9 février 2010

"Mother", de Bong Joon-Ho

Wahou !
"Mother", le nouveau film de Bong Joon-Ho, m'a vraiment plu.
La maman d'un jeune homme un peu attardé, dépendant, fait tout pour l'innocenter du terrible meurtre d'une jeune fille. Ca démarre comme une intrigue policière, avec mystère et enquête à la clé.
L'ambiance est un peu flippante, les situations étranges et burlesques.
Le réalisateur dessine à travers cette intrigue une Corée corrompue, où les puissants utilisent les faibles comme faire-valoir, où la justice est bâclée, où la vérité des choses est méprisée.


Puis le film se focalise sur la mère, la mère et son fils
Le garçon n'essaie pas de se défendre, tout d'abord : cette épreuve semble pour lui l'occasion de s'endurcir vis-à-vis de sa mère.
Dans un premier temps celle-ci va mettre sa dignité, son intégrité, sa vie en jeu, même, pour le sauver. On croit à un dévouement sans limite...
Puis on s'aperçoit qu'il s'agit surtout de se sauver elle-même à ses propres yeux. Et que pour ça, il faut maintenir son fils dans la dépendance, le laisser dans l'illusion d'une mère transcendante, sans qu'il puisse s'en affranchir. Quand ce fils, émergeant de la torpeur où il vivait, découvre cette vérité, la mère est ébranlée : remise en question par son propre fils, c'est toute son existence de mère qui perd son sens ; alors elle pète les plombs, elle lui dit qu'elle a tout fait pour lui parce qu'elle l'a fait pour elle... "Toi, c'est moi", hurle-t-elle, et on comprend qu'elle le dévore, qu'elle lui a toujours confisqué sa liberté.

Ce film pousse au paroxysme les relations fusionnelles des mères et de leurs fils, ce genre de relations qu'entretiennent certaines femmes dès qu'elles sont responsables d'un garçon, quitte à maintenir leur rejeton dans l'irresponsabilité ; le genre de relations qu'entretiennent aussi leurs garçons pour ne pas ébranler l'image de la mère transcendante, pour se maintenir dans l'absence de choix...
Mis en scène dans "Mother", avec la folie des personnages, ça rend quelque chose d'assez troublant, violent. La salle était pleine mais s'est un peu vidée pendant la séance. Un tel propos ne peut qu'heurter certains dans leur vision idyllique de la maternité et de la filiation.

La réalisation elle-même ? Superbes images mais sans esbrouffe, ambiances palpables, personnages superbes. Et une intrigue magistralement menée et une mise en scène sans concession (que j'avais déjà trouvé à ce réalisateur dans son précédent film, "the Host").
La vache, oui, ce film m'a vraiment plu...

"Tolérance", la vertu des tièdes.

La tolérance est un principe vendu aujourd'hui comme une valeur fondatrice. Mais c'est pourtant une posture destructrice. Derrière ce mot, on voudrait évoquer un discours politique très années 80, le touche-pas-à-mon-pote, le métissage, la diversité culturelle et artistique contre la morosité, le sourire contre le FN. Aujourd'hui, n'être "pas tolérant", c'est pas cool : plus encore que l'honnêteté, les institutions exigent la tolérance.

Mais c'est un dogme. La tolérance est surtout l'argument vendeur des chansons à succès, des histoires au cinéma et des stars prêtes-à-consommer. "un magnifique film sur la tolérance" ; "un livre pour apprendre la tolérance à vos enfants", etc.

D'abord, tolérer quelqu'un implique d'être dans une position de domination sur lui. Illustration simple : le préfet peut tolérer qu'une personne immigrée vive, ou non, sur le territoire. Mais cette personne peut-elle tolérer le mode de vie du préfet ? Non, parce que ça ne fonctionne qu'à sens unique. On ne tolère que ceux qu'on juge et qu'on peut innocenter ou condamner.

Et qu'est-ce que la tolérance quand on fait partie des citoyens administrés ? Si on doit tolérer la misère et l'exclusion sociale, les conditions de travail minables, la violence d'Etat, les pratiques religieuses sexistes et liberticides, les violences communautaires, l'abrutissement général des téléspectateurs par les programmes débiles, on pourrait plutôt parler de résignation, non ?

On notera que les dirigeants qui depuis 40 ans prônent la tolérance sont ceux qui attendent de nous qu'on soit bien "flexibles" et qu'on s'adapte à la violence qu'ils imposent sur leurs administrés. Un peuple tolérant est un peuple contrôlable, les flics et les grands médias tiennent leurs places, et tous nous invitent à garder le sourire et à carpe diem, à nous adapter au néolibéralisme. Quelle hypocrisie.
Tolérer le monde tel qu'il, sans rien y faire. Rivaliser de dynamisme et de sourire, mais rester mou, sans opinion, sans prise de risque. Une chose est sûre, ça demande moins d'efforts que de choisir entre : accepter les choses ou les refuser.

Autre chose : actuellement il y a un discours d'extrême-droite qui consiste à défendre la liberté d'expression totale, à dessein d'exprimer la parole raciste, antisémite, homophobe. Rien de nouveau. Déjà dans les années 30, accompagnant la montée du nazisme, la Libre Parole était le nom d'un journal raciste et antisémite en France, qui banalisait la haine. Son fond de commerce : aucune expression, même les appels aux persécutions et aux meurtres, ne devait être illégale. Or le racisme n'est pas une opinion mais un délit.

Pour progresser vers l'autre, il faut de l'acceptation, du respect. Accepter l'autre tel qu'elle est, c'est le faire sans jugement ni sentiment de supériorité. Accepter une nouvelle situation, c'est tenter de trouver les moyens d'y évoluer.

Refusons la tolérance (et encore plus, l'intolérance !)

Voici ce qu'en disait un médiatique prof de philo, Charles Pépin :
"... Comme cet homme raciste : vous tolérez deux de ses blagues mais pas trois. Qu'elle dépende d'un seuil quantitatif prouve que la tolérance n'est pas une valeur en soi. (...) La tolérance est une valeur négative ; le respect, une valeur positive. Respecter la différence, c'est aller vers elle, au risque d'ailleurs de revenir changé. Tolérer l'autre, c'est ne pas aller vers lui alors qu'on voudrait le frapper. Le respect vise le bien, la tolérance le moindre mal."

Entretien de Jean-Michel Carré, réalisateur du docu "Les Travailleu(r)ses du Sexe"

Jean-Michel Carré a d'abord fait des films sur les mutations de notre rapport au travail, sur l'enfermement en milieu carcéral, sur les conditions sociales qui génèrent malaise et délinquance. Un observateur, malin et pertinent.
"J'ai (très) mal au travail", que j'avais vu il y a deux ans, était un docu très réussi sur l'évolution du travail et de sa place dans notre société, les nouvelles pathologies, les nouvelles exigences liées au travail.

Son nouveau film est sorti cette semaine, "Les Travailleu(r)ses du Sexe", et je suis persuadé que c'est une réussite. Et puis, histoire de discuter encore de savoir si il faut abolir la prostitution ou améliorer le sort des prostitué(e)s...


Jean-Michel Carré :
"L’économie de marché a généré la multiplication des salons de l’érotisme et de sociétés d’éditions de vidéos pornographiques, au nom de la prétendue liberté du consommateur. Dans un autre domaine du travail du sexe, la prostitution est restée plus ou moins tolérée dans la plupart des pays. En France, Nicolas Sarkozy, alors ministre de l’intérieur, fait voter en mars 2003, une loi dite de « sécurité intérieure » incluant le racolage passif des prostituées. Si la prostitution devient très vite moins visible dans nos rues, la prostitution augmente considérablement sur les réseaux Internet et aux périphéries des villes, rendant à nouveau des prostituées à la merci des proxénètes et des réseaux mafieux. 
 
Qualifiée de plus vieux métier du monde, la prostitution reste un «obscur objet de haine et de désir». Elle a stigmatisé le symbole de l’exploitation de la femme par l’homme dans toutes les sociétés. Ces problématiques, je les avais traitées, il y a plusieurs années, dans un cycle sur la prostitution1 Mais depuis la loi Sarkozy, certaines femmes et
hommes revendiquent à nouveau haut et fort la volonté de pouvoir louer librement leur corps, de défendre leurs pratiques sexuelles et réclament que leur métier soit considéré comme aussi respectable qu’un autre, avec ses droits et ses devoirs. 
 
Paroles dérangeantes qui nous questionnent sur un fait de société victime de jugements moralisateurs, d’anathèmes de certaines féministes et de mépris de beaucoup d’autres. Une activité qui interroge, naturellement la sexualité, mais aussi les rapports hommes / femmes, le pouvoir, l’argent, la définition d’un travail… Une question sociétale où il est indispensable de sonder l’économie de marché qui utilise une pseudo libération sexuelle pour justifier la marchandisation de l’intime au nom de la prétendue liberté du consommateur. "


site de la prod de ce film et des autres films de ce réalisateur :
http://www.films-graindesable.com/menu.html

Interview dans l'Huma :
http://www.humanite.fr/Entretien-de-Jean-Michel-Carre-realisateur-du-documentaire-Les-travailleu-r-ses-du

1 décembre 2009

lois US et charia chrétienne

(Encore un truc exhumé de mon blog d'il y a 8 ans...)

La tendance conservatrice de la justice des Etats-Unis n’est pas nouvelle. Leur loi, plus encore qu'en France, s’articule autour de la religion et du pêché.
On peut apprécier le folklore de la Bible Belt (Ceinture Biblique), zone ultra-conservatrice, qui s’étend du Texas à la Floride, même s'il y a encore du boulot à faire pour atteindre le niveau de justice divine du Soudan ou de l'Iran. Peut-on parler d'une sorte de Chariah chrétienne ?
Voici quelques jolies lois, qui sentent fort la frustration et la violence des législateurs... ça fait rire ou ça fait froid dans le dos, mais ça éclaire bien une certaine mentalité qui perdure aux Etats-Unis.
D'autant que chaque état légifère, et parfois ça légifère à mort à une échelle plus locale encore.

dessin de janfeig
Il est illégal de jouer aux cartes dans la rue avec un indien (Globe, Arizona).

Un homme peut frapper sa femme, mais pas plus d’une fois par mois (Arkansas).

A Los Angeles, Californie, un homme peut légalement frapper sa femme avec une ceinture de cuir, à condition que la ceinture fasse moins de 2 pouces de large, ou s'il a l'autorisation de sa femme d'en utiliser une plus large.

Le flirt entre un homme et une femme est passible d’une peine de 30 jours de prison (Arkansas).

En Californie, il est interdit de vendre de l'alcool entre 2 et 7h du matin.

Il est illégal pour une secrétaire d'être seule avec son patron (Pasadena, Californie).

Il est obligatoire pour un couple dormant dans la même chambre pour une nuit d’avoir des lits séparés d'au moins 60 cm, et il est illégal de faire l'amour sur le sol entre ces lits. (Caroline du nord).

Il est illégal d’amener une cheval dans une auberge, sauf s'il porte un pantalon (Caroline du sud).

Il est illégal de sortir dans la rue vêtu de façon à laisser un doute sur son sexe (Durango, Colorado).

Dans le Minessota, les femmes risquent jusqu'à 30 jours de prison si elles se déguisent en Père Noël.

Il est illégal de changer les vêtements d'un mannequin de vitrine sans baisser le rideau (Georgie)

Il est illégal de s’embrasser plus d'une seconde (Halethorpe, Maryland)

Il est illégal pour une femme de s’asseoir sur les genoux d'un homme dans le bus ou le train, sans mettre de coussin entre eux ; peine de 6 mois de prison (Washington).

La vitesse des camions de pompier est limitée à 40km/h, même pour aller sur un incendie (Nouvelle Angleterre)

Il est illégal pour un pompier de sauver une femme en chemise de nuit. Il doit attendre qu'elle soit totalement vêtue (Saint Louis, Missouri)

Les camions de pompier doivent s'arrêter à tous les feux rouges (Nouvelle Orléans, Louisiane)

Il est illégal de servir des Bretzels avec la bière (Dakota du Nord)

Il est illégal de diffuser un film mettant en scène des officiers de police en mauvaise posture (Dakota du Sud) — mais c'est pareil en France, non ?

Les personnes malades, laides, handicapées, ou deformées au point d'être repoussantes, n'ont pas le droit de sortir en ville (Chicaho, Illinois) — au moins, même si dans les faits c'est pareil ailleurs, dans l'Illinois on ne se cache pas derrière de bons sentiments.

Il est illégal pour les femmes de plus de 100 kg de faire du cheval en short (Guernee, Illinois)

Il est illégal pour une femme d'ouvrir le courrier de son mari (Montana).

Le flirt est interdit, de même que les clins d'oeil ou les attouchements des mains (San Antonio, Texas).

Il est illégal de nier l'existence de Dieu (Vermont) — et je n'ai pas trouvé la peine encourue...

Il est illégal de se déplacer avec une arme de plus de 1m80 de long (Seattle, Washington).

Les duels au pistolet à eau sont interdits (Salem, Massachusets)

Et comme on peut s’y attendre… cinq États condamnent la sodomie entre partenaires masculins : le Texas, l’Oklahoma, l’Arkansas, le Missouri et le Kansas. Et dix états — Caroline du Nord et du Sud, Floride, Alabama, Mississippi, Louisiane, Arizona, Idaho, Michigan, Minnesota — condamnent la sodomie quel que soit le sexe des deux partenaires.

3 novembre 2009

ghetto bassquake

http://ghettobassquake.blogspot.com/
C'est le site de Ghetto Bassquake, un DJ basé à Brixton qui mixe des musiques venues d'un peu partout dans le monde, et surtout des lieux que les majors et le grand public ignorent par nos contrées.
DJ Vamanos chope des rythme de ndombolo, de techno-zulu, reggaeton, de beat-box merengue, batida surpêchue,... il capte et fait entendre ce qui fait bouger les gamins d'un peu partout en Afrique et en Amérique du sud notamment, dans les cités, les studios de quartiers, les ghettos, dans les marges des grandes villes. Au passage, il en fait un mix censé faire remuer du cul pendant des heures,
Bref, son site est une mine pour ceux qui s'intéressent aux "cultures populaires mondialisées" (c'est tout autre chose que la world, qui n'est que l'adaptation de folklores pour un public occidental en quête d'exotisme).

Ghetto Bassquake me plaît parce que j'y entrevois un lien entre des minots qui, un peu partout, font péter les caissons pour exister (et tant pis si ça dézingue parfois les valeurs morales et culturelles en place).

A Paris, les scènes ne sont pas légion pour écouter de telles influences, je me souviens du Tryptique, salle récemment disparue, sinon il y a quelques scènes, en banlieue surtout — en Seine saint Denis surtout...

dans cette mouvance, il y a aussi :
http://murkle.wordpress.com/
http://maddecent.com/blog/
http://www.greenowl.com (des perles ! des perles !)
http://www.myspace.com/majorlazer
http://reggaeton.co.uk/X/ (nourrit mon attirance vers

http://analogafrica.blogspot.com/

et pour remonter un peu dans le temps :
http://radiodiffusion.wordpress.com/ (ce que les gamins du monde entier ont fait de mieux depuis les années 50, avec des instruments branchés sur secteur)

25 octobre 2009

rétrospective Guy Maddin au centre Pompidou-pidou !

Il y a quelques jours un ami me demandait si je connaissais un certain Guy Maddin, et je lui ai répondu rapidement que c'est un cinéaste à l'univers étonnant, qui utilise les codes du ciné expressionniste muet, avec un boulot de narration entre surréalisme et pastiche.

David Cronenberg, un mec qui s'y connaît, en dit : « Étrangement touchants, drôles et tout simplement fabuleux ! Si vous avez vraiment l'intention d'entreprendre un grand voyage dans le continuum temporel de l'espace cinématographique, sautez à bord de l'un des vaisseaux spatiaux de Maddin ».

Depuis que j'ai vu The saddest music in the world il y a quelques années, je trippe, je tripppe. C'est une oeuvre qui se construit depuis les années 80 sur des influences visuelles, narratives et musicales (oui, même dans ses films muets) et plein de clins d'oeil réjouissants. C'est une façon de parler bien à lui : un cinéma étrange et intime à la fois, fascinant, terrifiant, qui décortique les fantasmes, les sales sentiments (culpabilité et le poids de la filiation) avec une drôlerie jaunâtre. Certains y verront du cinéma transgressif parce que ça bouscule les codes ; surtout, ça donne le sourire et ça fout le frisson.

Rétrospective du 15 octobre au 7 novembre 2009
au centre Pompidou : infos ici

Dimanche 25 Octobre 2009
17:30    Des trous dans la tête ! - 2006 noir et blanc (95'), précédé du court métrage Footsteps

Mercredi 28 Octobre 2009
20:00    Dracula, Pages tirées du journal d'une vierge, Guy Maddin, 2001 noir et blanc (75')
La rencontre entre le personnage créé par Bram Stoker et les 1ère et 2ème Symphonies de Gustav Mahler, irriguée par la poésie de Guy Maddin

Vendredi 30 Octobre 2009
20:00   Archangel - 1990 noir et blanc (83')
Précédé des courts métrages The Heart of the World et Night Mayor (inédit, sous réserve)

Samedi 31 Octobre 2009
17:30    Tales from the Gimli Hospital - 1988 noir et blanc (72')
Précédé des courts métrages The Dead Father et Hospital Fragment

Samedi 31 Octobre 2009
20:00    Des trous dans la tête ! - 2006 noir et blanc (95')
Précédé du court métrage Footsteps.

Dimanche 1 Novembre 2009
17:30    The Saddest Music in the World - 2003 noir et blanc et couleur (99')
précédé du court métrage My Dad is 100 Years Old, d'Isabella Rossellini et Guy Maddin

Mercredi 4 Novembre 2009
20:00    Et les lâches s'agenouillent... - 2003 noir et blanc (65')
précédé du court métrage Les Chants d'amour - Cahiers de brouillon (4 segments d'un film perdu)

Vendredi 6 Novembre 2009
20:00    Le crépuscule des nymphes de galce - 1997 couleur (92')
Précédé du court métrage Odin's Shield Maiden, de Guy Maddin

Samedi 7 Novembre 2009
17:30    Guy Maddin : en attendant le crépuscule, Noam Gonick, 1997 couleur (60')
Une séance autour du documentaire inédit de Noam Gonick, accompagné du film de Marie Losier et des courts métrages de Guy Maddin, pour mieux comprendre cet artiste hors normes.

Samedi 7 Novembre 2009
20:00    Careful - 1992 couleur (100')
Précédé des courts métrages Odilon Redon (version 1995) et Glorious (inédit)

20 octobre 2009

derrière le béton, les décombres

Est-ce l'approche de l'hiver, le froid qui nous entoure peu à peu ? Est-ce l'hégémonie d'une société archi-policée, policière, où les franches rigolades, les joies collectives ou les grandes colères, sont si rares ? Est-ce l'effacement des teintes chaudes et les nuits plus longues ?

Les crépis se craquèlent ; les atours et les enveloppes, malgré leur bonne facture, tombent ; le vernis finit par s'écailler. Le carrelage, la jolie peinture glycéro brillante finira par laisser voir le fouillis de câbles jusque là cachés, la poussière, les détritus et les gravats. Sous les pavés la plage ? Peut-être, mais derrière le béton, les décombres.

J'aimais jusqu'ici prendre en photo des chantiers immobiliers ou des sites détruits parce qu'ils étaient les squelettes de la ville, les structures urbaines en devenir ou bien détruites, sites d'activité industrielle aux ouvriers agglutinés autour des machines-outils et des Algeco. Or cette réalité-là n'est pas circonscrite aux sites industriels, elle n'est pas réduite aux lieux en transformation : la structure nue de notre environnement est partout. C'est un certain regard sur les choses : soudain, le vernis tout neuf, le joli ravalement, le mur kärchérisé, la bossa nova égrenée des hauts-parleurs sur les quais du métro, la rue fraîchement goudronnée, les enseignes et les espaces verts bien tondus, tout cela s'avère le cache-misère qui nous permet de ne pas penser à, de ne pas constater la ruine.
Quand on mate l'image d'un sourire publicitaire sur une affiche, quand on voit les beaux panneaux colorés en plexiglas qui recouvrent la devanture du centre commercial, ou les rayonnages des supermarchés —"les vitrines du capitalisme" comme disaient les commandos antipub — c'est le déclin de notre monde que je fixe. C'est la fine couche de cosmétique qui couvre le réseau nerveux abîmé, l'étoffe soyeuse qui cache le squelette branlant.

La gueule du cache-misère en dit long sur la misère. Voyeur que je suis, je me mets à photographier les tentatives des municipalités, des industries, des autorités... de rendre notre monde plus acceptable, plus décoré, les tentatives d'en sauver les apparences. Les sourires, les revêtements, les produits équitables, les couleurs pastel des packs lé, les effets d'annonces, et les campagnes pour le bio.
Parce qu'on ne peut plus être dupe : ce qu'on appelle l'ordre public n'est que le vernis d'un monde dévasté, dans lequel on a pris l'habitude d'évoluer.

"Faut pas payer !" de Dario Fo - du 13/11 au 13/12


"Faut Pas Payer !" - Une pièce qui parle comme on vit.

Ecrite par Dario Fo dans la crise de l’Italie des années 70, "Faut Pas Payer" raconte une crise qui plonge des travailleurs dans la pauvreté... Elle parle du refus de la fatalité, de la désobéissance, de la solidarité.

Une pièce de boulevard politique,
du théâtre populaire comme on aime !

Au théâtre La Belle Etoile
du 13 novembre au 13 décembre 2009

Du jeudi au samedi à 20h30, dimanche à 16h
Réservations conseillées au 01 49 98 39 20
Tarifs 18 et 10 Eu - resto léger sur place.

La Belle Etoile,
14 rue saint-Just, La plaine - Saint-Denis (93)
M° Porte de La Chapelle -
Bus 153 arrêt Eglise de La Plaine

Infos ICI
et site de Jolie môme ICI

11 octobre 2009

"Bien dans ma vie !" le journal des pauv' Barbie !


Il y a quelques temps sévissait un magazine féminin (une magazinette ?) pour meufasses bien décérébrées : "Bien dans ma vie !" dont les pubs ornaient des couloirs de métro. Un peu comme ISA ou Jeune & Jolie mais en plus grave : "Bien dans ma vie !" devait donner aux lectrices le sentiment d'être libérées, maîtresses de leurs choix et de leurs désirs. 

En fait, les articles proposent aux femmes de se maintenir dans un rôle fonctionnel, où on les a tenues depuis des siècles en Europe. Les femmes y ont une fonction décorative : être le faire-valoir des hommes, les seconder dans leur vie matérielle, n'exister que pour/par eux.

La lectrice de Bien dans ma vie se conforte dans l'idée que seule l'intuition (qualité féminine, on le sait) doit la guider, et que réfléchir, décider, c'est prise de tête. Le dieu-consommation règne dans les pages : on collectionne les mâles pour prouver sa féminité, on réduit les hommes et soi-même à des biens consommables pour éviter toute effusion de sentiments.
Ne pas penser, ne jamais s'arrêter sur soi, ne pas prendre parti, n'exister que par son statut de femelle : séduire pour réussir, jouer de ses atouts sexuels...

"Soyez vous-mêmes, faites ce que vos désirs vous dictent". C'est tout le talent des communicants : faire une promesse de liberté en serrant plus fort les chaînes.

Dans le genre, "Bien dans ma vie !" bat un record : ça valait bien un hommage...

6 octobre 2009

La version Star Trek de l'UMP

Dans mon 19ème arrondissement parisien, les élus UMP tentent de paraître jeunes et dynamiques, au moins en photos, sur les affiches. Sans doute conseillés par des communicants gavés de séries télé, ils revêtent les atours des héros des films d'action américains.


Jean-Jacques GIANNESINI et Anne-Constance (oui, oui...) ONGHÉNA sont nos nouveaux sauveurs ; regards de défi, mains sur les hanches, ils portent leur suffisance en étendard, et montrent qu'ils sont prêt à nous impressionner, à faire du spectaculaire.

Action, émotion, aventure...  Prochainement, retrouvez vos élus UMP  dans : "Star Trek V.19"

17 septembre 2009

"Violent days", de Lucile Chaufour



"Violent Days" est le premier long-métrage de Lucile Chaufour. Une fiction en forme de road-movie : 4 copains aux allures rockabilly, dont une belle blonde peroxydée façon pin-up des fifties (Serena Lunn), se préparent à aller voir un concert au Havre. Pour les mecs, cette soirée est un exutoire, un moment qui leur donne la liberté de faire des conneries, de se balancer de la bière à la figure, de se bourrer la gueule avant de prendre le volant.
Tout au long de cette narration, s'incrustent des interviews d'autres fans de ce rock dont Gene et Elvis sont les grandes icônes ; ils disent comment la musique leur est salvatrice. En famille, au boulot, dans les bars, ils racontent comment le rock, l'attitude, la musique, la bière, les groupes de potes, sont des exutoires qui leur permettent de vivre au-delà de leurs contingences — parce que pour le reste, fonder une famille, se coltiner les corvées à la maison et subir les patrons au boulot, c'est bien obligé.
Chaufour entremêle très étroitement la narration fictive et les interviews, faisant même passer les voix des vrais témoins pendant les images de la narration fictive, ce qui rend la fiction d'autant plus en phase avec le propos du film : comment le manque, les cités et l'usine ont fait naître ces rebelles sans causes, affirmant si brutalement leur virilité, leur simple existence, un peu voyous parce qu'il faut bien s'occuper.

Ce beau film se déroule dans un miraculeux noir et blanc granuleux, un peu cramé, une ambiance qui me rappelait l'ultraréalisme du moyen métrage de Jean-François Richet, "état des lieux".

C'est une histoire commune sur des hommes en quête de dépassements. Elle se termine au petit matin qui suit le concert, et ce ne sont pas les hommes qui apparaissent dans la dernière séquence...

voir la géopolitique avec des oeillères

Vu dans le métro aujourd'hui, un grand sticker :
"les crimes contre l'humanité /
concernent TOUTE l'humanité /
Boycott Israël"

La couleur de fond, jaune cru, était celle des stickers d'Europalestine. Le message fait appel à un véritable altruisme : même si ça se passe loin de chez nous, cela nous concerne, nous avons un avis à donner, une aciton à entreprendre. Et c'est certain, Israël mène une politique criminelle que nous pouvons dénoncer.
Or mon exécration des propagandes réductrices, débiles et haineuses, m'a déjà poussé à mieux connaître les organisations qui en sont les auteurs. J'en connais un peu la rhétorique simple : Europalestine, comme le CAPJPO et d'autres, utilisent les milieux de gauche pour véhiculer un antisioniste sans nuance, qui n'est la plupart du temps qu'une méfiance du monde juif, voire un antisémitisme carrément assumé (même si personne ne se dit ouvertement "antisémite").
Ces organisations n'envisagent qu'un seul frein à l'épanouissement du monde, à savoir un axe du mal Américano-sioniste. Elles servent plus ou moins directement les partis populistes et souvent religieux qui tentent de fleurir dans le monde arabo-musulman. Et dans cette obsession, ils en oublient de pointer non seulement les autres maux qui accablent les peuples arabes — despotismes, fondamentalismes, corruption des pouvoirs — mais surtout d'autres criminels contre l'humanité qui sévissent sur la planète.
Jamais je n'entends ces voix-là dénoncer les crimes du Rwanda, du Darfour, du Tibet ou du Sri-Lanka. Des victimes très nombreuses, selon des méthodes presque industrielles et des idéologies complètement tarées. Ces voix-là n'en parlent pas, parce que ces voix-là sont un outil de propagande anti-israélienne, nous ne les entendrons que dénoncer, en exagérant volontiers, les fautes dont Israël se rend coupable.

En lisant le texte, j'ai eu tout de suite envie d'ajouter :
"TOUS les crimes du l'humanité concernent TOUTE l'humanité".
... ce qui ne paraît pas du tout évident à Europalestine