11 mai 2018

nouvelles marques aux noms anglais, pour séduire les français ?


Ouigo, Ouibus, filiales de la SNCF de voyage en low-cost,
Mouvit, appli "DigitalSNCF" de la SN
CF pour trouver le plus court et le moins cher des trajets
Ouicar, réseau de locations de voitures entre particuliers,
Ouiz, aromatiseur d'eau,
Blablacar, réseau de covoiturage payant,
Smovengo, opérateur du système parisien de vélos en libre-service
Liligo, "comparateur de vols pas chers"
Myfood, serre bio connectée
YesWeGreen, "plateforme numérique et collaborative pour créer la communauté du 21e siècle", vers un greenlifestyle
Ouiteam, "plateforme intra-groupe de référence de gestion des détachements pour des missions de courte et moyenne durées",
Monabee, "Solution Intelligente" de Gestion des énergies,
WeDemain, revue qui veut "contribuer au décodage des bouleversements en cours"
HelloBank, BforBank, banques en ligne,
Avantoo, banque mobile du Crédit mutuel,
Mouvango, label de fidélisation interentreprises lancé par Accor
Ouimoov, fournisseur d'articles de sport,
Wistiki, "tracker Bluetooth qui vous permet de retrouver tout ce qui vous tient à coeur" : "clés, portefeuille, smartphone, animal de compagnie"...
Ubeeqo, entreprise de location des voitures.
Cowash, service à domicile pour laver le linge
Wimoov, association pour l'accompagnement à la mobilité des demandeurs d'emploi.

Des marques à base de mots anglais simples. Des noms où reviennent souvent "We" (qui évoque en même temps "oui" et "nous", a-haaa, quelle trouvaille !) mais aussi "move", "go" et autres symboles du bougisme.
C'est efficace, ça te rafraîchit la façade.
Rien de tel qu'un nom dynamique, cool, sympa, jeune, pour soigner l'image d'une structure aussi rébarbative et chiante qu'une banque ou qu'une société d'expertise.

Il existe des entreprises dont la seule mission est de brainstormer pour trouver des noms de marques. Elles facturent ce service-là... et pas des cacahuètes. Et il y a des clients qui, pour trouver ce genre de noms, acceptent de les PAYER. Pour ça.

Faut que je pense à me reconvertir, moi.

4 mai 2018

Titres de films traduits en anglais : l'exercice du pouvoir colonial

Affiche du film "Nobody knows"
- Asghar Farhadi, après plusieurs films iraniens, réalise un film hispanique. Les acteurs parlent espagnol et le titre est Todos lo saben
Titre traduit en France par… Everybody knows.

- Fatih Akin réalise un film allemand titré Aus Dem Nicht ("sorti de rien"). Traduit en France par In the fade ("dans le flou").

- Ryusuke Hamaguchi réalise une série japonaise, Happî awâ — un titre qui joue sur la prononciation japonaise de Happy hour. Traduit en France par Senses.

- Steven Spielberg raconte, dans un film, l'épisode historique d’un grand quotidien, le Washington Post, et le titre traduit le symbole que représente ce journal : The Post
Titre traduit ici par… Pentagon papers !?


En 2010 déjà, le site Slate, s’interrogeant sur les raisons de ces choix, pointait une logique de marketing. On pourrait aussi parler de cette même logique qui règne dans l’ensemble du monde marchand, et que l’ARPP avait déjà dénoncée dans la publicité : Sony qui annonce « make believe », Nespresso, filiale du groupe suisse Nestlé, qui affiche « What else ? », les boutiques Apple qui s'appellent Apple Store... et Citroën qui ne craint pas le ridicule avec sa dernière campagne « Inspired by you depuis 1919 ».

L’anglais est la langue de la pop culture, c'est la langue des Etats-Unis, celle qui s’est mondialisée en même temps que le pouvoir économique et culturel de ce pays. Utiliser l’anglais dans la distribution d’un film ou dans la publicité,  c'est se ranger du côté du pouvoir culturel et entretenir l’image de modernité, de force et de cool. C'est donner l'impression de jouer dans la cour des grands.
Pour tous les consommateurs-spectateurs, l'idée qui perdure c'est que la culture dominante anglo-saxonne est la seule qui vaut.

L’anglais est depuis des décennies la langue du pouvoir en France, comme le français s’est imposé en Afrique de l’ouest, l'espagnol en Amérique du sud, l'arabe en Afrique subsaharienne ; comme le mandarin s’impose jusqu’en Afrique du sud ou le russe en Ukraine. Or en faisant comme pour n’importe quel produit à marketer, les distributeurs de films en France intègrent l'idée que les titres des films en français (et finalement le cinéma français), ça sonne mal et c'est ringard ! Mais, on ne leur a pas dit, aux distributeurs, que la grandeur d'Hollywood sur le pauvre cinéma du reste du monde, c'est un mythe ? Si ils voulaient revendiquer leur culture et leur langue, ils laisseraient simplement tomber l’anglais.

Chaque peuple peut se réapproprier sa langue, pour mieux en accepter l’histoire et la richesse culturelle, au lieu de la brader aux pouvoirs ou aux puissances coloniales. Pas par chauvinisme nationaliste évidemment, mais par résister aux pouvoirs suivant les principes anarchistes de l’autogestion et de l’auto-détermination, donc en gérant sa propre culture et ses propres choix.

26 avril 2018

Pourquoi la "floraison synthétique" est le motif graphique du moment


Ce 22 avril Facebook fêtait la Journée de la Terre, avec un visuel dans l'air du temps : motifs végétaux enfantins, aplats de couleurs, formes simples et attrayantes, bio, safe, friendly.
Pourquoi et comment ce motif graphique a-t-il pénétré tout le graphisme marchand : affiches de festival, pub, industries culturelles ?

Dans les courants picturaux, il y a des créateurs qui orientent nos intérêts et nos mentalités, et des suiveurs qui imitent "ce qui marche déjà". Les années précédentes ont été dominées par les motifs géométriques à facettes, hérités de Georges Braque, Piet Mondrian, Sonia Delaunay ou Victor Vasarely.
J'en parlais dans un article daté de 2016 et mis à jour en 2018.

Quand le site Konbini publie, comme chaque année, "les plus belles affiches de festival", on peut se faire une idée des tendances actuelles, qui sont partagées dans toute l'Europe. Mais comment naissent-elles, et avec quelles influences ?
La tendance "motifs géométriques à facettes" s'essouffle, sans doute trop exploitée. Les concepteurs d'affiches de festivals culturels et de clips, surfant sur la vague du greenwashing, doivent évoquer l'idée du naturel et du sauvage. Ils ont surtout compris que pour nous, êtres bornés par les règles de la cité, évoluant dans des espaces aussi géométriques qu'une cuisine équipée Ikéa, il est vital d'exprimer nos aspirations animales. Ils nous proposent donc de nous échapper dans des forêts, des jungles et parmi les animaux sauvages. L'usage des "motifs à floraison synthétique" explose.

Or dans l'ensemble du monde marchand (pub, clips, industrie culturelle), il y a toujours une limite, on ne peut pas tout représenter : impossible d'évoquer l'aspect bassement naturel de la nature, la moiteur, l'humus, la pluie boueuse, les moisissures, les miasmes végétaux, les odeurs animales, les muqueuses, le sang, la salive, la maladie, l'enfantement ou le vieillissement. Notre timidité sanitaire de consommateurs trop urbanisés nous pousse vers une nature rassurante, douce, enfantine, stylisée.

On retrouve donc ces motifs sympa, dans les affiches de festivals culturels, la pub, les visuels des jeux et des applis pour tablettes. Avec des forêts et des animaux tirés d'albums pour enfants — et avec, de façon inexplicable, certains objets récurrents : le palmier, le perroquet, le tigre.

Hoop festival, 2017. Hors-tension, 2017. Rock en Seine, 2015. 2 affiches du Hasard ludique, 2017.
Démon d'or, 2016. Pete the Monkey, 2016 et 2017. Zoolt, festival d'Olt, 2015.
Tropisme, 2016. Décibulles, 2017. RDV aux jardins, 2017, 2016 et 2013, (le motif géométrique était encore présent). Paris plages, 2017. Deux visuels de l'agence Kibling. Papillons de nuit, 2015. Musiques métisses, 2017. Nuits secrètes, 2016.

Ecriture inclusive, progrès ou écran de fumée ?

A propos de l'écriture inclusive, il y a eu une tribune, dans ce blog, sur le mode "Écriture inclusive VS Académie française". 
En v'là une autre.

(par Pauline Dorémus)
Même dans le monde militant féministe, l'écriture inclusive, nouvelle gymnastique morale et nouveau moyen de s'acheter une bonne conscience, n'est pas forcément si constructive qu'on le voudrait.

L'écriture féminisée comprend plusieurs règles, la proximité, l'accord dans les deux genres, le féminin exclusif, etc. Il n'y a ni règle officialisée ni règle unique dans la pratique militante, mais plusieurs règles utilisées. A l'heure actuelle, beaucoup de militantes et de militants jonglent avec ces règles sans les maîtriser parfaitement, donc, presque systématiquement avec des erreurs d'accords, qui engendrent parfois des erreurs syntaxiques. 
Militant au sein d'une orga féministe et personnellement sensible aux inégalités de sexes, je souhaite qu'on puisse trouver une règle qui prenne mieux en compte les femmes et qui soit facile d'usage : un genre neutre pour parler de chacun-chacune ? Un accord qui soit facile d'usage ? Une forme comme celle utilisée par les féministes espagnols ? Une règle qui inclut aussi toutes les situations d'identification aux genres, que l'écriture inclusive actuelle ne prévoit pas ? 
Un débat interne sur l'utilité de l'écriture inclusive peut être légitime, sans être accusés tendances réactionnaires et patriarcale.

En attendant, on peut continuer à utiliser par défaut l'écriture "officielle" — celle que défend l'Académie française pour d'autres raisons — à la lumière de plusieurs constats :

#  Actuellement, l'usage de l'écriture inclusive est un système qui manque de cohérence dans le choix des règles et dans la pratique. Nous faisons sans cesse des aménagements pour utiliser l'inclusive sans trop de dégâts : écrire "les personnels" pour éviter "les agent.e.s", ou "les personnes qui n'ont pas de papiers" plutôt que "les sans papiers et sans-papières", etc. Cela impose aux lecteurs une gymnastique de l'esprit. Beaucoup d’entre eux voient leur attention retenue par les accords et les incohérences, plus que sur la signification des textes. Pour certains, lire un texte c'est aussi le réciter intérieurement, le lire silencieusement, et pour eux, l'écriture inclusive est un frein à la lecture. C’est pourquoi elle peut être contre-productive.

#  La langue anglaise, qui utilise le genre "neutre", ne protège pas de la violence du patriarcat et des inégalités ! L'allemand non plus, qui utilise pourtant une forme féminine pour le pluriel. L'usage d'une forme inclusive est davantage un symbole qu'un outil de transformation sociale.

(par Pauline Dorémus)
#  La ville de Paris, dans leur com', comme d'autres institutions, a opté pour l'écriture inclusive. Écran de fumée : ça ne l'empêche pas de perpétuer des situations inacceptables, notamment pour des métiers traditionnellement féminins où les inégalités salariales restent importantes. L'inclusive est un outil de com' pour les institutions qui veulent soigner leur image.
Or, quand on mène des combats RÉELS — contre la violence sexiste physique et morale, contre les stéréotypes sexistes dans l'espace public, pour l'égalité salariale, pour l'accès des filles et des femmes à l'éducation, aux études, au travail dans tous les milieux sociaux  — on n'a pas besoin d'artifices.

#  Il est probable que ces règles d'écriture évoluent encore avec les "études de genres" et que des personnes exigent de nouvelles règles de prise en compte de leur identité (transgenres, cis-genres, non genré-e-s...). 
Il est probable aussi que les règles de genres concernant les concepts et les choses (UNE identité et UN langage ; LA lune et LE soleil ; UNE bouche et UN oeil ; UNE souris et UN chien...), qui sont sexuellement réductrices, soient remises en cause. 
Toutes les règles utilisées seront encore bousculées. Voilà de quoi générer encore de la division.

#  J'ai rencontré plusieurs militants féministes, des femmes parfois, qui pensent que l'écriture inclusive n’est pas un outil nécessaire à nos actions et que c’est un obstacle à notre lisibilité. Et puis, je ne sais pas si vous l'avez remarqué, mais bien souvent, (et même dans le monde militant féministe), les personnes qui aiment la littérature, qui manient la langue avec délice et curiosité, rejettent l'écriture inclusive. Pourquoi, à votre avis ?

Il ne s'agit pas de choisir entre ÉCRITURE INCLUSIVE ou ÉCRITURE EN VIGUEUR, mais seulement de choisir d'utiliser l'écriture inclusive dans l'état actuel des choses... ou pas.
Je propose donc de ne pas.

7 avril 2018

"Lexique pour temps de grèves et de manifestations" d'Acrimed

Période de grosse propagande oblige, Acrimed (Action-Critique-Médias) réédite son lexique de "pédagogie gouvernementale". Assez drôle, ça montre l'aspect systématique de certains termes ('réforme', 'modernisation', 'apaisement', 'concertation', mais aussi 'crispations', 'grogne' ou 'opinion publique') utilisés par les dirigeants et relayés par certains médias.


C'est ici : Lexique pour temps de grèves et de manifestations


20 mars 2018

Laurent Joffrin entre candeur et cynisme

Laurent Joffrin, dans son article "Sarko le Liben", aujourd'hui dans Libération, veut nous en convaincre :
Dans l'affaire Khadafi, comme dans l’affaire Cahuzac, «c’est l’opiniâtreté de Mediapart, suivi par une partie de la presse, dont Libé, qui explique l’infortune de l’ancien président dans l’affaire libyenne. Voilà qui ridiculise, s’il en était besoin, la thèse selon laquelle il y aurait un «parti médiatique» au service d’une «oligarchie», prisée à l’extrême droite ou à l’extrême gauche, chez les populistes en général.»

Laurent Joffrin (suggestion de présentation)

Et avec une bonne dose de cynisme, il fait mine de s'interroger : «idéologues et démagogues continuent de dénoncer «la pensée unique» soi-disant en vigueur dans la presse, la «connivence» qui relierait les médias et la classe politique ou capitalistique. Alors qu’élus indélicats ou PDG fautifs doivent en permanence redouter le travail de la presse. Allez comprendre…»

Mais Libération n'est pas Médiapart.
Ce que condamnent les lecteurs des médias indépendants, c'est justement la "connivence" d'une certaine presse, comme Libé, l'autocensure imposée aux journalistes à l'égard des annonceurs, et la loyauté à Patrick Drahi, qui possède le journal.
Et Médiapart et le Canard enchaîné font toujours figure d'exceptions dans le journalisme indépendant d'investigation - dans la presse que "seuls les lecteurs peuvent acheter" (comme dit Médiapart).

Le schéma ci-dessous, en ce qui concerne Libé, est toujours valable.


20 février 2018

Jean-Michel Blanquer est-il un reptilien ?

Dans sa récente Une, l'Express dévoile la véritable nature de notre ministre de l'Éducation Nationale !



A gauche, Jean-Michel Blanquer tel qu'il se laisse photographier. À droite, on voit très bien sa nature reptilienne. De quoi nous donner une preuve de plus que les dominants de notre planète sont issus de cette race d'élite qui organise un complot pour asservir l'humanité.

Francis, le jeune saurien qui s'occupe du maquillage de la section "reptiliens macronistes" a carrément raté son camouflage.

(Pour garder les épaules sur terre : http://www.conspiracywatch.info/)

11 février 2018

Jacques-Henri Michot : l'arme lourde pour détruire le langage marchand

J'ai pris l'habitude de compiler des expressions issues de ce que j'appelle le "langage marchand" : des locutions formées et utilisées par les publicitaires, arrachées de leur signification pour être liés à des suggestions, à des désirs. Des expressions utilisées par les médias et les communicants politiques.

Ce langage est constitué :
- de concepts venus des idéologies capitalistes ;
- d'éléments de langage, que les salariés du commerce comme de la politique ont intérêt à bien apprendre et à bien utiliser ;
- de noms de certains postes professionnels, expurgés de
leurs prépositions, ce qui les rend imprécis et moins protecteurs pour les salariés ;
- de mots anglais donnant une idée vague, mais une idée de modernité, qu'on préfèrera au français pourtant mieux compris ;
- de termes utilisés pour parler des minorités quand on n'ose pas les qualifier ;
- d'oxymores, ces expressions constituées d'un mot positif associé à un mot contraignant ; etc.



outil de campagne pour 
François Fillon
Ce langage formate notre façon de penser — ou de ne pas penser — aussi sûrement qu'une novlangue. Il révèle la logique marchande, la logique mensongère et le mépris qu'on voue aux gens. Exemple parfait, la SNCF qui, pour moderniser son image, crée un nouveau discours, renomme ses prestations et impose un nouveau nom pour "gare" ou pour "contrôleur"... Un choix parfaitement assumé par Guillaume "la voix de son maître" Pépy.

Il m'a semblé nécessaire de révéler ce langage marchand pour mieux le détruire, et pour redonner du sens au langage qui est le nôtre : notre langage en perpétuelle évolution, notre langage fixé par des encyclopédies ou fait d'influences argotiques, notre langage qui échappe du contrôle des institutions, du commerce et de la politique.
J'ai nommé cette liste "mots et expressions à bannir", et voilà ce que ça donne:


...


Et puis je suis allé voir "EN SUSPENS", la dernière exposition du BAL, une galerie à Paris, 17ème arrondissement. On y tente de "traduire quelque chose de notre temps", dit Diane Dufour, commissaire de l'expo, et divers artistes sont exposés.
Parmi eux, Jacques-Henri Michot, dont j'ai découvert l'ABC de la barbarie. Ce bouquin propose "un recensement des lieux communs qui ponctuent le langage journalistique comme autant de slogans affirmatifs, et qui finissent par infiltrer, à notre insu, le langage", il "décrypte avec une vive précision la langue des médias, étudie son fonctionnement et l’impact propagandiste qu’elle peut avoir sur les gens". Cet abécédaire est présenté, par extraits, dans le parcours de l'exposition.











Voilà comment j'ai trouvé l'écho parfait à ma compilation personnelle : Michot a défriché, étudié le langage marchand pour en démonter la logique. Il pousse l'idée avec une ironie immense, un talent d'observation sidérant. La lecture de ce truc nous donne le vertige : l'usage répété de nombreuses expressions par les journalistes, un usage aveugle et sans aucune distance, entérine une manière extrêmement formatée d'envisager le monde, la place de l'humain, les relations, le bien et le mal !
Ajustements structurels
Aventuriers des temps modernes
Bavures
Berceaux de la culture occidentale
Bourrasques monétaires
Cercles proches du pouvoir
Coups médiatiques
Créatures de rêves
Crises d'identité
Déçus du socialisme
Dépassement de soi
Dificiles apprentissages de la démocratie
Etrangers en situation irrégulière
Exportations de matière grise
Faits marquants de l'actualité
Fine fleur du monde de la finance
France profonde
Maîtres à penser
Majorité silencieuse
Masturbation intellectuelle
Oubliés de la croissance
Pays des droits de l'Homme
Urbanisations sauvages
Usines à rêves

C'est salutaire ! c'est drôle ! je kiffe ma race !

9 février 2018

Halle Saint-Pierre : contre-culture VS art brut

"Turbulences dans les Balkans", expo à la Halle Saint Pierre
http://www.hallesaintpierre.org/…/turbulences-dans-les-bal…/
Encore une passionnante expo sur les frontières de l'art naïf, avec des œuvres de personnes marginales, asociales ou autodidactes, mais aussi de personnes parfaitement socialisées mais obsessionnelles.
Un peu bizarre quand même : à égalité, des artistes qui maîtrisent parfaitement les codes sociaux et s'inscrivent dans une contre-culture, et des artistes qui n'obéissent à aucun codes et dont l'œuvre relève du rituel, des marginaux, psychotiques internés ou collectionneurs analphabètes. A égalité, des artistes pop et des artistes autodidactes.
C'est ainsi que Martine Lusardy, commissaire de l'expo, les présente indifféremment : "gardiens du grand héritage de l’art populaire, icône de la pop culture, explorateurs de langages archaïques ou magiciens du matériau brut" on parle de "courants" de l'art brut, avec des "maîtres de l’art naïf yougoslave".
Le mélange laisse perplexe. Il entretient une fascination sans nuance pour l'outrance, la représentation de la violence, en délaissant la façon dont la "place sociale" influence l'artiste.
Car bien sûr, l'environnement d'un individu, la façon dont il est formé, accompagné, reconnu, a un impact décisif dans sa manière de se placer dans son monde et de se présenter aux autres. 
Du coup, en parcourant l'expo, d'abord inconsciemment, j'ai fait une sorte de séparation : d'un côté il y a des artistes comme Ilija Bosilj Bašičević, qui grandit hors des villes, sans modèle et sans maître ; comme Sava Sekulić qui, analphabète jusqu'à 30 ans, ne connut d'abord que guerre, misère et violence ; comme Vojislav Jakic, artiste de la marge et familier de la mort et de la pauvreté ; ou comme Matija Stanicic qui fut femme de ménage pour des peintres et dont les dessins furent découverts après sa mort.

Sava Sekulić, "cerf-ville, 1948
Matija Stanicic, "
Anniversaire", 1976
Ilija Bosilj Bašičević,
"l'orme de Bacina, 1967















De l'autre côté il y a les "nouveaux artisans de la contre-culture", artistes pop bourrés de références culturelles : Emir Sehanovic, venu du street-art, fondateur d'un collectif d'artistes et exposé dans plusieurs capitales européennes ; ou Danijel Savovic, actif dans les fanzines qui parlent d'excès contre l'ordre moral.
Emir Sehanovic,
"Zonrai", 2012
Daniel Savovic, "Souterrain",  1988



Ca pourrait faire deux expos distinctes.
La programmation de la Halle Saint-Pierre reste passionnante. J'y trouve l'art des frontières et des troubles, l'expression d'obsessions sous des formes plastiques, des gestes qui tiennent davantage de rituels de survie que de création artistique. Mais je regrette qu'on entretienne le trouble entre deux formes d'art distinctes, quand on les expose toutes ensemble. Pourrait-on présenter, dans une même expo, une grotte creusée par Jean-Marie MASSOU à côté d'un "cubiste" de Picasso ? A la Halle Saint-Pierre, c'est un peu ça.

Dépasser les frontières c'est toujours créateur. Faire passer une ambition de "contre-culture" pour un geste de survie, c'est trompeur.
Cela dit, courez voir "Turbulences dans les Balkans" !

26 janvier 2018

Au Salon du mariage : jeunes femmes nubiles à vendre !

C'est le salon du mariage à Paris ! une nouvelle jeune égérie s'affiche, avec la moue de l'année, dans le métro et dans la rue pour nous faire venir voir les exposants et les modèles.

Mais on se demande, les modèles de quoi ? de robes ou de jeunes femmes ? Le site web de l'événement ne nous éclaire pas vraiment : "Parce que plutôt que de collectionner les brochures ou de surfer sur des sites un peu obscurs, on saisit l’occasion de goûter, voir, essayer, toucher pour de vrai ce que proposent les prestataires". Ah, ce fameux flou, que la pub sait si bien entretenir pour associer un produit à l'objet du désir.

Et si on clarifiait tout ça ???
Ceci est un détournement...
Les affiches des autres années et des autres villes nous proposent la même chose : une jeune mariée séduisante dans une pose aguicheuse ou pleine de ferveur. Venez au Salon !

mention spéciale au salon du mariage de Strasbourg !
Non mais oh ! c'est la sacro-sainte institution du mariage qui en prend un coup ! On nous avait appris qu'il s'agissait d'un contrat devant l'bon dieu ou devant monsieur l'maire — et c'est d'ailleurs bien pour ça que, le mariage, nous, on s'en fichait bien.
Et maintenant, voilà t'y pas qu'on nous vend... du sexe ???

En fait c'est tellement ça, une occasion de vendre du sexe, qu'on évite de montrer des hommes. Et si on en montre un, il n'est pas tout seul :

Rendre le salon du mariage aussi glamour et désirable, mais avec un homme, ça pourrait donner quelque chose comme ça ?


30 décembre 2017

affiches de films sur les Présidents : les codes graphiques

Dans quelques jours sortent deux films, El presidente et Les heures sombres — vous savez, le genre de films où un grand comédien incarne un grand chef politique. 
Voici un petit florilège d'affiches de ce genre cinématographique, pour voir comment elles obéissent à des codes bien établis : du noir & blanc bien contrasté parce qu'il faut illustrer la sévérité et la rigueur ; du rouge parce que bien sûr les actes politiques sont des choix humains, intimes, et puis parce qu'il y a toujours du sang versé. Des lignes droites, des cadres, du rigide. Et des profils forts et songeurs, qu'on a sans doute voulus emprunts de doute et de solennité.

26 décembre 2017

l'ONG 'Bibliothèques Sans Frontières' : progrès social ou dévoiement de la cause humanitaire ?

L'ONG 'Bibliothèques Sans Frontières', association humanitaire subventionnée par du mécénat privé et par le public, a une stratégie très marketée ; on peut parler de marketing agressive quand il est question d'exister partout en usant de tous les soutiens politiques, médiatiques et institutionnels. Ses leviers principaux sont les appuis politiques, médiatiques, la forte présence sur le web, des "coups" comme les ideas box, et la participation de multiples partenaires qui sont amenés à témoigner sur tous supports en faveur de l'organisation. L'ONG est-elle un gros gadget médiatique ?
Il n'est pas question de dénigrer l'action d'une ONG sans en comprendre le discours et les objectifs ; il s'agit de nous interroger, et peut-être d'alerter sur cette ONG dans la mesure où elle semble pour le moment jouir d'un large consensus. 

Par son action, BSF brouille les pistes, semble parfois dévoyer les missions des bibliothèques, use des services publics sans "renvoyer l'ascenseur", jouit de tribunes médiatiques, mais affaiblit la critique politique sur les MOYENS de la lecture publique et de la démocratisation du savoir.
Ayant rencontré et observé BSF, et les réactions que l'asso génère, j'en ai recueilli un embarras partagé par quelques collègues, bibliothécaires comme moi.
Animée par un historien (haut-fonctionnaire, ancien du PS et proche de ce parti), et un ancien de Science-po, l'ONG est souriante, dynamique et active dans l'aide aux réfugiés et dans les zones de conflits. En Haïti, au Burundi, au Nicaragua, auprès de communautés exclues ou en France temporairement auprès de migrants, BSF travaille à la reconstruction du lien social, fait des vidéos pédagogiques pour lutter contre les théories complotistes et mieux faire comprendre le monde. Bref, BSF est ultra-crédible. Alors quoi ?
BSF demande la participation (temps, argent, organisation, partenariats) aux collectivités et aux bibliothécaires, en faisant jouer le "sentiment humanitaire" : elle les invite à accueillir les conf de l'ONG, à accompagner leurs chantiers, à informer le public et les institutions sur leur action. Mais c'est une participation à sens unique : BSF en récolte les fruits ; on a parfois le sentiment que l'asso se sert des bibliothécaires pour faire sa promo. C'est pour la bonne cause, c'est pour aider les enfants, pour émanciper l'humanité par le savoir et la lecture ; alors on accompagne, sinon nous nous rendrions coupables de doute, un sentiment anti-humanitaire.
BSF milite pour une "transformation sociale", un concept attrayant, qui engage les bibliothèques, le métier, les pouvoirs publics, et qui implique du volontariat ou le service civique. Or le concept est peu expliqué et il n'est pas expliqué qu'il s'agisse de "justice sociale" ou de "transformation de la société". (On rappellera seulement qu'Emmanuel Macron, Gestionnaire de la république, souhaite lui aussi une "transformation sociale".)
BNF était présente au dernier congrès de l'ABF, faisant un écho enthousiaste aux propos de la ministre de la culture Françoise Nyssen pour ouvrir les bibs le dimanche. L'ONG prend pour modèle les pays anglo-saxons dont certaines ouvrent 20h/24h, mais de façon parfois mensongère, et sans aborder les besoins que ça suppose... et sans parler de créations de postes. le projet fait débat ; un débat rare mais existant ! (https://www.actualitte.com/…/la-question-des-horaires…/47003)