et dynamiques, au moins en photos, sur les affiches. Sans doute conseillés par des communicants gavés de séries télé, ils revêtent les atours des héros des films d'action américains.


Jean-Jacques GIANNESINI et Anne-Constance (oui, oui...) ONGHÉNA sont nos nouveaux sauveurs ; regards de défi, mains sur les hanches, ils portent leur suffisance en étendard, et montrent qu'ils sont prêt à nous impressionner, à faire du spectaculaire.

Action, émotion, aventure...  Prochainement, retrouvez vos élus UMP  dans : "Star Trek V.19"

17 septembre 2009

"Violent days", de Lucile Chaufour



"Violent Days" est le premier long-métrage de Lucile Chaufour. Une fiction en forme de road-movie : 4 copains aux allures rockabilly, dont une belle blonde peroxydée façon pin-up des fifties (Serena Lunn), se préparent à aller voir un concert au Havre. Pour les mecs, cette soirée est un exutoire, un moment qui leur donne la liberté de faire des conneries, de se balancer de la bière à la figure, de se bourrer la gueule avant de prendre le volant.
Tout au long de cette narration, s'incrustent des interviews d'autres fans de ce rock dont Gene et Elvis sont les grandes icônes ; ils disent comment la musique leur est salvatrice. En famille, au boulot, dans les bars, ils racontent comment le rock, l'attitude, la musique, la bière, les groupes de potes, sont des exutoires qui leur permettent de vivre au-delà de leurs contingences — parce que pour le reste, fonder une famille, se coltiner les corvées à la maison et subir les patrons au boulot, c'est bien obligé.
Chaufour entremêle très étroitement la narration fictive et les interviews, faisant même passer les voix des vrais témoins pendant les images de la narration fictive, ce qui rend la fiction d'autant plus en phase avec le propos du film : comment le manque, les cités et l'usine ont fait naître ces rebelles sans causes, affirmant si brutalement leur virilité, leur simple existence, un peu voyous parce qu'il faut bien s'occuper.

Ce beau film se déroule dans un miraculeux noir et blanc granuleux, un peu cramé, une ambiance qui me rappelait l'ultraréalisme du moyen métrage de Jean-François Richet, "état des lieux".

C'est une histoire commune sur des hommes en quête de dépassements. Elle se termine au petit matin qui suit le concert, et ce ne sont pas les hommes qui apparaissent dans la dernière séquence...

voir la géopolitique avec des oeillères

Vu dans le métro aujourd'hui, un grand sticker :
"les crimes contre l'humanité /
concernent TOUTE l'humanité /
Boycott Israël"

La couleur de fond, jaune cru, était celle des stickers d'Europalestine. Le message fait appel à un véritable altruisme : même si ça se passe loin de chez nous, cela nous concerne, nous avons un avis à donner, une aciton à entreprendre. Et c'est certain, Israël mène une politique criminelle que nous pouvons dénoncer.
Or mon exécration des propagandes réductrices, débiles et haineuses, m'a déjà poussé à mieux connaître les organisations qui en sont les auteurs. J'en connais un peu la rhétorique simple : Europalestine, comme le CAPJPO et d'autres, utilisent les milieux de gauche pour véhiculer un antisioniste sans nuance, qui n'est la plupart du temps qu'une méfiance du monde juif, voire un antisémitisme carrément assumé (même si personne ne se dit ouvertement "antisémite").
Ces organisations n'envisagent qu'un seul frein à l'épanouissement du monde, à savoir un axe du mal Américano-sioniste. Elles servent plus ou moins directement les partis populistes et souvent religieux qui tentent de fleurir dans le monde arabo-musulman. Et dans cette obsession, ils en oublient de pointer non seulement les autres maux qui accablent les peuples arabes — despotismes, fondamentalismes, corruption des pouvoirs — mais surtout d'autres criminels contre l'humanité qui sévissent sur la planète.
Jamais je n'entends ces voix-là dénoncer les crimes du Rwanda, du Darfour, du Tibet ou du Sri-Lanka. Des victimes très nombreuses, selon des méthodes presque industrielles et des idéologies complètement tarées. Ces voix-là n'en parlent pas, parce que ces voix-là sont un outil de propagande anti-israélienne, nous ne les entendrons que dénoncer, en exagérant volontiers, les fautes dont Israël se rend coupable.

En lisant le texte, j'ai eu tout de suite envie d'ajouter :
"TOUS les crimes du l'humanité concernent TOUTE l'humanité".
... ce qui ne paraît pas du tout évident à Europalestine

4 septembre 2009

La fétichisation de l'Afrique et la culture "world"

En ce moment à Paris, le festival rue Léon invite des artistes africains, musiciens, conteurs, etc. La programmation est attirante, mais la com cible un public en mal d'exotisme et conforte nos préjugés.
 

Retrouvez dans le cadre du "festival Rue Léon #10"   (jusqu'au 19 septembre) des concerts de musique africaine du mercredi au samedi à 20h30 à l'Olympic Café. Peul, créoles, malinké, pulaar, bambara, Diallo [il doit s'agir des Diolas, Diallo étant un patronyme peul] , wolof, könon, arabe, français, wassoulou ? autant de langues employées tour à tour par les griots, musiciens africains et européens, pour délivrer des messages singuliers, liés à leurs histoires et leurs cultures, et universels puisqu'il s'agit avant tout de plonger tous les publics dans une danse chaude et fraternelle. Les mille langues de l'Afrique se donnent rendez-vous et nous convient à découvrir une culture forte, polyglotte et orale où chacun peut découvrir dans quelle mesure nous sommes tous des africains.


 


Le texte n'est qu'une accroche et n'a rien d'unique, dans son genre. Au contaire, il est dans l'air du temps et on trouve beaucoup d'autres exemples d'annonces d'évènements autour sur cette culture " world ", une culture qui se veut universelle, métissée , colorée, fes
tive, choses dont on a tous grand besoin.
On est ici dans le registre du spectacle et des sensations, le public veut de l'exotique, du dépaysement (pas si dépaysant que ça, il est quand même bien conforme à nos images d'Epinal). Le texte donne l'impression que l'Afrique est le continent de la danse et de la joie. Mais la culture africaine est-elle unique ? peut-on la réduire à une culture polyglotte et orale alors que c'est une multitude de cultures parfois fondamentalement différentes ? La civilisation éthiopienne, cosmopolite depuis un millénaire, les royaumes bambara du Mali, les peuples Angolais, influencés par les portugais, Congolais, par les Belges, les populations islamiques, animistes, chrétiennes, aux traditions patriarcales fortes ou pas, ayant des philosophies et des cosmologies différentes... tout cela peut-il constituer une culture, qu'on voudrait voir uniformisée dans une représentation festive et sympa parce qu'alternative à la culture parisienne ?

On évoque des vertus comme la fraternité et l'universalité pour attirer le public, avec cette formule dingue, "nous sommes tous des Africains". Ben non. Les africains ne sont pas issus d'une entité uniforme, et nous ne sommes pas tous des africains. Et c'est ça qui est bien.


Quant aux griots, il est important de rétablir la vérité. Les griots sont avant tout des troubadours dont l'art est un commerce. Ils sont chargés de chanter des louanges des grands de ce monde, ils sont rétribués par les puissants qui diffuser ces récits, comme une sorte de Paris-Match l'aurait fait si ce journal était capable de poésie.

Voilà donc les mots du philosophe Mamadou Lamine Traore :

les griots "ont la mémoire plus sélective que celle des historiens occidentaux. Leur savoir, s'il aide à jeter des jalons, ne peut suffire dans la reconstitution du passé africain. Le griot est plus un poète qu'un homme de science ; chaque parole qu'il exprime doit être acceptée par la communauté à laquelle il s'adresse. De sa bouche sort toujours la vérité car il en est le Maître. Sa vérité est plutôt d'ordre subjectif qu'objectif ; elle est plus proche de la parole du prêtre et du devin que de la vérité du mathématicien.
Les griots sont des « troubadours fonctionnaires », dépendants des grandes familles ou de certaines ethnies. Ils gardent en mémoire les hauts faits de ces familles et ethnies et se les transmettent de père en fils. Par exemple, l'histoire de l'Empire du Mali est rapportée dans une suite de paroles laudatives et hymnes adressés à la famille Soundiata, le plus brillant des empereurs du Mali. Les griots constituent une caste de maîtres du verbe attirés par le pouvoir et la richesse"

in "Philosophie et géomancie", 1979.

Traore est sévère mais il a le mérite de démystifier le statut de griot. Pas des poètes maudits, pas des historiens, mais des louangeurs. Talentueux, fascinants parfois, mais des communicants...

A propos de la pub pour le Festival rue Léon, je veux dire qu' attirer un public large vers la connaissance d'autres civilisation, ça n'oblige pas à les mystifier en surfant sur leur exotisme. Il serait profitable de redonner aux cultures africaines leurs spécificités, sans fétichisation. De rappeler aussi que nous ne sommes pas tous des Africains, et que c'est justement une bonne raison de se rencontrer

Au fait, la programmation du festival "nous sommes tous des Africains" est quand même bien chouette, il y a notamment
Bademba (blues Mandingue, Burkina Faso) ce vendredi 4 & 11 & 18 sept - Entrée 5€, Black Pyramide (Sabar, Sénégal) ce samedi 5 & 12 & 19 sept - Entrée 1€, Mam Sika (contes, Bénin) mardi 8 & 15 sept - Entrée 1€, Pakare (zouk, Antilles) mercre di 16 septembre - Entrée 1€, et Bachir Sanogo (jazz, Côte d'Ivoire) mercredi 9 septembre - Entrée 1€.


Tous les jours jusqu'au 19 septembre à 20h30
Olympic Café :
20 rue Léon, 75018 Paris
M° Château-Rouge


http://www.rueleon.net/


14 août 2009

Idriss Deby le despote, considéré par le presse bourgeoise française comme "bâtisseur au service de son pays"

Ce mois-ci, le magazine l'Essentiel des relations internationales, appartenant aux éditions Prestige Communication fait la une sur Idriss Deby, un bâtisseur au service de son pays. Il se focalise sur la croissance exemplaire, sur les bonnes relations entretenues avec l'international... Qui faut-il être pour diffuser de telles inepties ?
Prestige Comm' est une maison d'édition parisienne et édite 4 revues thématiques : Vivre Zen (Santé, bien être), The Luxury (guide hôtels, spa, golfs), l'Essentiel des relations internationales (politique, économie, société, culture) et le Club Cigare. Tu vois le genre...
Prestige Comm' s'adresse à cette grande bourgeoisie qui n'attend que d'être rassurée sur ses intérêts, sur ses valeurs, et qui espére que de bons Africains continueront à faire marcher le bizness comme avant les indépendances !
Rappelons un numéro spécial de L’essentiel des relations internationales de 2007, entièrement à la gloire d’Omar Bongo. Celui-ci y était présenté comme un "négociateur hors pair ", président d’un pays "à la croissance exemplaire".

C'est grave. Idriss Deby Itno est un despote, qui règne depuis 1990 sur le Tchad, au service de lui-même d'abord, de sa famille, de ses proches, de son ethnie (Zaghawas)... Après le coup d'état que la France l'a aidé à mener contre le dictateur Hissène Habré, Deby, ancien élève de l'Ecole militaire de Paris, a instauré une république bananière. Chaque scrutin (1996, 2001, 2005) est le fruit de fraudes, agrémenté du financement de candidatures fictives et de manipulations de la Constitution. Je me souviens de vidéos-pirates, montrant des soldats tchadiens sortir en courant des bureaux de votes, les urnes pleines de bulletins dans les bras, sous les huées de la foule scandalisée.

L'appui de la France, c'est l'opération Épervier, dispositif en place depuis 1986 pour chasser les troupes libyennes, puis, depuis 1991, maintenu sur place sans aucune autre raison que de défendre le régime de Deby et les intérêts français. Epervier, ça a été jusqu'à 12000 soldats sur place (et aujourd'hui 1200).
La France poursuit la politique dite de "Françafrique" (comme dans d'autres anciennes colonies) où l'implantation d'autorités françaises et le soutien aux régimes en place pourvoit l'Hexagone en matières premières, en pétrole, en uranium, etc. Un système de soutien mutuel qui profite à notre pays et lui permet de rayonner au niveau international. Le système a été crée par De Gaulle par l'intermédiaire de Jacques Focart, de qui Pasqua avait pris le relais. Au Tchad, c'est un soutien politique et militaire inconditionnel au régime illégitime, notre pays armant le gouvernement de Deby contre l’opposition démocratique et la population en général.

La France offrit un silence complaisant lors de l'assassinat, en 1992, du Vice-Président de la Ligue tchadienne des Droits de l'Homme, Me Joseph Behidi ; lors de l'annulation d'une grande partie des mesures du plan d'assainissement, en 1993 (occasionnant des milliers de morts) ; lors du massacre des populations de Goré en 1995 (247 morts), et tant d'autres méfaits.
En 1993, Amnesty International dressait le bilan amer des trois premières années du régime Déby :
" La terreur règne toujours. On continue de repêcher des cadavres dans les eaux du Chari, le fleuve qui arrose N'Djaména. Plus de 800 personnes ont été exécutées de façon extra-judiciaire. [...] Quels que soient ses mots d'ordre, le gouvernement de Idriss Déby utilise aujourd'hui les méthodes de répression dont il disait vouloir débarrasser son pays à l'époque où il luttait contre le régime de Hissène Habré. Les assassins, les tortionnaires, les ravisseurs qui sévissent au Tchad appartiennent aux forces de sécurité de Idriss Déby ".
En 1996, l'organisation constate la banalisation de la torture et notamment le recours à l'arbatachar (les amateurs du bondage extrême connaissent peut-être cette forme de torture locale).
Deby règne en despote, réprimant les nombreuses rébellions (en 2000, on estimait à 25 000 morts le nombre de victimes du régime), appelant la France à l'aide lorsque son pouvoir est menacé — la France intervient en 2006 pour débarrasser le Tchad des troupes rebelles sur le point de prendre le pouvoir, et permet le retour du bon président Deby, en déplacement en Guinée Equatoriale.
Et ça continue : chasses aux sorcières, intimidations et séquestrations de journalistes, enlèvements d'opposants politiques. Et c'est cet homme, ce despote assassin, que L'essentiel des relations internationales décrit comme un bâtisseur au service de son pays.

Honte à l'Essentiel des relations internationales pour le peuple tchadien, honte pour les victimes de celui que vous portez aux nues, honte pour le soutien de ce journal à une dictature

Infos supplémentaires :

10 août 2009

GOLEM - de Jiri Barta

Jiri Barta, un Tchèque né en 1948 à Prague, a réalisé plusieurs films d'animation, dans la tradition tchèque pour le dessin et la technique, mais avec plein d'innovations et de mystères. Comme Jan Svankmajer, autre réalisateur de films d'animation qui m'a beaucoup marqué, il mêle les matériaux, leur donne une expressivité étonnante, et met en scène des légendes. Son "joueur de flûte de Hamelin" (un conte médiéval allemand) est superbe.
Là, je vous fais partager le travail préparatoire d'un film jamais réalisé entièrement : Golem. Ca date de 1996, c'est donc récent dans la carrière de Barta, et on peut voir cette merveille ici :
http://www.youtube.com/watch?v=ZcJFhiQMB8I

16 juillet 2009

cinquantenaire de la censure pour le ministère de la culture


2009 est l'année du cinquantenaire du Ministère de la culture, dont André Malraux fut le 1er ministre sous De Gaulle en 1959.
La comm' du Ministère a édité de jolis timbres avec le portrait du bonhomme, les cheveux au vent — une variante de la célèbre photo de Gisèle Freund.


Cherchez l'erreur.

Sur la photo d'origine, Malraux avait la cigarette aux lèvres. Cette clope au bec est aujourd'hui tellement inacceptable qu'il a été décidé de gommer le détail.
En 2009, la cigarette est un vice et les gens bien ne doivent pas se montrer clopant. Surtout pas en photo !!!

Je me souviens que dans les années 80, la censure avait frappé Lucky Luke, sommé dorénavant de mordiller un brin de paille.
Faudrait pas que la jeunesse imite les mauvaises manières de ses héros !
Voici donc Malraux, privé de sa clope, mais transformé en icône exemplaire... et tellement tendance !