7 mai 2017

Macron, le choix des mots, le poids des symboles (7 mai 2017)

Voici venu le temps des commentateurs, qui interprètent les manières des premiers discours de Macron. Les chaînes TV de l'immédiat (BFM, i-Télé et consorts) sont unanimes pour parler des symboles de république, de démocratie, de rassemblement... que l'élu vient de choisir. Enthousiasme boursouflé des éditorialistes et autres observateurs, soulagés d'avoir échappé au fascisme.
Mais quels symboles ? un discours au Louvre, devant la pyramide !

Heureusement — et même sur ces médias — il y avait quelqu'un pour rappeler que le Louvre, ce fut d'abord la demeure des rois. On peut ajouter que la pyramide, c'est celle, éternelle, des pharaons...

Et tout ça "avec humilité", a-t-il dit. C'est possible, ça ?

5 mai 2017

La presse aux ordres des lobbies de la médecine esthétique ?

Le hors-série de Paris-Match d'avril-mai est une ode à la médecine esthétique "anti-âge". Si on avait mauvais esprit, on ne serait pas loin de penser qu'il y a un bon gros accord entre ce journal, qui survit en pratiquant le vedettariat glauque, et le marché du lifting, des injections et des mammoplasties.


On pourrait espérer des articles critiques, de l'enquête sur les risques et les abus de ces marchés juteux — comme en a déjà publié par exemple l'hebdo Marianne. Mais Paris-Match, avec une fausse bienveillance et sous couvert d'information, fait de la réclame : injections, implants, chirurgie, compléments alimentaires et autres méthodes des niches médicales. En guise d'investigation, on y interroge ceux qui vivent de ces méthodes, appelés ici des "spécialistes : "Médecins et chirurgiens interviewés ont eu à coeur d’expliquer dans le détail leur spécialité et de répondre à toutes nos interrogations sans rien éluder". On conclura que "le « rester jeune » n’est plus seulement un souci esthétique, c’est un vaste secteur de recherche"... Béatitude.

Le seul but proposé : rester jeune en apparence, ne pas se faire trahir par les signes de son âge réel.
On n'est pas loin de la publication l'Officiel Médecine & chirurgie esthétique, qui propose les techniques "qui aident à se sentir bien dans sa peau".
Comme dit Sharon Stone, "il ne faut pas avoir honte" d'engraisser ce commerce.

Ne plus avoir honte... oui, et c'est un progrès ambigu : car si on permet aux femmes de recourir à la médecine anti-âge, en la banalisant afin qu'elles ne le vivent pas comme un tabou (ce qui, vu sous cet angle, est bénéfique), d'autre part, on exclue progressivement celles qui ne peuvent ou ne veulent pas en profiter. La médecine esthétique s'adresse avant tout à aux plus aisés ; ainsi la richesse appelle la richesse mais aussi la beauté et la jeunesse. Tant pis pour les autres, les moins riches, les moins au top et les moins soignées, condamnées à porter leur âge sur leur visage. (Sans parler de médecine, il suffit de constater l'absence, dans les médias et la pub, des jeunes femmes qui décident de ne pas teindre leurs premiers cheveux gris, pour se rendre compte de la puissance des diktats de beauté).

Alors OK, les gens de Match : dites la vérité sur les techniques de la médecine esthétique, ce qu'elles apportent de bénéfique et comment elles transforment nos corps. Et s'il y a conflits d'intérêts, faites en part publiquement : ça éclairera les lecteurs sur les enjeux réels de cette médecine-là.


1 mai 2017

1er mai 2017, les syndicats un peu perdus sur la façon de battre le FN

1er mai 2002, durant l'entre-2-tours J. Chirac / JM Le Pen.
Déclaration commune des syndicats Ile-de-France CGT, CFDT, FSU, UNSA, SOLIDAIRES, UNEF, et FO 93 & 94 :
"Le 1er Mai 2002, les organisations syndicales d’Ile-de-France, dans leur diversité, veulent faire entendre les attentes sociales urgentes, la solidarité et le rejet de toutes les idées racistes, xénophobes et antisémites. Après le 1er tour de l’élection présidentielle et avec la présence de l’extrême droite au 2e tour, notre pays se trouve dans une situation dangereuse de régression sociale, de mise en cause des valeurs républicaines et démocratiques.
Dans le respect de leur indépendance syndicale, CGT, CFDT, FSU, UNSA, G10/Solidaires, UNEF d’Ile-de-France et FO 93/FO 94 décident de s’unir et d’appeler les salariés, les chômeurs, les retraités, les jeunes, les Franciliennes et les Franciliens, leurs associations, à manifester ensemble le 1er Mai 2002 à Paris.
Ensemble faisons entendre les légitimes revendications de justice sociale, d’égalité, pour d’autres choix sociaux et économiques, pour la démocratie et la paix. Ensemble pour les libertés et la fraternité faisons barrage à Le Pen et à l’extrême droite."

Le danger, c'était : les idées racistes, xénophobes et antisémites, et il s'agit de faire barrage à l'extrême-droite en votant Chirac, donc.

1er mai 2017, entre-2-tours E. Macron / M. Le Pen.
Il n'y a pas de déclaration commune des orgas syndicales, qui ne sont pas rassemblées sur le rejet du FN. Certains affirment que "Pas une voix ne doit aller au FN" (Solidaires) ou appellent à "Faire barrage à l'extrême droite" (CGT), sans appeler à voter pour l'autre candidat.
En 2002 on considérait plus légitime qu'aujourd'hui de voter pour un candidat capitaliste contre le FN.
La défiance s'est endurcie. L'historien Benjamin Stora aborde les raisons qui font hésiter la gauche radicale à voter pour le candidat opposé au FN. C'est un fait : les politiques menées par les deux principaux partis sont si peu crédibles qu'aujourd'hui, les orgas syndicales nous alertent autant sur Macron que sur Le Pen, autant sur le parti de la finance que sur le parti néo-nazi.


Le danger aujourd'hui, comme en 2002, est partout.
Mais le FN porte en son sein un projet si destructeur de solidarité, si violent envers les étrangers, tellement porteur de misère et d'exclusion et favorable aux grandes fortunes (il n'y a qu'à constater ce que le FN fait à l'échelle des municipalités), que je voterai le plus efficacement pour le faire perdre.
Ce vote s'appelle Macron, il s'appelle "mettre ses mains dans la merde plutôt que de s'y plonger tout entier", et c'est ce que je ferai.

10 février 2017

un marché lucratif et un mode d'uniformisation : les labels qualité

Les entreprises, les asso, les administrations, pressées de rendre des comptes en termes de "qualité" afin de bénéficier d'aides diverses, acceptent de devenir dépendants des organismes qui les jugent. La structure qui souhaite être labellisée se comporte comme un entrepreneur qui doit prouver la portée de son projet pour bénéficier d'un financement, ou comme un État qui concourt pour une notation financière. 

Un label existe quand une marque décide de proposer son signe distinctif (logo, mascotte, sticker) à une structure — entreprise, association, établissements public, etc. — qui garantit le respect de certaines normes. Le label (ou la notation, ou l'agrément), assure à la structure qui le reçoit des moyens de promotion, des partenariats, parfois des aides financières. 


Il y a un important marché qui se fonde sur l'existence des labels et qui implique leur création, leur gestion, le contrôle, les audits, les analyses des bilans d'activité et la mise en concurrence des candidats... c'est un vrai secteur économique qui mobilise beaucoup de temps et d'argent (public, souvent). Une quantité d'investissement d'autant plus grande que les labels, quand ils ont une durée limitée, ne sont pas forcément reconduits.
Mais les structures s'y soumettent quand même pour en tirer de la reconnaissance. Lorsqu'on gagne une médaille, c'est pour pouvoir la porter et faire briller sa réputation. De quoi donner raison à Napoléon Bonaparte qui, pour justifier la création de l'ordre de la Légion d'honneur, affirmait que "c'est avec des hochets qu'on mène les hommes".
 
Qu'en est-il sur le terrain ? En réalité, l'attribution de labels cautionne souvent "l'effort de bonne volonté" que manifeste une structure, plus que la façon dont elle remplit réellement les critères demandés. Ainsi une municipalité, une administration publique, une petite entreprise ou un monopole commercial peut gagner un label très valorisant, mettons, sur le 'management' plus humain, tout en abritant des méthodes intolérables en gestion du personnel. Ou glaner un label en matière de développement durable, alors que son activité exige des modes d'extraction et de transports ultracarbonés et une sous-traitance dégueulasse. 

29 janvier 2017

le Nouvel an chinois et la laïcité

Concernant des fêtes religieuses comme le Ramadan, Kippour ou l'Exaltation de la Sainte Croix, il est impensable que les services publics ou que les médias d'Etat fassent de la com' sur ces événements. Mais le Nouvel an chinois a un statut à part : annonces sur les radios publiques, lors d'émissions enfantines sur France télévision ("toi aussi viens fêter le Nouvel an chinois !"), sur le site web d'infos de la mairie de Paris...
Pourquoi ce privilège ? 
Cet événement qui allie les Chinois et citoyens des pays voisins est un événement religieux : les taoïstes, confucianistes et bouddhistes se réunissent à cette occasion pour chasser les mauvais esprits et bénir l'année nouvelle. Bien sûr c'est perçu comme une jolie fête folklorique par les Occidentaux. Les français aiment bien retrouver les images d'Epinal de la Chine : le dragon, les lampions, les couleurs, les tambours... sans y voir qu'il s'agit d'un liant religieux pour des centaines de millions de gens et sans se soucier que ces défilés investissent l'espace public.
Mairie de Paris - alanbarba.wordpress.com

Pas sûr que cela soit apprécié par les laïcs, puisque c'est une intrusion du religieux dans l'espace public.
Pas sûr non plus que ce soit apprécié par les fidèles des autres religions — quel gage d'égalité envoie-t-on aux musulmans de France par exemple, puisque les pouvoirs publics écartent le pourtant festif Ramadan ?

14 janvier 2017

Quand on a le fric, on ose tout.

Osez vous en foutre, osez vous abandonner, osez lâcher prise et oublier les autres.
"Osez", c'est le privilège de ceux qui ont l'argent, et c'est le message de pubs récentes pour les services à domicile.
Payez-vous Allo Resto et vous aurez le privilège de bouffer avec un masque à l'argile sur la figure, ou de vous mettre en slip entre potes pour grailler. Nos esclaves à la restauration et à la livraison s'occupent de tout !

 

Payez-vous aussi les services de Helpling et ne vous préoccupez plus de la propreté de votre maison. D'autres le feront, des gens, vous savez, pauvres quoi.


L'argent, ça permet de se payer l'assistanat, c'est pour ça que les riches osent tout. 

Et vous, vous osez aussi ?

13 décembre 2016

la RATP a externalisé le savoir-vivre.

Et voilà, on y est. Dans le contexte du "Grand remplacement" des humains par les voies de la com', la RATP (qui régit les transports communs à Paris) a fini par déléguer totalement ses missions d'accueil.
Les distributeurs ont pris la place des guichetiers, les pilotes automatiques ont été installés sur une partie des lignes à la place des conducteurs.
Et voilà qu'à la place d'un joyeux agent de la RATP, fringant et courtois comme on savait les faire, on se trouve face à ça :


Surmonté d'une caméra, ça ressemble presque à un cri d'amour.

4 décembre 2016

Dans la série "code visuel tendance" : les masques de mammifères...

Il y a quelques jours on a chroniqué la tendance d'un code graphique très prisé par les médias hipstériques, le "motif géométrique à facettes".
Pourquoi un code graphique apparaît soudainement dans tous les modes de communications qui ciblent la jeunesse ? Qu'est-ce qu'il traduit ?

Un autre motif envahit les affiches pour des groupes pop, festivals, clips vidéos et campagnes de com' commerciales : c'est l'humain à tête d'animal... et surtout de mammifère ! Même si ce motif a tendance à décliner, il reste très présent, comme le montrent ces visuels de cette fin 2016 :
Affiche pas très à propos
pour une fête de Halloween parisienne.


Pub pour un nouveau centre commercial à Paris
porte de la Villette.



clip de Vic Moan, "I can't stand it !"
 
Est-ce que ça traduit le désir de proclamer notre nature sauvage, alors qu'on vit dans une société ultra contrôlée, trop policée ? Sans doute. C'est d'ailleurs l'univers du rock indépendant — qui affiche des postures de liberté et d'anti-conformisme — qui exploite le plus souvent cette représentation !

30 novembre 2016

le code graphique du moment : le motif géométrique à facettes

C'est sans doute le visuel le plus tendance de ces dernières années : la surface géométrique à facettes. Adopté par les communicants, les stylistes, les labels musicaux, les concepteurs d'affiches, il est omniprésent dans tout l'espace public.


Tenter de comprendre ce que disent les codes graphiques des aspirations collectives est passionnant. Surtout quand ils sont utilisés en masse par tant de communicants.

Utiliser ce visuel "à facettes", c'est faire référence (sciemment, ou bien en imitant des graphistes actuels) des peintres comme Delaunay, Mondrian, Vasarely, Kupka...
Des artistes qui jouaient de la proximité des couleurs, de leur diffraction, de leur superpositions, générant un trouble de la perception. Moments hypnotiques, pertes de contrôle.
Ci-contre : Theo van Doesburg : Contre-composition, 1929. Cette oeuvre s'inscrit dans le mouvement De Stijl, un mouvement qui a révolutionné l'art du début du XXè siècle.
1. Mondrian : Composition en bleu, gris et rose, 1913.
2. Sonia Delaunay : Prismes Électriques, 1914.
3. Vasarely, Duo, 1967



Tel qu'il est utilisé aujourd'hui, ce motif graphique évoque toujours un léger dérèglement des sens, une conscience modifiée comme l'art psychédélique d'il y a 50 ans. Mais c'est ici une version numérisée ; et la précision géométrique révèle une construction rassurante, planifiée comme un origami ou un projet d'architecte.

Ce motif ressemble à ceux des schémas moléculaires.
Surtout, il évoque le diamant, ou la boule à facettes. Bref, il évoque la beauté brillante et hypnotique de la vie nocturne des villes. C'est en tout cas ce que j'ai perçu jusqu'ici, avant que je tente de le formuler.


26 novembre 2016

La suppression des pubs vidéo dans le métro parisien ?

Une fois n'est pas coutume, la RATP, régie parisienne des transports en commun, nous prête un petit bâton pour se faire battre. Une boîte à idées où l'on peut poster et élire les propositions constructives, critiques, y compris contre le matraquage publicitaire.

Le métro est aujourd'hui la zone d'affichage de Métrobus, chargée d'exploiter publicitairement le métro. Outre l'affichage traditionnel, qui exige plusieurs tonnes de papier et pas mal de colle chaque semaine, Métrobus a expérimenté la pub sous d'autres formes, variées et douteuses : les feuilles cartonnées au plafond des rames et qui nous pendaient sur la tête ; les messages sonores crachés par des hauts-parleurs qui se déclenchaient au passage des voyageurs ; et même l'impression de pubs sur les tickets. Il y a eu aussi les affiches lumineuses à néons, chacune constituée d'une douzaine de lampes, et installées à la chaîne le long de couloirs sans fin — un dispositif peu à peu abandonné.

Depuis 2009 des écrans vidéos sont installés (merci Samsung), muets mais extrêmement visibles puisque placés à des zones stratégiques pour choper le regard.

21 novembre 2016

M.I.A. et les images interdites : "Borders"

Vieux débat : peut-on mettre en scène l'horreur ou la misère, utiliser l'image des victimes... pour en faire un produit de la pop culture ?

Fin 2015, la chanteuse M.I.A. a réalisé et publié un clip pour une de ses chansons, "Borders". La chanson ouvre l'album AIM qui est sorti plus tard, en septembre dernier.
"Borders" — appel à la liberté, et à s'unir contre un système de privilèges et de d'exclusion — met en scène des migrations de masse. Des gars qui fuient ensemble, dans le désert, sur l'eau, au travers des barrages... Les images montrent une chose rare dans le monde de la pop : une "chorégraphie de migrants" très stylisée. 
M.I.A, elle, apparaît parfois en premier plan comme un témoin de la scène, et parfois parmi les migrants, avec eux sur les coursives métalliques et sur les jonques, comme si elle les guidait ou les représentait.