30 avril 2019

les films dont le titre est celui d'une chanson (liste)

Ces temps-ci je suis en mode petit joueur, avec une tendance à faire des listes.
Justement, ces jours-ci sortent plusieurs films dont les titres sont aussi des titres de chansons célèbres. Just a gigolo, Mais vous êtes fou, ou Venise n'est pas en Italie...
Pour suivre cette tradition, voici une liste de films dont les titres sont ceux de chansons :

  • Tom est tout seul, film de Fabien Onteniente et chanson de Diabologum.
  • J'me sens pas belle, film de Bernard Jeanjean et chanson des Rita Mitsouko.
  • Je me suis fait tout petit, film de Cecilia Rouaud et chanson de Brassens.
  • Les oiseaux de passage, film de  Ciro Guerra et Cristina Gallego, et chanson de Brassens.
  • Laisse tes mains sur mes hanches, film de Chantal Lauby et chanson de Salvatore Adamo.
  • Soul Kitchen, de Fatih Akın : c'est aussi une chanson des Doors.
  • Un poison violent, film de Katell Quillévéré et chanson de Serge Gainsbourg. La suite de la chanson, C'est ça l'amour, film de Claire Burger qui vient de sortir, est aussi la suite des paroles de la même chanson de Gainsbourg.
  • Une nuit qu'il était à se morfondre, court-métrage de Cyril Paris et paroles de Gainsbourg (la chanson Initials B.B. commence par "Une nuit que j'étais à me morfondre"...).La nuit je mens, court-métrage d'Aurélia Morali et chanson de Bashung.
  • Mais vous êtes fou, film d'Audrey Diwan et chanson de Benny B.
  • Just a gigolo, film d'Olivier Barroux et chanson de Bing Cosby (sur une musique de Leonello Casucci).
  • Venise n'est pas en Italie, film de Ivan Calbérac et chanson de Serge Reggiani (paroles de Christian Piget).
  • Ma mère est folle, film de Diane Kurys et chanson de William Sheller (je triche, la chanson est Maman est folle)
  • Un homme pressé, film de Hervé Mimran et chanson de Noir désir.
  • Mes amis, mes amours, mes emmerdes, série télé créée par JM Auclair, et paroles de la chanson d'Aznavour Mes emmerdes.
  • I Feel Good, de Kervern et Délépine, chanson de James Brown (et d'autres, sûrement)

En trouverez-vous d'autres ?


Les groupes de musique dont le nom est une chanson (liste)

Ces temps-ci je suis en mode petit joueur, avec une tendance à faire des listes.


Aujourd'hui voici une liste de groupes de musiques dont le nom est le titre d'une chanson ou d'un album (d'un autre artiste).


  • Myra Lee, groupe de rock hardcore, est d'abord un des premiers albums de Cat Power.
  • Hey hey my my, c'est d'abord un titre de N. Young.
  • Sisters of mercy, groupe rock indé des années 80, est aussi une ancienne chanson de Leonard Cohen. D'ailleurs leur première compile de chansons, some girls wander by mistake, est aussi une chanson de Cohen. Ils apprécient sans doute le bonhomme.
  • Eifel, groupe rock parisien, fut d'abord une chanson des Pixies.
  • Surfer Rosa, groupe "noisy wave" de Lille, était d'abord - encore - une chanson des Pixies.
  • I am un chien andalousia, groupe electro-rock des années 2010 : là encore, ce sont des paroles issues de la chanson Debaser des Pixies.
  • Les hurlements d'Léo, groupe vocal français, est d'abord une chanson des VRP.
  • Les grosses papilles, groupe satirique et festif, est également une chanson des VRP.
  • Golden hair était une chanson de Syd Barrett - mais on ignore si la référence est volontaire...
  • Yeah yeah yeah, groupe rock, est d'abord une chanson de The Vibrators.
  • Amongster, groupe belge, a succédé à une chanson de Poliça du même nom (2012).
  • Uh Huh Her, groupe pop californien, est d'abord une chanson de PJ Harvey.
  • Mellow Mood, groupe de reggae italien, est d'abord une chanson des Wailers.
  • Pompadour Swamp, groupe de rock 'sixties' des années 2010, est une chanson de Captain Beefheart de 1974.
  • Ghost dance, groupe francilien, est d'abord une chanson de Patti Smith.



27 avril 2019

Les groupes de musique aux noms de machines (liste)

Ces temps-ci je suis en mode petit joueur, avec une tendance à faire des listes.
Aujourd'hui voici une liste de groupes de musiques qui portent le nom de machines et autres "objets modernes". C'était prisé à l'époque des groupes électriques, et plus encore quand les machines ont pris un rôle prépondérant à la fin des années 70.
Les noms de groupes, au début de l'ère punk, reflétaient le monde environnant : flux, béton, circuits informatiques, ordre public, contrôle urbain généralisé.

Alors voilà, un hommage à Jefferson Airplane et à 13th Floor Elevator :
Telex
Téléphone
Telegram
Television
Motorhead
Radiohead
TV on the radio
Vibrators
B52
U2 
The Hellacopters
The amps
The Internet
The Computers
The Videos 
The Sonics
Automat
Autorama
Laser
Atomic Rotors
Atomic Rooster
Washing machine
Wire
Liévaux-Transfo 
les Avions

Pourrez-vous en trouver d'autres ?

12 avril 2019

Les noms de groupes de musique composés de mots-jumeaux (liste)

Je suis d'humeur petit joueur, avec une tendance à faire des listes. Aujourd'hui, ce sera des listes de groupes de musiques.
Depuis quelques années il y a une tendance lourde aux groupes dont le nom est composé de deux mots jumeaux, comme Duran-Duran ou Talk-Talk. L'idée est un peu plan-plan, pas besoin d'être fute-fute pour l'avoir, mais dare-dare, en voici quelques-uns. Mais c'est donnant-donnant : en connaissez-vous d'autres ? Soyez fou-fou !
Twin Twin
Django Django
Zombie Zombie
Hyphen Hyphen
Dupond Dupont
Monsieur Monsieur
Electric Electric,
Smoking Smoking
the Ting tings
Everything everything
Remember remember
Radio radio
Saï saï
Champagne champagne
Now now
Motel motel
Man man
Agar Agar
Edam Edam.

Encore plus fort... :
Hey hey my my ; Pony Pony Run Run ; Die Die Die ; Yeah Yeah Yeahs ; Dark Dark Dark ; Wet Wet Wet...

Pour avoir d'autres idées, cliquez ici.

8 mars 2019

JUJITSUFRAGETTES - un article paru dans Chéribibi N° 10

En ce 8 mars, je poste ici les pages d'un article titré : JUJITSUFRAGETTES ! — extrait du numéro 10 de l'excellente revue Chéribibi.

On y rappelle que les féministes anglaises du début du XXè siècle ont gagné leurs droits de "hautes luttes" : lutte sur le ring, combats de rues et ju-jitsu !

Le Suffragettes Self-defense Club, créé en 1909, était réservé aux militantes de la WSPU (Women's Social & Political Union) et de la Women's Freedom League. Sa créatrice, Edith Garrud, fut la première instructrice d'arts martiaux en 1903 (elle cachait aussi des armes dans son dojo). Mais Edith Garrud, accompagnée dans ce projet par son mari William, ne fut pas la seule pionnière. Il y eut Emmeline Pankhurst, Marie Clark, Emily Watts, Florence Le Mar... En France : Marguerite Vigny — femme d'un maître d'armes, elle créa une technique d'autodéfense avec parapluie —, Madeleine Pelletier. L'artcile nous donne à connaître quelques portraits de ces femmes, quelques exemples de leurs actions libératrices.

En bref : de combats en actions militantes, les femmes britanniques ont conquis le droit de vote pour 8 millions d'entre elles en 1918, et la redéfinition de leur rapport à la violence politique et domestique.





Crédits : Daniel Paris-Clavel
http://www.cheribibi.net/

"L'agresseur décide qu'il y aura violence ; à nous de décider contre qui cette violence sera dirigée" - dans Non c’est non, d’Irene Zeilinger, Zones, Paris, 2008

"Quand on veut travailler à promouvoir l’humanité, il faut la prendre telle qu’elle est. Il est certain que casser un carreau n’est pas un argument ; mais si l’opinion, sourde aux arguments, n’est sensible qu’aux carreaux cassés, que faire ? Les casser, évidemment." - Madeleine Pelletier

3 mars 2019

#HackingParis : une opération tech, geek, fric.

La Ville de Paris organise et subventionne une nouvelle rencontre entre monde marchand, investisseurs et start-up.
Le jeudi 21 mars 2019, ce sera la 5ème édition du Hacking de l’Hôtel de Ville et, déjà, ça sent fort l'esprit Start-up nation.

Le programme est ici.  On y trouvera : des startupers, des experts, des investisseurs, des grands groupes, des jeunes plein d'ambition qui font de l'argent sur du rien. Du rien, oui : sans rien produire d'utile, rien qui se mange, qui se lit, qui épanouit, qui protège. Seulement du spectacle, du divertissement, avec son cortège de pollution et de croissance incontrôlées.
Il y aura aussi quelques agents de la ville présents pour accompagner ça (est-ce le rôle de la Fonction publique territoriale ?). Ce sera un sommet de l'économie néolibérale pour réinventer Paris (c'est le nom d'un réel appel à projets), c'est-à-dire pour une ville de Paris embourgeoisée et gentrifiée.

La com' de la ville adopte un langage dénué de sens : "Venez échanger, brainstormer et travailler entre 2 RV" (...) "Ce rassemblement des professionnels de l'innovation permettra de construire des collaborations et de déceler les innovations de demain." "Toutes les 15 min, le gong retentira pour vous permettre de participer à un ou plusieurs des 3 500 rendez-vous d’affaires pré-qualifiés de la journée. L’occasion idéale d'étoffer son carnet d’adresses et de rencontrer de futurs partenaires lors de ce speed-dating à grande échelle."

Le dispositif est clair, il s'agit surtout de créer son réseau, de créer sa boîte, de faire du fast-fric (oui, moi aussi j'ai le droit d'inventer un concept). Les arguments d'innovation et de culture tech doivent avant tout rendre ces projets spectaculaires. Et dans le spectacle il faut être attractif : "Startup meetup", "séquence de pitch de startups", "Xperiment Show, Workshop", "Newsroom & Plateau TV", "découverte d'écosystèmes", "défis de la civic-tec", "enjeux de croissance", "des expériences immersives", etc.

Tout le vocabulaire de la novlangue libérale est là. (Lire le précédent article : La novlangue néolibérale, langue de la start-up nation)


On craint l'opération séduction : un bel enrobage, un vocabulaire tech, des concepts geeks hors-sol, avec pour seule finalité de développer le goût du business capitaliste et l'entre-soi. Et le fait que parmi les mantras figurent des mots comme "développement durable" et "alimentation" n'y changera pas grand-chose : l'ambition n'est sans doute ni sociale, ni démocratique, ni écologique.

Alors on a des questions :
L'équipe dirigeante de Paris cède-t-elle encore à l'illusion de retombées économiques ? Veut-elle attirer les jeunes en période pré-électorale ? Quelle est la finalité de tout cela ? produire "de l'innovation" ? "découvrir des solutions et des opportunités" ? Est-ce que tout cela est budgétisé ?

Pour finir : la ville de Paris, qui se targue de parité et de représentativité, présente ses têtes d'affiche. Vous allez penser que j'ai la critique facile, mais une gêne m'envahit.



11 février 2019

les femmes dans la pub et dans le cinéma de grand-papa

Les progrès conquis par le féminisme se mesurent aux changement opérés dans les représentations des femmes. Quand on jette un oeil au cinéma et aux pubs d'il y a 2 générations, on se rassure sur un point : on est capable d'évoluer. un peu...

"Article de choix !" C'est ce que dit le gentil héros du film Les inconnus dans la ville (1955), joué par Victor Mature, à propos de la jeune femme, incarnée par Virginia Leith, qui apparaît à nos regards. La suite ("beau chassis", "une carrosserie de première", etc.) est du même tonneau.
On note qu'il s'agit d'un film Richard Fleisher, adepte des personnages de super-mâle. Et comme par hasard, à la fin du film, on assiste à la gloire du héros, que son fils présente fièrement à ses potes parce qu'il a tué des méchants.


Putain c'est beau comme une blague de Bigard, délicat comme un frotteur dans le bus. Alors on est quand même rassuré car le féminisme est passé par là, faisant reconnaître les femmes dans leur existence et dans leurs droits : je ne peux pas imaginer de telles scènes dans le cinéma contemporain.

Ces couverture du magazine Cinémonde des années 30 à 50, qui nous montrent les corps des vedettes comme de purs objets de désirs, nous disent à quel point les femmes, mêmes célèbres, n'existaient pas en tant que personnes. Seule leur présence sexuelle était mise en avant. Cinémonde n'était pourtant pas une sorte de Playboy qu'on trimballait sous le manteau, mais une revue de cinéma grand public.



Vous vous rappelez le rôle dévolu aux femmes dans la publicité, jusque dans les années 70 ? Certes, on voit revenir en force des pubs ultra-genrées, où les femmes s'épanouissent dans la beauté et la séduction et où les hommes se réalisent dans la vitesse et le défi, et c'est tellement navrant que ça justifie tous les commandos antipub.
Mais bien plus tôt, il y eut une époque où le rôle des femmes était juste d'être des épouses et des mamans, et leur premier devoir était d'assurer la satisfaction de leurs maris — puisque c'était eux qui devaient les féconder, fallait bien qu'ils puissent joindre l'agréable à l'utile. Le modèle était celui de la femme au foyer et de la servitude conjugale. Ce que dit la pub Moulinex ci-dessous, c'est que le progrès permet aux hommes d'offrir à leurs femmes les moyens de leur offrir le confort, à eux. 


Ces réclames, parues dans la presse de cinéma des années 30 (Le Film, Mon ciné...), concernent un autre marché : les produits miracles. Elles témoignent de la facilité avec laquelle on pouvait manipuler les femmes avec des promesses dignes d'un flyer vantant les services d'un marabout. 


Comme vous avez remarqué, les pubs proposent aux hommes d'accéder à plus de confort ; celles qui s'adressent aux femmes leur proposent d'être plus séduisantes, dans une féminité très normalisée.
Les publicitaires d'aujourd'hui pourraient bien envier ceux de jadis, pour qui il devait être si simple d'imposer aux lectrices leurs diktats sans être parasités par les mouvements d'émancipation des femmes. 

Les temps changent, les copains, ça commence à être plus difficile d'exiger des femmes qu'elles soient des objets sexuels... P'têtre même qu'un jour, faudra vous y faire, on devra vivre égaux.

4 janvier 2019

La novlangue néolibérale, langue de la start-up nation

Vous avez déjà jeté un oeil aux campagnes de com' des grandes collectivités territoriales ou de l'Etat, des entreprises ou des grandes institutions ? Alors vous avez déjà goûté aux charmes de la novlangue libérale.

Pour rappel, la novlangue c'est la langue officielle d'Océania, le régime totalitaire décrit dans 1984, le roman visionnaire de Georges Orwell. Le régime d'Océania impose le contrôle extrême des citoyens, la censure jusque dans la sphère intime. Pour faciliter ce contrôle il impose aussi une nouvelle langue, la novlangue. Elle consiste en une simplification lexicale du langage, avec une objectif précis : rendre 
impossible toute formulation des idées. La novlangue évacue les concepts, le vocabulaire complexe, symbolique ou poétique, ainsi que certains mots qui se rapportent aux sujets censurés. Privés des moyens de pensée critique, habitués à ne réagir qu'à l'affect, les citoyens deviennent les proies idéales de la propagande d'État.

Dans les grandes collectivités comme les grandes entreprises, on a adopté une novlangue néolibérale. C'est la langue de la Start-up nation, système vanté par Macron qui consiste à mettre sur le plan de l'efficience économique tous les aspects de la société humaine. Il s'agit d'évacuer les mots trop signifiants, familiers, communs, et de les remplacer par des termes plus bankable, à la fois plus techniques et plus spectaculaires. De fait, les mots choisis sont détournés de leur sens, faits d'assemblages de termes familiers, et souvent empruntés à l'anglais. 

Ainsi du rapport Développement durable de la ville de Paris, exercice 2017 — publié en décembre 2018. Dans ce document, pourtant orienté vers la transition écologique et le bien commun, c'est la novlangue néo-libérale qui règne. Les quelques occcurences de participation, de concertation, de dialogue et de vivre-ensemble sont réduits à des prétextes pour rassurer les lecteurs sur la volonté démocratique de l'équipe dirigeante.

« DataCity est le 1er programme français d’open-innovation sur la thématique de la ville intelligente »

« Paris expérimente les mobilités de demain»
« Les projets innovants, les nouvelles méthodologies agiles, la co-construction sont les leviers de l’attractivité économique»
« L’appel à expérimentation Qualité de l’air est lancé par Urban Lab de Paris&Co, Airlab d’AirParif et la Ville de Paris »
« les véhicules autonomes & la mobilité connectée »
« Les soirées Réseautage & papotage réunissent porteurs de projets et citoyen-ne-s curieux »
« Paris s’engage pour un système alimentaire plus durable, inclusif et résilient »
« FAIRE est un accélérateur de projets architecturaux et urbains innovants »
« l’Îlot vert, un îlot valorisant le recyclage des déchets flottants et vecteur de biodiversité, un modèle économique inédit pour densifier et valoriser le tissu pavillonnaire »
JO2024 : « des jeux sobres, partagés et inclusifs »
« Favoriser des modes de production et de consommation responsables et développer l’économie circulaire »
« Un groupe de travail composé d’agent-e-s volontaires (ou « nudge lab ») a conçu des stickers afin de favoriser les comportements vertueux »
« Le projet [...] crée un lieu de l’économie circulaire avec des espaces innovants (fablab, co-working, pépinières d’entreprises et start-up, etc) » ...


2 novembre 2018

"41% de français pour un régime autoritaire" : comment faire du buzz avec un sondage manipulateur ?

La presse fait ses chougra d'un sondage réalisé par l'IFOP pour Ouest-France et diffusé cette semaine. Des gros titres qui sentent mauvais mais qui donnent envie d'y coller le pif.



Non contents de relayer ce seul aspect de ce sondage déjà bien orienté, ces médias se sont empressés de le traduire en titres bien spectaculaires et de "faire du buzz" (c'est-à-dire de la polémique, du clic, donc des chiffres). On ne s'étonnera pas qu'il s'agisse là d'une presse aux mains d'oligarques (qu'on appelle magnats) et d'actionnaires, une presse qui offre du spectaculaire plutôt que de partager de la connaissance.


Et nous voilà avec l'affirmation, unanimement assenée, que "41% de français veulent un régime autoritaire".

La question posée, la dernière de ce long sondage, est en page 25. D'abord, elle ne peut pas être réduite à ces gros titres manipulateurs.... en voici des captures d'écran :



La question en elle-même pose problème puisque sa formulation est trompeuse : "Certains pensent que... êtes-vous d'accord ?" Elle invite à admettre que cette opinion est déjà partagée, et il ne reste qu'aux personnes sondées qu'à l'approuver ou la désapprouver. Mais comment l'IFOP — qui avait réalisé ce sondage APRÈS avoir écrit sa question — pouvait-il déjà savoir ce que certains pensaient ? Qui sont ces certains au juste ? 

Cette question ressemble donc davantage à un plébiscite qu'à une façon de sonder l'opinion. 
Ce que révèle les réponses c'est que parmi les sondés, les plus jeunes sont aussi les plus en accord avec les certains qui pensent que... Bref, les plus jeunes, moins rodés à la vie politique, semblent être les plus tentés par l'expérience autoritaire — bin oui, évidemment, les plus anciens savent ce qu'un régime autoritaire implique : ils n'en veulent pas.
L'évidence qui est confirmée, c'est que parmi les sondés ayant des proximités à droite (parmi laquelle l'extrême-droite), la majorité accepterait un pouvoir plus autoritaire. Rien de nouveau là-dedans.

Voilà encore un sondage qui surfe sur le ras-le-bol général pour faire dire des conneries aux gens. 
On sera plus proche de la réalité avec ce chiffre : 100% des Français veulent juste être entendus, respectés, et exercer le pouvoir qui leur revient (on ne parle pas ici du pouvoir d'achat).  Et certainement, 100% veulent de l'honnêteté : que leurs dirigeants, quand ils sont autoritaires, ne se fassent pas passer pour des chantres de la démocratie.

25 octobre 2018

Périphrases & circonlocutions

l’île de beauté
la cité phocéenne
l'Hexagone
la fille aînée de l’Église
le pays du soleil levant
la grande bleue
le billet vert
l'or noir
le petit écran
un homme de pouvoir
la première dame
le meilleur ami de l'homme
un homme d'argent
un cadre
un collaborateur
la terre sainte et la terre promise
le sexe faible, le beau ou le deuxième sexe
la vierge rouge et la pucelle d'Orléans
le troisième âge
le septième art
la grande littérature
les personnes à mobilité réduite
le plus vieux métier du monde
les personnes issues de la diversité
le souverain pontife
les saintes écritures
la dame de fer
la droite de la droite
les forces de l'ordre
les gens du voyage
la force publique
le ministère de la défense
une mission de pacification
la firme à l’oiseau bleu
la marque aux trois bandes
la faucheuse
la langue de Molière, de Goethe ou de Shakespeare...

Eh, venez on arrête...


Messages aux journalistes : Assez de circonlocutions, appelez les choses par leurs noms.

22 octobre 2018

Le malentendu Jean-Michel Basquiat

Depuis ce mois d’octobre, la fondation Louise Vuitton expose deux artistes, Egon Schiele et Jean-Michel Basquiat. Au-delà de l'opportunisme commercial qui consiste à présenter des "stars" à l’œuvre "sulfureuse", la visite vaut le déplacement au moins pour Shiele.


L'effervescence qu'il y a régulièrement autour de Basquiat me semble être un énorme malentendu. Cet artiste est un pur produit du marché de l'art, surestimé à la place d'autres méconnus : un bel arbre qui cache une forêt palpitante.

Quand on visite une expo, un "Basquiat" a quelque chose d'évident, d'immédiatement reconnaissable. Mais si je pige bien l'enjeu d'intégrer des figures traditionnelles haïtiennes dans ses œuvres modernes, je ne prête pas d'intérêt à cette oeuvre, ni pour les sentiments qu'il y exprime, ni pour l’usage des symboles politiques ou sexuels, ni pour les couleurs, ni pour la maîtrise du geste. J'ai vu ses oeuvres dans des collections permanentes ou lors d’expositions dédiées, j’ai vu les gens piétiner et s’extasier. J'ai essayé, vraiment. Montages sympa. Détournements malins. De la colère, de la couleur. Mais j'ai le sentiment que le cas Basquiat est une énième supercherie du marché de l'art contemporain. Un goût amer, que ne m'ôte pas la vision de la fée Louis Vuitton se penchant sur la tombe de l'artiste.

Alors, à quoi Basquiat devait-il la reconnaissance ? sans doute à son goût pour l'art "métissé" et éphémère dans le new-york de l'époque ; sans doute à sa gueule d'ange déchu ; sans doute à son puissant entregent, de Warhol à Maplethorpe ; sans doute aussi au désir des riches galeristes et des mécènes blancs de s'encanailler et de renouveler leur image. Le mélange des toutes ces raisons est un cocktail efficace et vendeur. Un cocktail efficace, ce que Basquiat a été, peut-être malgré lui.

Je suis certain de la sincérité de Basquiat, je n'ai aucune critique à faire sur sa démarche. Mais n’oublions pas qu’il était un des 1000 visages de l'explosion culturelle à New York : le graff & le hip-hop, un nouvel art des rues dans les quartiers de New-York et au-delà, un mouvement (multi-)culturel bouillonnant et indomptable, encore complètement méconnu du grand public à l’époque.
En extrayant Basquiat de tout cela et en l'exposant depuis des décennies par les voies les plus mondaines et les plus mercantiles, non seulement on valorise un artiste mineur, mais surtout on passe à côté d'un mouvement énorme, subversif et populaire... : la culture des rues au début des années 1980, l'art éphémère et l'art brut, la poésie des marges.
Cet ensemble occupe une place passionnante... en-dehors des galeries, des musées et du marché.

Basquiat est désormais un symbole — qui peut même être utilisé et détourné par Banksy, le maître du happening. Mais c'était juste un artiste de l'éphémère qu'on a tenté d'apprivoiser.
SAMe Old shit.

15 octobre 2018

Entretien avec Aurélie Filippetti paru cet été : où l'on parle d'oligarchie et de plans de carrière

Après un bout de mandat de ministre de la Culture, où sa fonction était de cautionner des choix gestionnaires antisociaux et d'être une "femme de paille" du gouvernement Hollande, Aurélie Filippetti semble aujourd'hui rangée des mésaventures politiciennes.
L'auteure du roman Les idéaux, paru chez Fayard cette année, a livré tout de même un entretien passionnant cet été dans les Inrockuptibles. Et c'est toujours instructif, autant qu'ironique, d'écouter une personne intelligente débarquée de la machine gouvernementale, qui cite Bourdieu en dénonçant un système oligarchique.

Je me permets de publier des extraits de cet entretien, accessible sur le site de l'hebdo.
© photo Jules Faure

Les Inrocks — Pourquoi as-tu écrit un roman et pas un essai ou un récit ?

Aurélie Filippetti – Le seul moyen de cerner la réalité, c’est la littérature, qui permet de poser des questions, de varier les points de vue, d’ouvrir des horizons… Tous ces récits ou essais politiques qui sont parus dernièrement ne sont pas de vrais livres, ils font partie de stratégies de communication. C’est comme si, pour les politiques, il fallait écrire des livres à un certain moment, il n’y a rien de réel là-dedans, et c’est d’ailleurs le problème aujourd’hui : cette espèce d’inauthenticité qui se glisse partout.

Les Inrocks — D’ailleurs, dans Les Idéaux, quand tu deviens ministre… pardon, quand la narratrice le devient, elle découvre que la com est omniprésente…

AF — La communication devient le plus important. Auparavant, la com servait l’action, la valorisait, aujourd’hui elle la remplace. L’important n’est pas de communiquer sur ce que tu fais, mais de communiquer avant de faire, voire sans faire. Si tu veux accomplir des choses et que tu ne communiques pas dessus, c’est comme si tu ne faisais rien. Et ça, c’est délétère pour l’action politique. Macron a très bien compris ça. A un moment, la communication va remplacer l’action. Guy Debord avait raison à un point inouï.

Les Inrocks — C’est l’une des raisons pour lesquelles les gens se méfient de plus en plus des politiques ?

AF — Ils voient qu’il y a quelque chose de faux là-dedans, mais ils ne comprennent pas très bien comment. Ils perçoivent quelque chose, et cela jette en effet un discrédit sur les politiques. Je pense que ce qu’il faut absolument sauver, c’est l’idée de représentation politique, d’une assemblée parlementaire délibérative, l’idée de réfléchir à des processus démocratiques. Sur cette réflexion-là – qu’est-ce qu’un bon gouvernement ? –, on est dans une régression totale à l’échelle de la planète tout entière. Car on ne nous offre qu’un seul modèle : une espèce d’homme providentiel, autocrate… La réflexion sur le bon gouvernement a totalement disparu.
Avant, on avait une bourgeoisie économique, aujourd’hui on a une bourgeoisie intellectuelle, politique, qui a pris en main tous les leviers du pouvoir politique. Cette homogénéité d’une sorte d’ultracaste est en train d’instaurer une forme d’oligarchie dans ce pays. C’est difficile de dire ça, mais au fond, c’est exactement ce qui se passe en France, en Europe, un peu partout. Ça me désespère car je suis tellement imprégnée des idéaux de la démocratie, dont l’un d’eux est de représenter ceux qui n’ont pas accès normalement à la tribune. (...)

Les Inrocks — Tu écris que dès que tu es nommée ministre de la Culture, on te conseille de t’entourer de jeunes bourgeois, pas du tout de faire monter quelqu’un issu d’un milieu défavorisé, du peuple.

AF — Ce qui est très frappant, c’est qu’au moment où tu arrives au coeur du pouvoir, il y a des gens qui sortent de nulle part et qui se destinent depuis toujours à l’exercice du pouvoir.
Et tu es contraint de travailler avec eux. Je ne critique pas tous les énarques, mais c’est cet esprit de corps, de grand corps, où tu peux parfois trouver des gens formidables, mais c’est cet esprit de système qui pose problème. Car, au fond, le corps va penser à se protéger lui-même avant de défendre une politique, de soutenir un ministre. 
Par exemple, il n’est pas envisageable qu’au ministère de la Culture il n’y ait pas au moins un conseiller d’Etat. Au nom de quoi, de quelle règle ? Il y a des places qui sont ainsi réservées à certains grands corps, surtout parmi les pôles les plus importants tels le Conseil d’Etat, la Cour des comptes et l’inspection générale des Finances. C’est comme une nouvelle noblesse. En plus pervers, comme aurait dit Bourdieu, car ça se pare des vertus de la méritocratie, d’un concours auquel on est reçu à 20 ans pour y entrer, et d’un concours de sortie réussi. A mon sens, c’est en effet très pervers car antidémocratique.
(...)
Aujourd’hui, c’est l’apothéose. Le recrutement social des grandes écoles s’opère dans la grande bourgeoisie. Donc, globalement, l’essentiel de la technostructure fait partie de la bourgeoisie, voire de la grande bourgeoisie. 
(...)
Quand un président de la République se prend quinze unes de journaux disant qu’il est urgent de réformer la SNCF, s’il ne fait rien on dira qu’il est un incapable. Mais d’où sort cette idée qu’il faut réformer la SNCF ? Il faut avoir les idées hyper claires avant d’arriver au pouvoir, et s’entourer de personnes issues de tous les cercles. Or, certains ont des plans de carrière, et ils n’ont pas trop intérêt à ce qu’il y ait des changements dans les façons de faire....