Le site de Ferraille propose des BD, des fringues imprimés, affiches, le tout axé sur le graphisme d'auteurs ayant exploré des voies boudées par la plupart des auteurs et du lectorat. Les chemins qui puent, sont donc empruntés par Winshluss, José Parrondo, Charlie Schlingo, Bouzard, Willem, Placid, Baladi, Remi Malingrey...
Ils ont officé à Fluide Glacial, Métal Hurlant, Hara-Kiri, Pilote, à l'Association et ses diverses collections. Plein d'ouvrages colorés, rigolos, expérimentaux, morbides, poétiques, chevrotants et teigneux, qu'on peut trouver dans la liste de libraires et boutiques indiquées sur le site (pour éviter les Fnaques et autres pompeurs de talents)
http://www.lesrequinsmarteaux.org/
Nouveauté : PINOCCHIO de Winshluss, meilleur album BD au 36ème Festival International d'Angoulême.
un blog pour observer les méthodes de la pub et aux formes de propagande, contre le langage marchand et son monde
10 avril 2009
"Si c'est un homme", de Primo Levi : Les parias
Primo Levi, en février 1944, est déporté dans un camp de travail, avec d'autres hommes qui, après avoir été séparés de leurs familles dans les conditions que l'on sait, sont réduits à n'être que des esclaves sans avenir et sans vie propre. Juifs, criminels, marginaux, gens du voyage, Grecs, Italiens, Polonais, Français, ils se retrouvent égaux dans le fond du fond.
Des travailleurs civils, parqués à part, les côtoient parfois, clandestinement ; mais ceux-ci constituent une caste plus "élevée", mieux traitée, de travailleurs du camp.
Primo Levi écrit :
"... pour les civils, nous sommes des parias. Plus ou moins explicitement, et avec toutes nuances qui vont du mépris à la commisération, les civils se disent que, pour avoir été condamnés à une telle vie, pour en être réduits à de telles conditions, il faut que nous soyons souillés de quelque faute mystérieuse et irréparable. Ils nous entendent parler dans toutes sortes de langues qu'ils ne comprennent pas et qui leur semblent aussi grotesques que des cris d'animaux. Ils nous voient ignoblement asservis, sans cheveux, sans honneur et sans nom, chaque jour battus, chaque jour plus abjects, et jamais ils ne voient dans nos yeux le moindre signe de rébellion, ou de paix, ou de foi. Ils nous connaissent chapardeurs et sournois, boueux, loqueteux et faméliques, et, prenant l'effet pour la cause, nous jugent dignes de notre abjection. Qui pourrait distinguer nos visages les uns des autres ? Pour eux, nous sommes "Kazett", neutre singulier."
* * * * * * * *
Ce passage m'a semblé révélateur du regard qu'on peut avoir sur certaines populations.
Je parle d'une association d'idée, car il n'est évidemment pas question de comparer l'incomparable. En effet aucune catégorie de population, en France, ne connaît aujourd'hui ce qu'ont vécu ces détenus à exterminer.
Mais le prolongement actuel de ce texte est évident ; pensons au regard qu'on porte si facilement sur des gens dont nous ignorons tout, des gens qui vivent souvent relégués dans les marges de la société. Je parle des communautés à qui les pouvoirs publics ne s'adressent jamais, ceux qui vivent dans l'ombre. Je parle de gens qui vivent dans la méfiance et la défiance vis-à-vis des "honnêtes gens", hors du coup, qui ne se sentent plus vraiment concernés par la vie publique, désemparés au point d'adopter des voies illégales de subsistance. Exilés, marginaux, étrangers, miséreux, drogués... Je parle de "ceux qui gênent", des gens qui se font juger sans qu'on les connaisse, qui se font arrêter, emprisonner pour des délits mineurs ou pas de délit du tout, en raison du statut de marginal dont ils sont revêtus.
Je parle de tous ceux qui qui constituent un stock pratique de boucs-émissaires, et sur qui nous pouvons reporter nos colères quand nos vies ne vont pas de soi.
"Ils se ressemblent tous" ; "Ils ne veulent qu'une chose...", "Ils pensent, ils vivent comme ça". "Ils" impersonnel et généralisant. N'est-ce pas comme cela que parlent de nombreux concitoyens à propos de ceux qu'ils ne connaissent que de l'extérieur, par la télé par exemple ?
Bref, ce que j'ai lu dans ce passage, c'est tout le mépris dont on peut êtrecapable quand on regarde une communauté grouiller dans la misère (et souvent, par voie de conséquence, la violence). Car il est bien facile de "prendre l'effet pour la cause", comme dit Levi. C'est-à-dire : croire que l'état de déshumanisation ou de aliénation de certaines populations n'est que ce qu'elles méritent.
Des travailleurs civils, parqués à part, les côtoient parfois, clandestinement ; mais ceux-ci constituent une caste plus "élevée", mieux traitée, de travailleurs du camp.
Primo Levi écrit :
"... pour les civils, nous sommes des parias. Plus ou moins explicitement, et avec toutes nuances qui vont du mépris à la commisération, les civils se disent que, pour avoir été condamnés à une telle vie, pour en être réduits à de telles conditions, il faut que nous soyons souillés de quelque faute mystérieuse et irréparable. Ils nous entendent parler dans toutes sortes de langues qu'ils ne comprennent pas et qui leur semblent aussi grotesques que des cris d'animaux. Ils nous voient ignoblement asservis, sans cheveux, sans honneur et sans nom, chaque jour battus, chaque jour plus abjects, et jamais ils ne voient dans nos yeux le moindre signe de rébellion, ou de paix, ou de foi. Ils nous connaissent chapardeurs et sournois, boueux, loqueteux et faméliques, et, prenant l'effet pour la cause, nous jugent dignes de notre abjection. Qui pourrait distinguer nos visages les uns des autres ? Pour eux, nous sommes "Kazett", neutre singulier."
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Ce passage m'a semblé révélateur du regard qu'on peut avoir sur certaines populations.
Je parle d'une association d'idée, car il n'est évidemment pas question de comparer l'incomparable. En effet aucune catégorie de population, en France, ne connaît aujourd'hui ce qu'ont vécu ces détenus à exterminer.
Mais le prolongement actuel de ce texte est évident ; pensons au regard qu'on porte si facilement sur des gens dont nous ignorons tout, des gens qui vivent souvent relégués dans les marges de la société. Je parle des communautés à qui les pouvoirs publics ne s'adressent jamais, ceux qui vivent dans l'ombre. Je parle de gens qui vivent dans la méfiance et la défiance vis-à-vis des "honnêtes gens", hors du coup, qui ne se sentent plus vraiment concernés par la vie publique, désemparés au point d'adopter des voies illégales de subsistance. Exilés, marginaux, étrangers, miséreux, drogués... Je parle de "ceux qui gênent", des gens qui se font juger sans qu'on les connaisse, qui se font arrêter, emprisonner pour des délits mineurs ou pas de délit du tout, en raison du statut de marginal dont ils sont revêtus.
Je parle de tous ceux qui qui constituent un stock pratique de boucs-émissaires, et sur qui nous pouvons reporter nos colères quand nos vies ne vont pas de soi.
"Ils se ressemblent tous" ; "Ils ne veulent qu'une chose...", "Ils pensent, ils vivent comme ça". "Ils" impersonnel et généralisant. N'est-ce pas comme cela que parlent de nombreux concitoyens à propos de ceux qu'ils ne connaissent que de l'extérieur, par la télé par exemple ?
Bref, ce que j'ai lu dans ce passage, c'est tout le mépris dont on peut êtrecapable quand on regarde une communauté grouiller dans la misère (et souvent, par voie de conséquence, la violence). Car il est bien facile de "prendre l'effet pour la cause", comme dit Levi. C'est-à-dire : croire que l'état de déshumanisation ou de aliénation de certaines populations n'est que ce qu'elles méritent.
évite les tonne de pubs dans ta boîte aux lettres.
POUR CEUX QUI RAGENT DE RECEVOIR DES TAS DE PUBS dans leurs boîtes aux lettres, de brochures, même parfois en papier glacé, de catalogues exhaustifs des supermarchés….
Oui, c’est parasitant et polluant : il faut savoir qu’en France sont distribués un million de tonnes de prospectus par an : ça représente 150 millions d'euros en dépenses, que les publicitaires espèrent éponger par l’attrait des produits proposés.
Apposer un sticker "pas de pub ici"sur la boîte est relativement efficace, on peut trouver ces petits stickers verts dans les mairies.
Mais pour enrayer réellement le phénomène de cette pollution écologique (et visuelle), je pratique un truc facile et jouissif.
Mettez un tas de pubs dans une enveloppe, que vous adressez à l’un des diffuseurs des pubs (ils indiquent souvent leurs adresses). Vous pouvez glisser un message bien senti, de ce que vous pensez d'eux. NE PAS AFFRANCHIR : l'enveloppe part vers les distributeurs, ils sont obligés de payer l’affranchissement s’ils veulent connaître le contenu de l’enveloppe.
Le seul investissement c’est les enveloppes. Bon.
Vous pouvez préciser l'expéditeur à l’arrière, ou bien ne pas le faire, ou bien en inventer, tout ça est légal. Si Century 21, Pizza Hut ou Auchan reçoient en masse leurs boniments en retour, ça risque de les calmer : leurs opérations leur coûtera pas mal de sous et de volées de bois vert.
Et passez le message, car ce genre de trucs n’a d’intérêts que si plein de gens le font…
Oui, c’est parasitant et polluant : il faut savoir qu’en France sont distribués un million de tonnes de prospectus par an : ça représente 150 millions d'euros en dépenses, que les publicitaires espèrent éponger par l’attrait des produits proposés.
Apposer un sticker "pas de pub ici"sur la boîte est relativement efficace, on peut trouver ces petits stickers verts dans les mairies.
Mais pour enrayer réellement le phénomène de cette pollution écologique (et visuelle), je pratique un truc facile et jouissif.
Mettez un tas de pubs dans une enveloppe, que vous adressez à l’un des diffuseurs des pubs (ils indiquent souvent leurs adresses). Vous pouvez glisser un message bien senti, de ce que vous pensez d'eux. NE PAS AFFRANCHIR : l'enveloppe part vers les distributeurs, ils sont obligés de payer l’affranchissement s’ils veulent connaître le contenu de l’enveloppe.
Le seul investissement c’est les enveloppes. Bon.
Vous pouvez préciser l'expéditeur à l’arrière, ou bien ne pas le faire, ou bien en inventer, tout ça est légal. Si Century 21, Pizza Hut ou Auchan reçoient en masse leurs boniments en retour, ça risque de les calmer : leurs opérations leur coûtera pas mal de sous et de volées de bois vert.
Et passez le message, car ce genre de trucs n’a d’intérêts que si plein de gens le font…
9 avril 2009
20 mars 2009
Boy-A
L'adaptation au cinéma du roman de Jonathan Trigell ("Jeux d'enfants", en Série noire) par John Crowley est un film captivant. L'intrigue se noue autour de cette question : peut-on devenir un citoyen normal quand on a commis un acte irréparable par le passé ? Peut-on s'inventer un présent, faire comme si les actes passés ne nous avaient pas construit ? La réponse est contenue dans la question, bien sûr, mais c'est l'intrigue qui importe, l'évolution du personnage dans le monde.
Jack, le jeune homme qui tente de refaire sa vie, apparaissant comme vierge à nouveau, est incarné par Andrew Garfield, un drôle de visage tendre et un corps tendu, des nerfs à fleur de peau, une présence incroyable.
Le film lui-même est remarquable par son côté aérien, presque imaginaire, alors que sur ce sujet, beaucoup auraient misé sur le rythme vif et le suspense. Non, là, les images sont au plus près des visages, des gestes, des sensations, des émotions. La peur. Le désir. La colère. Emotions renvoyées au spectateur avec une puissance énorme, avec une lenteur nerveuse. Teintes blanches, fauves, organiques, gros plans et contours flous parfois, impressions de mystère continu qui plane sur le présent.
Ce sont des flash-back dans le passé qui vont éclairer le mystère, et nous faire comprendre tout l'enjeu qu'il y a à oublier le passé.
Un film immense sur l'adolescence, la mémoire, la mort et l'amour.
Té, j'en suis sorti tout chamboulé.
Jack, le jeune homme qui tente de refaire sa vie, apparaissant comme vierge à nouveau, est incarné par Andrew Garfield, un drôle de visage tendre et un corps tendu, des nerfs à fleur de peau, une présence incroyable.
Le film lui-même est remarquable par son côté aérien, presque imaginaire, alors que sur ce sujet, beaucoup auraient misé sur le rythme vif et le suspense. Non, là, les images sont au plus près des visages, des gestes, des sensations, des émotions. La peur. Le désir. La colère. Emotions renvoyées au spectateur avec une puissance énorme, avec une lenteur nerveuse. Teintes blanches, fauves, organiques, gros plans et contours flous parfois, impressions de mystère continu qui plane sur le présent.
Ce sont des flash-back dans le passé qui vont éclairer le mystère, et nous faire comprendre tout l'enjeu qu'il y a à oublier le passé.
Un film immense sur l'adolescence, la mémoire, la mort et l'amour.
Té, j'en suis sorti tout chamboulé.
L'uniforme de la rébellion.
Dreadlocks. Saris ou pantalons thaïlandais. Vestes aux motifs tibétains fabriqué "équitable". Balles de jonglages et djembés. Baskets de skatter, rires façon Beavis et Butthead.
US go home, anticapitalistes, pro-Arabes, écolo, barrettes de shit. Reggae-musette engagé, world music, techno-dub, I-pod, peau nette bien soignée.
Les uniformes, décidément, ne sont pas seulement arborés par les serviteurs du patronat...
7 mars 2009
Karoshi !!!!
"Karoshi" est un mot japonais qui signifie "suicide par excès de travail". Voici un jeu nommé Karoshi, plus intéressant par ce qu'il représente que par ses qualités techniques. Le but est de trouver les moyens de se suicider pour éviter le travail. Plusieurs méthodes sont à votre disposition : électricité, pointes, écrasement... vous permettront de mourir avant d'atteindre la porte du bureau.
http://www.newgrounds.com/portal/view/462774
Karoshi . Ce terme désigne, dans la réalité, la mort subite de cadres ou d'employés de bureau par arrêt cardiaque suite à une charge de travail ou à un stress trop important. Le karoshi est reconnu comme une maladie professionnelle au Japon depuis les années 1970. Entre avril 2005 et mars 2006, on a recensé 157 décès dus au karoshi principalement par suicide ou crise cardiaque. On vit une époque formidable.
Le BIT, Bureau international du Travail, propose un dossier sur le karoshi.
http://www.ilocis.org/fr/samplilo.html
http://www.newgrounds.com/portal/view/462774
Karoshi . Ce terme désigne, dans la réalité, la mort subite de cadres ou d'employés de bureau par arrêt cardiaque suite à une charge de travail ou à un stress trop important. Le karoshi est reconnu comme une maladie professionnelle au Japon depuis les années 1970. Entre avril 2005 et mars 2006, on a recensé 157 décès dus au karoshi principalement par suicide ou crise cardiaque. On vit une époque formidable.
Le BIT, Bureau international du Travail, propose un dossier sur le karoshi.
http://www.ilocis.org/fr/samplilo.html
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