un blog pour observer les méthodes de la pub et aux formes de propagande, contre le langage marchand et son monde
15 septembre 2018
Grand prix de poésie RATP !
L'idée d'un prix attribué à des poètes amateurs permet d'offrir à ces inconnus leur quart d'heure de gloire, puisque "leurs poèmes seront affichés sur l’ensemble du réseau RATP (soit près de 10 000 emplacements) pendant les deux mois d’été et ainsi lus, chaque jour, par des millions de voyageurs !"
Pour moi, l'idée même du "concours" s'oppose au concept de poésie. La concurrence que cela implique, avec l'avis d'un jury, et le prix et le petit succès au bout de l'histoire, font entrer ces textes dans la catégorie du slogan, de la feel-good formulae.
Mais la régie des transports publics a cédé aux sirènes de l'image marketing. Il ne suffit plus d'être un moyen de transport. Il faut créer du lien, par exemple avec une signalétique sympa — "la RATP vous souhaite la bienvenue" — créée par un sous-traitant, ou avec des textes dans les rames, des textes sympas qui parlent de soleil, de de sourire, d'amour et de paix.
Et puis avouons-le au risque de me faire accuser d'arrogance : les textes envoyés à la RATP sont parfois bien troussés mais toujours futiles, voire inconsistants, et leur niveau ne dépasse pas celui d'un quai de la ligne 11.
Pendant ce temps, sur mon strapontin,
je me replonge dans mon bouquin.
21 juillet 2018
L'affaire Benalla, la 5ème république et la tradition de la violence d'Etat
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| Emmanuel Macron et Alexandre Benalla, au Touquet, le 17 juin 2017-AFP |
D'abord, qu'on ne vienne plus me dire que les heurts, lors des manifs, ne sont pas causés par les forces de l'ordre ! Evidemment certains militants, dont les Black blocs, optent pour une violence ciblée pour inverser le rapport de forces entre représentants de l'ordre et manifestants. Mais la tradition du maintien de l'ordre, qui comprend l'intimidation, la violence et la répression, avec l'impunité pour les coupables, est ancienne et évolutive.
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Pour Denis Jacob, du syndicat de police Alternative CFDT,
Benalla n'est pas policier mais "il agit comme tel".
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Si les images de l'intervention d'Alexandre Benalla lors de la manif parisienne du 1er mai 2018 sont montées en épingle, c'est pour une raison : cette fois, c'est un proche de Macron qui s'en rend coupable, et pas un flic... La violence des "forces de l'ordre", elle, est aussi banalisée qu'un véhicule de police... Combien de faits similaires sont passés sous silence ? Dans les fourgons, en garde à vue, dans les hall d'immeubles, dans les centres de rétentions ou les campements clandestins, combien de "bavures", de violences sans réelles enquêtes, de morts chaque année entre les mains des flics ? (*)
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| Article à lire sur StreetPress |
Un conseiller de Macron se fait passer pour un flic pour tabasser plusieurs manifestants et il est couvert durant des mois. Qu'est-ce que ça révèle ?
D'abord, l'impunité du pouvoir : si les représentant du gouvernement ne bénéficiaient pas d'une telle impunité, les flics ne l'auraient pas admis dans leurs rangs. Il a fallu que la hiérarchie policière ait eu l'ordre de laisser faire, ce que les médias révèlent peu à peu. Après les révélations, le ministre de l'intérieur a été sommé de fermer sa bouche. Macron s'est contenté d'une formule ubuesque sur la "république inaltérable". Sous la critique, il a d'abord "puni" Benalla avec une mise à l'écart de 15 jours (à titre de comparaison : il y a une semaine, deux jeunes qui ont violenté plusieurs policiers ont pris 3 et 4 ans ferme, sans procès sérieux). Puis, devant le choc médiatique, il a commandé une procédure pour le licencier. Benalla, et peut-être Collomb, seront les fusibles de l'histoire. Mais la faiblesse de la réaction de la présidence équivaut à une caution, et tous comptes faits, c'est aussi problématique que les actes mis en cause.
Ensuite cette affaire révèle (ou rappelle) l'existence de nervis au service du pouvoir. Depuis le 1er mai, la présidence était au courant des violences de Benalla, qui pourtant était resté dans ses fonctions, toujours logé dans une dépendance de l’Élysée.
Ce type de personnage n'est pas nouveau dans l'entourage de l'Elysée. Pas de doute, on est en France, le pays de la Françafrique, d'une corruption et d'une barbouzerie voulue par De Gaulle et organisée pour sauvegarder les intérêts coloniaux — comme l'a magistralement démontré Survie. Le pays du Service d'Action Civique (SAC), police parallèle, et du Groupe union défense (GUD), milice fasciste, deux organisations au service des présidences qui ont formé de nombreux dinosaures de la politique. Le pays de Foccart, Pasqua, Longuet, Madelin, Chirac, professionnels du coup tordu qui ont imprimé leur marque sur les mécanismes gouvernementaux. Le pays de la répression d'opposants et des assassinats politiques (en l'absence de caméras), du Rainbow Warrior, des élections truquées en Afrique et des putsch soutenus par Paris. Le pays des records de ventes d'armes, des guerres du pétrole et des essais nucléaires en Polynésie. Le pays des mercenaires envoyés pour "orienter" les conflits en Algérie, en Nouvelle Calédonie, en Côte d'Ivoire, au Vietnam, au nom de la grândeur et des intérêts français.
Le pays de l'affaire des diamants, des "biens mal acquis", des scandales EADS, L'oréal, du fric lybien et du financement des partis.
A chaque mandat de la 5ème république, la corruption étatique a pu exister grâce à des hommes prêts à tout et bien protégés, et grâce à des cellules secrètes qui disposent de moyens financiers illimités. Si les nervis de la république peuvent faire le coup de poing en dehors des contraintes légales, au mépris de toute considération éthique, des libertés et des droits humains, sans craindre l'IGS et la hiérarchie, c'est parce que le pouvoir est prêt à TOUT pour se maintenir en place.
Même s'ils sont graves, ce ne sont pas les actes de violence du 1er mai qui m'ont "frappé" le plus, c'est ce que révèle une telle affaire — la marge d'action que se permettent nos gouvernements pour écraser l'opposition, au-delà de tout mandat. C'est la raison d'Etat, ce masque constitué d'éléments de langage et de relais médiatiques (comme ce salopard de Charles Beigbeder, homme d'affaires et élu, pour qui il est normal de risquer sa vie lorsqu'on désobéit à un représentant de l'ordre, et que "cela doit redevenir la norme en France !"). La raison d'état permet les pires exactions, avec une propagande pour justifier l'injustifiable.
Si on prête l'oreille et si davantage de journalistes font leur boulot de journalistes, on entend beaucoup d'histoires comme celle de Benalla. Des histoires avec des tabassages couverts par la "légitime défense", des "accidents" en Garde à vue, des morts étouffés sous les genoux des flics, des yeux éclatés sous les flash-balls, des refus de plaintes et des témoins réduits au silence. C'est pas les témoignages qui manquent, et il y a déjà suffisamment de sources médiatiques pour en faire l'écho.
https://www.bastamag.net/Interventions-policieres-mortelles-les-autorites-publient-pour-la-premiere-fois
(*) Si Remi Fraisse ou Adama Traoré — pour qui la marche qui a lieu aujourd'hui à Beaumont-sur-Oise réclame la mémoire et la justice — sont devenus de malheureux symboles, ne fermons pas les yeux sur les autres violences policières. Violences criminelles envers les marginaux, envers les sans-papiers, persécutions arbitraires dans les centres de rétention, sort des famille de réfugiés dont on bousille les tentes et écrase les biens, agression des témoins, suspicion généralisée envers les personnes pas assez blanches.
14 juillet 2018
Dans la pub et les médias, de quoi la coupe afro est-elle le signe ?
Pour le monde blanc, les Noirs [1] sont depuis longtemps sujets de rejet, de peur, de fascination, de fantasmes. Mais en l’espace de quelques décennies, les noirs ont fait évoluer les façons dont on les représentait. Avec les luttes pour leur existence sociale, pour leur existence tout-court parfois, ils ont fait changer le regard portés sur eux [2]. Pourtant, les représentations des noirs, dans la pub et la com’, restent très codifiées. On va parler ici de la coupe afro, qui semble être carrément devenue une norme pour les femmes noires dans la sphère du spectacle et de la pub... Une norme qui révèle des stéréotypes hérités du colonialisme,
Les années 50 et 60 ont vu naître les mouvements pour les droits civiques, en même temps que la culture populaire des communautés noires américaines : soul, blaxploitation, littérature, etc. La coupe afro sous ses multiples variantes s'est imposée comme une forme d'émancipation, une rupture avec les conventions imposées par le monde blanc. Elle était un signe politique avant tout, comme l'explique Lisa Akinyi May. Et aujourd’hui ?
La coupe afro est soluble dans le capitalisme.
Aujourd’hui, le monde marchand (pub, com’, mode, industries culturelles) prend soin d’afficher une image de diversité culturelle : les gens issus de l’immigration sont aussi des consommateurs, comme le remarque le blogueur Cyclone Wolfok : «La minorité visible qu’est l’afro-descendance en France fait partie désormais des publics cibles et sa représentativité en politique comme en télévision augmente elle aussi. Elle élit et elle consomme comme tout le monde... ». Mais comment montrer, dans la pub, celles et ceux que le baromètre annuel du CSA sur la diversité à la télé appelle les « personnes perçues comme non blanches » ? Comment les montrer sans froisser ce public blanc pour qui les « personnes de couleur » sont encore associées à l’étrangeté et au danger ?
Et la coupe afro là-dedans ? Alors que, dans l'imaginaire collectif, elle reste un signe de révolte politique incarnée par Angela Davis, elle a été généralisée aujourd’hui pour représenter le glamour et le cool.
L'afro est devenue l’expression d’une intégration à la société consumériste par la musique et la mode ; elle évoque l’audace, la séduction, le groove, la nature humaine indomptée, et tout ça est très vendeur.
En France, Inna Modja, chanteuse pop world-afro-soul et égérie publicitaire, incarne parfaitement cette tendance. Comme Nneka ou Ayo, chanteuses aux « origines métissées » comme dit le blog Artnoise. La coupe afro véhicule aujourd’hui la double image de la révolte et du consumérisme glamour : une image doublement attrayante.
Aujourd’hui on parle aussi de nappy. Comme souvent quand les minorités se réapproprient le vocabulaire dévalorisant qui le désignait, le mot péjoratif nappy, qui signifiait "crépu", est utilisé comme une contraction de natural & happy. Le concept nappy a accompagné le développement du l’ethnomarketing destiné aux nappy girls et les défilés de mode actuels font la part belle aux nappy-mannequins. La presse féminine « noire » et les blogs spécialisés, comme Nappturallity, ont joué un rôle important pour donner une visibilité aux variantes d’afro : conseils cosmétiques et mode, adresses, tuto pour les twist-out, tresses, effets de textures ou carrément big chop. Un salon Nappy days s’est tenu en 2016 — très «fashionista» selon le Monde — il existe même une appli qui organise la coiffure à domicile, Nappy me !
Pour les responsables de pub, montrer des femmes noires (moins inquiétantes et plus séduisante que les hommes noirs), avec une nappy, gage d’intégration sociale. Enfin, noires mais pas trop foncées, faut quand même pas exagérer.
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"Cherche silhouette jeune femme avec une coupe afro." Mentionnez "AFRO" - 2016 |
L’afro dans le monde marchand : héritage d’une imagerie coloniale ?
Aujourd’hui, si les noirs sont désormais plus visibles, c’est surtout dans l’industrie musicale et le secteur sportif, comme le montrent les études de l’ARPP [3]. Pour les femmes, monde marchand valorise l'afro qui tient un grand rôle dans la visibilité. Pour les hommes aussi d'ailleurs.
- Il y a le secteur spécial "envoi d'argent à l'étranger" : les entreprises qui permettent de téléphoner à l'étranger ou d'envoyer de l'argent "au pays" ont un code graphique, comme Western Union qui systématise l'afro courte ou "blow out" pour les femmes, et le chapeau pour les hommes - et la peau claire pour tous.

- Il y a le cas particulier de la "campagne de sensibilisation". Là on peut voir des hommes avec pas de cheveux, pour évoquer le manque parce que c'est pour lutter contre la pauvreté.
- On note aussi comment les marques conçoivent la mixité ; un homme blanc, s'il est en couple mixte, aura pour partenaire une noire avec une afro (ça fait assimilée tu comprends).
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| Fenêtres Schüco, 2017 ; Ville de Paris, 2017 ; ameli.com, 2016 ; MGEN, 2011 ; illustration d'un article pour Marie-Claire sur les couples mixtes, 2016 |
- Enfin, lorsqu'une publicité généraliste veut refléter la jeunesse et la diversité, elle choisira plusieurs visages dont celui d'une femme avec afro.
J'interroge Kemi Adekoya*, étudiante à Sciences Po et membre de Sciences Curls, sur la façon dont le monde marchand représente les femmes noires et sur l’omniprésence de la coupe afro. Sa réponse traduit l'exaspération :
« Les représentations de femmes dans la publicité et les médias sont d'un autre monde, d'un autre âge. La situation est critique car tous les coups sont permis. : sexisme, misogynie, grossophobie, racisme et j'en passe. C'est alarmant et pourtant peu de personnes sont alarmées. (...) L'ère médiatique actuelle me met hors de moi, en tant que personne noire car il est très difficile de se sentir représenté dans les médias et/ou ciblé dans les campagnes publicitaires. Car quand elles ne sont ni sexistes, ni misogynes, elles sont tout simplement adressées à des personnes blanches, niant totalement l'existence des personnes racisées. » « L'omniprésence de la boule afro est la preuve d'un manque d'intérêt, de curiosité et surtout d'hypocrisie latente de la part des médias. L'afro est devenu le symbole ultime de la représentation des femmes noirs. (...) Il y a d'autres coiffures, portées par les femmes noires, qui nous représentent tout aussi bien. Mais il y a dans le port de l'afro ce que les médias traditionnels appellent les "tendances", il est voyant, peu connu/compris (parfois par mépris) des personnes blanches. » Pour Kemi Adekoya, le port de l’afro « fait office d'introduction à la non-blanchité. C'est dommage car toutes les femmes noires ne portent pas d'afro et même s'il est bien d'en voir plus, il est dommage de ne voir QUE ça. »
La surexposition de la nappy induit des décalages entre l’imagerie du monde marchand et la réalité des femmes noires.
Parce que si la pub les montre avec une afro (et à la peau claire, mais c’est un autre sujet), c'est comment dans la réalité ? la grande majorité des femmes d’origines et de cultures diverses portent des cheveux crêpés, lissés, rasés, teints, avec des effets texturés, des tresses, des rajouts, des perruques... rarement une afro. Dans une administration, un service commercial et autres lieux sinistres, on évite encore souvent la coupe afro. Quand Rokhaya Diallo (auteure d’un ouvrage sur les parcours personnels et capillaires d’afro-descendants) affirme : « il y a comme une norme invisible qui est le cheveu lisse », elle rappelle à quel point le cheveux lisse est associée à « l'idée de sérieux » dans les secteurs où le cheveu naturel est mal toléré.
A propos de l'idée de sérieux, il faut voir qui travaille, dirige et prend des décisions, et qui s'amuse, rêve et consomme. Les responsables d'entreprises, presque exclusivement blancs, sont tellement conditionnés à concevoir leur monde comme un monde blanc qu'ils n'ont pas pensé à rendre leur entreprise inclusive en terme racial. Les femmes noires, les nappy-girls sont donc absentes des centres de décision, elles sont ailleurs, sur les affiches de ces mêmes entreprises, et elles y sont des fashion-victims, des clientes d’assurances, des demandeuses d’emploi, des étudiantes, des standardistes. (C'est d'ailleurs le rôle de la comédienne Stefi Celma dans la série Dix pour cent : l'hôtesse d’accueil d'une agence de pub, toujours marrante et sympa, et qui tente sa chance dans la chanson.)
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| Pour Made.com et pour le Crédit Agricole : contraste entre l'image affichée et l'image interne, avec les dirigeants |

Pourquoi ces différences ? Parce que le racisme.
Dans l'ancienne classification raciale, toujours présente implicitement, le Noir est instinctif et facile à soumettre, il a "le cœur à la fête" et "le rythme dans la peau". Pour les patrons, qui préfèrent souvent la condescendance à l'inclusion, si le noir est instinctif, il suffit de s'adresser à ses instincts. Aux blancs la gestion des affaires, aux noirs l’amusement impulsif et l'achat compulsif.
L'usage du stéréotype par les courants émancipateurs eux-mêmes
On sait que les rapports entre différents groupes, et notamment entre les noirs et les blancs, sont souvent teintés de fascination, de rejet, de désir et de culpabilité. Certains blancs peuvent trouver valorisant de fréquenter des noirs tout en ayant d'eux une perception fantasmée. Une "attraction-répulsion" trouble que décrivaient les écrivains américains Chester Himes dans plusieurs romans (If He Hollers, Let Him Go, 1945 ; Lonely Crusade, 1947), mais aussi Toni Morrison ou Paul Beatty (Moi contre les Etats-Unis d'Amérique, 2015 ; Tuff, 2018). C'est cette "attraction-répulsion" que chantait le rappeur Earthgang : « everybody wanna be a nigger / but nobody wanna be a nigger » (« Tout le monde veut être un noir / mais personne ne veut être un noir »). Tout comme le dit sans détour Amandine Gay, réalisatrice d’un important documentaire, Ouvrir la voix : « C’est cool de s’approprier la culture noire funky, mais, à la fin de la journée, ce sont les hommes noirs qui se font tirer dessus dans la rue. Personne n’a envie de vivre dans la peau d’une personne noire. »
Bref c’est cool de s’approprier la culture noire. Du coup on a des graphistes des affiches de festivals, des pubs de prêt-à-porter, etc., qui utilisent aussi le motif "coupe afro" : il a l'avantage de ne montrer personne en particulier mais de signifier un état d'esprit. Porter un t-shirt floqué d'un visage avec afro permet d'affirmer sa coolitude.
Ultime ironie : même quand les blancs veulent évoquer la condition des noirs, ils intègrent souvent des mega-stéréotypes sur les pochettes de disques, affiches, t-shirts. Comme l’artiste Noe Two, qui compose des visages de femmes noires à la texture afro parsemée de tags, et en a même fait un motif graphique commercialisé.
Réjane Pacquit, également étudiante à Sciences Po et membre de Sciences Curls, répondait dans les Inrockuptibles : « ce n'est pas le cheveu en lui-même, le problème, c'est ce dont il est le signal », dans la mesure où il révèle le regard de la société et permet d’aborder les questions « de discriminations, d’agressions et de désamour de soi. ».
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| À Sciences Curls, collectif afro-féministe, on cultive une vraie diversité des coiffures. |
S’affranchir des représentations fantasmées.
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| Pub pour NoFi, parue dans la revue Negus, N°3 |
Dans l'immédiat, la maîtrise de ses propres choix permet de se libérer des clichés et de s'afficher sans injonctions extérieures. Pour les noirs, cette diversité s'exprime notamment dans des médias communautaires comme la revue Negus (mag militant de la "diaspora"), la boutique de mode N&F (Noir & Fier), ou les pages "mode et beauté" du site NOFI.
Chaque communauté doit pouvoir changer le regard qu’on pose sur elle.
Je finis par un petit rappel de base. Attendre que les dominants veuillent bien changer les choses est illusoire. La reconnaissance se conquiert par l’autogestion, l’appropriation des moyens d’expression, et en imposant son existence.
SOURCES
- Les cheveux africains : un symbole politique, par Lisa Akinyi May : https://www.mo.be/fr/analyse/les-cheveux-africains-un-symbole-politique
- Petit précis à l’usage des journalistes qui veulent écrire sur «les noirs», par Kidi Bebey et Alex Ndiaye : http://www.slateafrique.com/82143/petit-precis-l’usage-des-journalistes-ecrire-noirs-racisme /
- Ayo et Nneka deux artistes aux destins croisés : http://artnnoise.blogspot.com/2011/04/ayo-et-nneka-deux-artistes-aux-destins.html
- Egéries de l’Afropéenne-Descendance et Publicité et Journalisme, par Cyclone Wolfok : https://polyglottrotter.com/2017/04/27/egeries-de-lafro-descendance-et-publicite/
- Les tendances du marché des cosmétiques afro, par Marion Braizaz : http://www.womenology.fr/secteurs/les-tendances-du-marche-des-cosmetiques-afro/
- Femmes noires sur papier glacé, par Virginie Sassoon : http://www.inatheque.fr/publications-evenements/publications-2015/femmes-noires-sur-papier-glac-.html
- Sur le mouvement nappy : http://www.lemonde.fr/societe/article/2015/02/05/crepues-et-fieres-de-l-etre_4570832_3224.html
- Nappturality.com : https://www.nappturality.com/
- Que reste-t-il des nappy girls ? : http://www.lemonde.fr/afrique/article/2016/03/17/que-reste-t-il-des-nappy-girls_4885011_3212.html
- Une anthropologie de la beauté, par Par Sophie Marchand, 2015 : http://www.nova.fr/novamag/43987/une-anthropologie-de-la-beaute
- Résultats de la vague 2017 du « baromètre de la diversité », sur le site web du CSA : http://www.csa.fr/Etudes-et-publications/Les-observatoires/L-observatoire-de-la-diversite/Les-resultats-de-la-vague-2017-du-barometre-de-la-diversite
- Astuces pour la pousse des cheveux, sur le site NOFI : https://nofi.fr/2016/01/astuce-pour-la-pousse-des-cheveux-2-faire-des-coiffures-protectrices/26609
- Afro, livre de Rokhaya Diallo : http://www.arenes.fr/livre/afro/ http://www.lesinrocks.com/2015/11/07/style/rokhaya-diallo-decrypte-la-coupe-afro-on-a-le-droit-detre-noir-jusquau-bout-11837089/
- l'appli NappyMe : http://lnodq.fr/2016/01/nappy-me-lapplication-qui-revolutionne-la-beaute-des-cheveux-afros/
- La coupe afro trouve sa place dans la presse féminine : http://www.femmeactuelle.fr/beaute/coiffure/astuces-cheveux/cheveux-afro-les-bons-soins-a-la-maison-15476
- La polémique qui a suivi la coupe afro d'Omar Sy : https://www.huffingtonpost.fr/2015/04/17/omar-sy-coupe-afro-photos-article-voici-racisme-photos-twitter_n_7086078.html
- Nos cheveux sont politiques (et autres résidus post-coloniaux) : https://observatoiredesgenres.wordpress.com/2017/08/10/nos-cheveux-sont-politiques-et-autres-residus-post-coloniaux/
- Etudes de 2005, 2007, 2009 de l’APPR, sur les représentation des minorités ethniques dans la publicité : https://www.arpp.org/actualite/bilan-publicite-et-diversite-2007/
- Bilan 2008 de l’APPR, « Vers une meilleure intégration de la diversité dans la publicité » : http://www.arpp.org/actualite/vers-une-meilleure-integration-de/
[1] J'ai choisi d'écrire "les Noirs", et pas "les personnes noires" pour désigner les personnes qui sont perçues comme noires et qui sont souvent réduites à cette catégorie sociale. C'est aussi le terme que le Conseil représentatif des associations noires de France choisit d'utiliser, tout comme certaines organisations de défense des droits. Aucun terme n’est idéal et global.[2] Pour Kader Attia, « la grande problématique des descendants des travailleurs immigrés est le temps qu’il aura fallu pour devenir visibles dans les médias, la politique et les arts ». A lire dans les Inrockuptibles, 22/05/2018[3] Une étude de l'ARPP montrait en 2006 que si le taux de « modèles issus des minorités visibles » augmentaient sensiblement dans le champ de la pub, ils restaient plus nombreux dans les pubs pour la musique et le sport. Le bilan de l’ARPP de 2008 va dans le même sens, et précise : « Deux secteurs se détachent très nettement, qui rassemblent à eux seuls environ 29% des visuels représentant des personnages « non-blancs » : le sport et la musique. »[4] « l’utilisation médiatique de l’image de la « femme noire », objet traditionnel d’un double sentiment d’inquiétude et de fascination » : « Les stéréotypes coloniaux dont elle est la cible, sont-ils encore aujourd’hui véhiculés dans la presse ? Et dans quelle mesure cette transmission est-elle dissimulée et non consciente. En quoi constitue-t-elle une discrimination ? » « Comparées aux hommes, la plus grande visibilité corporelle des femmes (...) vient renforcer les stéréotypes naturalisants qui réduisent la féminité à une physicalité. (...) Mais la racialisation vient redoubler la représentation de la physicalité féminine : l’exposition médiatique des corps de Noires mobilise les traditionnels clichés coloniaux de leur primitivité et de leur animale sexualité, autrement dit les stéréotypes d’une extrême naturalité. ».Femme noire en image - Racisme et sexisme dans la presse française actuelle, de Yann Le Bihan, L’Harmattan, 2007[5] Il faut dire que le racisme est coriace en France. Le magazine Voici du 10 Avril 2015, affirmait qu'Omar Sy, portant une coupe afro dans un film, avait « une coupe assez terrifiante » ou une « coupe à la grimace qui devrait faire rire les petits nenfants ». Le plus terrifiant était d’avoir publié cela. Bien sûr, plusieurs personnalités les avaient dénoncés. Mais le racisme implicite, qui se planque derrière l’humour bravache, n’en reste pas moins violent.
* nom d'emprunt ?
28 mai 2018
Fête de la musique à l'Élysée : les limites d'une stratégie de com'
Les services de com' au service de la présidence fonctionnent, il est vrai, à plein rendement, mais... les écrans de fumée ne durent que le temps d'une évaporation.
* : "il n'y pas de stratégie de com' pour un président de la république, il est action et rien d'autre", disait Bruno Roger-Petit, le porte-parole de la présidence : c'est pas un beau slogan ça ?
11 mai 2018
Les noms de marques en englais simplifié : pour séduire les français ?

Ouigo, Ouibus, filiales de la SNCF de voyage en low-cost,Mouvit, appli "DigitalSNCF" de la SN
CF pour trouver le plus court et le moins cher des trajets
Ouicar, réseau de locations de voitures entre particuliers,
Ouiz, aromatiseur d'eau,
Ouiteam, "plateforme intra-groupe de référence de gestion des détachements pour des missions de courte et moyenne durées",
OuiShare Fest, festival international de l'économie collaborative,
Blablacar, réseau de covoiturage payant,
Smovengo, opérateur du système parisien de vélos en libre-service
Liligo, "comparateur de vols pas chers"
Myfood, serre bio connectée
YesWeGreen, "plateforme numérique et collaborative pour créer la communauté du 21e siècle", vers un greenlifestyle
Monabee, "Solution Intelligente" de Gestion des énergies,
WeDemain, revue qui veut "contribuer au décodage des bouleversements en cours"
HelloBank, BforBank, banques en ligne,
Avantoo, banque mobile du Crédit mutuel,
Mouvango, label de fidélisation interentreprises lancé par Accor
Ouimoov, fournisseur d'articles de sport,
Wistiki, "tracker Bluetooth qui vous permet de retrouver tout ce qui vous tient à coeur" : clés, portefeuille, smartphone, animal de compagnie...
Ubeeqo, entreprise de location des voitures.
Cowash, service à domicile pour laver le linge
Wimoov, association pour l'accompagnement à la mobilité des demandeurs d'emploi.
Kibookin : réseau social créé par le Salon du livre et de la presse jeunesse du 93, qui réunit une communauté autour de la littérature jeunesse.
CotizUp : cagnotte en ligne
Wipliz : cagnotte en ligne
Des noms de marques à base d'anglais simplifié. Des noms où reviennent souvent "WE" qui a l'avantage de dire "oui" et "nous" et puis aussi "MOVE", "GO" et autres symboles du bougisme.
Rien de tel pour rafraîchir l'image d'un truc aussi sordide et chiant qu'une banque ou qu'une société d'expertise.
Au fait : il existe des entreprises dont la seule mission est de trouver des noms de marques. Ces entreprises-là sont parfois très prospères. Faut vraiment que je pense à me reconvertir...
4 mai 2018
Titres de films traduits en anglais : l'exercice du langage colonial
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| Affiche du film "Nobody knows" |
Petit retour en arrière. Rappelons-nous comme le français s’est imposé en Afrique de l’ouest et en Asie du sud-est, l'espagnol en Amérique du sud, l'arabe en Afrique subsaharienne, le mandarin dans plusieurs états du Pacifique, etc. Cette conquêtes par la langue se sont toujours accompagnées par de véritables appropriations de ces mondes conquis, et par la mainmise d'une culture dominante.
En faisant comme pour n’importe quel truc à marketer, les distributeurs de films en France anglicisent leurs produits. On peut penser à un complexe de peuple colonisé. Pourtant, traduire en français, ce serait juste un acte de réappropriation du langage. Il ne s'agit pas de chauvinisme mais de conscience de nos cultures. Aucune n'est meilleure qu'une autre, mais elles existent. À chaque peuple de se réapproprier sa langue. À chacun de résister au pouvoir du monde marchand.
26 avril 2018
Pourquoi la "floraison synthétique" est le motif graphique du moment
Ce 22 avril Facebook fêtait la Journée de la Terre, avec un visuel dans l'air du temps : motifs végétaux enfantins, aplats de couleurs, formes simples et attrayantes, bio, safe, friendly.Pourquoi et comment ce motif graphique a-t-il pénétré tout le graphisme marchand : affiches de festival, pub, industries culturelles ?
Dans les courants picturaux, il y a des créateurs qui orientent nos intérêts et nos mentalités, et des suiveurs qui imitent "ce qui marche déjà". Les années précédentes ont été dominées par les motifs géométriques à facettes, hérités de Georges Braque, Piet Mondrian, Sonia Delaunay ou Victor Vasarely.
J'en parlais dans un article daté de 2016 et mis à jour en 2018.
Quand le site Konbini publie, comme chaque année, "les plus belles affiches de festival", on peut se faire une idée des tendances actuelles, qui sont partagées dans toute l'Europe. Mais comment naissent-elles, et avec quelles influences ?
La tendance "motifs géométriques à facettes" s'essouffle, sans doute trop exploitée. Les concepteurs d'affiches de festivals culturels et de clips, surfant sur la vague du greenwashing, doivent évoquer l'idée du naturel et du sauvage. Ils ont surtout compris que pour nous, êtres bornés par les règles de la cité, évoluant dans des espaces aussi géométriques qu'une cuisine équipée Ikéa, il est vital d'exprimer nos aspirations animales. Ils nous proposent donc de nous échapper dans des forêts, des jungles et parmi les animaux sauvages. L'usage des "motifs à floraison synthétique" explose.
Or dans l'ensemble du monde marchand (pub, clips, industrie culturelle), il y a toujours une limite, on ne peut pas tout représenter : impossible d'évoquer l'aspect bassement naturel de la nature, la moiteur, l'humus, la pluie boueuse, les moisissures, les miasmes végétaux, les odeurs animales, les muqueuses, le sang, la salive, la maladie, l'enfantement ou le vieillissement. Notre timidité sanitaire de consommateurs trop urbanisés nous pousse vers une nature rassurante, douce, enfantine, stylisée.
On retrouve donc ces motifs sympa, dans les affiches de festivals culturels, la pub, les visuels des jeux et des applis pour tablettes. Avec des forêts et des animaux tirés d'albums pour enfants — et avec, de façon inexplicable, certains objets récurrents : le palmier, le perroquet, le tigre.
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| Hoop festival, 2017. Hors-tension, 2017. Rock en Seine, 2015. 2 affiches du Hasard ludique, 2017. Démon d'or, 2016. Pete the Monkey, 2016 et 2017. Zoolt, festival d'Olt, 2015. |
7 avril 2018
"Lexique pour temps de grèves et de manifestations" d'Acrimed
C'est ici : Lexique pour temps de grèves et de manifestations20 février 2018
Jean-Michel Blanquer est-il un reptilien ?
A gauche, Jean-Michel Blanquer tel qu'il se laisse photographier. À droite, on voit très bien sa nature reptilienne. De quoi nous donner une preuve de plus que les dominants de notre planète sont issus de cette race d'élite qui organise un complot pour asservir l'humanité.
Francis, le jeune saurien qui s'occupe du maquillage de la section "reptiliens macronistes" a carrément raté son camouflage.
(Pour garder les épaules sur terre : http://www.conspiracywatch.info/)
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