17 février 2012

les produits infantilisants pour adultes BIO

Il y a des gens qui choisissent un mode de vie en marge des diktats industriels, évitant les injonctions à consommer et à rejeter des déchets. Chauffage au bois, panneau solaire, chiottes sèches, petit potager ou agriculture du coin, coopératives locales, vêtements reprisés si nécessaire ... tout en admettant certains compromis polluants, parfois inévitables (voiture ou ordinateur). Ces gens choisissent souvent des activités en accord avec des principes d'équité et de partage, évitant celles qui génèrent des luttes de pouvoirs, des conflits et de la misère. Pour ces gens, pas besoin de labels "éthique", "AB" ou "équitable" : en vivant selon leur utopie, ils respectent de fait le monde dans lequel ils vivent.

D'autres n'ont pas choisi ce mode de vie mais ont à coeur de manifester leur bonne volonté. Parce qu'être bio, être éthique, c'est bien, c'est bon. Consommer bio & éthique, c'est tenter de se faire du bien dans son corps tout en affichant les labels de circonstance, labels de vertu qui permettent de montrer à tous qu'on rend le monde meilleur, puisqu'on agitpourlaplanète (du verbe agirpourlaplanète). Ouais, c'est vraiment bien... Quand on croise d'autres membres  de la communauté bio & éthique, on peut même échanger un petit salut de reconnaissance, comme le font les bikers.
vêtement pour femme, vendu sur le site Eco-sapiens.
Mais encore faut-il être reconnaissable, et arborer cette sorte d'uniforme qui atteste de l'appartenance à la communauté. S'habiller de sarouels et d'autres vêtements ethniques en coton bio orange, verts ou violets. Acheter dans les lieux spécialisés, marchés ou supermarchés bio où, en investissant de fortes sommes pour acheter des denrées saines, on garantit l'allègement de la conscience. Rouler en vélo, si possible en méprisant les codes de conduites auxquels doivent se conformer ces gros cons en bagnole. Porter son bébé dans une écharpe dont la pose nécessite un apprentissage de 2 mois et ne lui offrir que des jouets en bois-développement-durable. Tout un ensemble d'attentions quotidiennes qui prouvent qu'on en est...

4 février 2012

L'ÉTAT VOUS AIME, AIMEZ L'ÉTAT !

L'ÉTAT VOUS AIME, AIMEZ L'ÉTAT !

Culture pour chacun pour soi (4) - les politiques publiques par la séduction.

Cet article fait suite (-et-fin) à trois autres textes sur le projet "Culture pour chacun"
(1)- l'évolution de l'action culturelle d'État
(2) - comment on a élaboré la "doctrine"
(3) – l’enterrement.


Il y a un an, le 4 février 2011, Frédéric Mitterrand, ministre de la culture, célébrait son projet de « Culture pour tous, Culture pour chacun, Culture partagée », lors d’un grand forum à Paris. Les jours suivants, le projet, initié quelques mois mois plus tôt par le rapport « Culture pour chacun », était laissé pour mort. Sur le très coûteux site du ministère, la rubrique Culture partagée fait apparaître les étapes de ce projet : le dernier texte y fut posté le 3 février 2011. RIP.

« Pour chacun », « pour tous », « partagée » ou sans slogan… Quel que soit l’idée que le ministre voulait associer à la culture, le rapport « Culture pour chacun » marquait par sa bêtise et son inaptitude.

Mais comment a-t-on pu pondre un tel rapport, engageant l’Etat et les pouvoirs publics ? Comment la Fonction publique, structure théoriquement neutre et sans enjeux commerciaux, voit-elle certaines de ses structures devenir si viles et si serviles face aux industries et aux actionnaires ?



13 décembre 2011

Challenge

Challenges, magazine d'économie lu par les acteurs de l'économie, nous a proposé une belle couverture fin novembre. D'abord, en exergue du titre de cet hebdo, il y a cette question : "que dit l'économie cette semaine ?"
Pour rappel, l'économie est un concept très large qui rassemble la finance, le commerce, le monde bancaire et toutes sortes d'échanges monétaires (ou non). Autant dire qu'elle est aussi impalpable qu'impersonnelle. Alors quand elle nous "dit" quelque chose, on peut s'attendre à percevoir un ensemble de tendances, de rumeurs, un bruissement, sans personne pour l'incarner. Les lecteurs de Challenge sont donc invités à se fier à un mouvement général aussi arbitraire que le temps qu'il fait (genre "que nous dit la météo aujourd'hui ?")


Mais en couverture du N° 277, il y a une citation d' Alain Tavarella, président fondateur d'Altarea Cogedim (un gros machin gestionnaire de biens). Ce qu'il nous dit importe peu, (qu'en ce qui concerne l'immobilier "il n'y aura pas de baisse franche", mais bon, c'est normal, c'est tout ce qu'il peut souhaiter). Ce qui m'a fait réagir, c'est qu'il fait la Une pour édicter sa vérité. Là, tout à coup, il y a un visage, un nom, un propos personnel.
Et Challenges révèle ainsi une vérité pas forcément assumée : derrière l'économie, il y a des humains. Derrière un ensemble de tendances qu'on nous invite à suivre, il y a des acteurs, des experts qui donnent le "ton", des décideurs influents qui tentent d'imposer les tendances. Challenges rappelle aussi, involontairement, que l'on a le choix : prendre à la lettre les préconisations, les opinions personnelles de ces gens qui ont tout intérêt à gagner des billes... ou pas.

Je propose de changer la couv' et de lui faire dire "Challenges / que disent les pontes du commerce ?" Ce serait plus assumé.

2 décembre 2011

les touristes de Panurge


On les voit par troupeaux, massés sur les parcours obligés du tourisme international. Ils veulent tous prendre la MÊME photo, s'amusent tous de la MÊME mise en scène. Les touristes s'imaginent parfois qu'il faut adopter les gestes de tous les autres touristes pour réellement profiter de son séjour. On le voit ailleurs, dans ce montage du bisou au sphynx, cette tradition à laquelle on devrait céder quand on "fait" l'Egypte.

En passant par le Louvre, la gros des touristes ne déroge pas à la règle : la règle consiste à lever la main devant la pyramide du Louvre ; quelqu'un prend la photo et en jouant de la perspective, c'est comme si l'on posait la main sur la Pyramide ! alors chacun prend la pose, avec sur la figure la fierté insensée de ceux qui viennent de trouver une astuce géniale.

























12 novembre 2011

Culture pour chacun pour soi (3) – l’enterrement.

Cet article fait suite à deux autres, sur la Culture pour chacun :
(1)- l'évolution de l'action culturelle d'État
et 
(2) - comment on a élaboré la "doctrine" 


Le rapport « Culture pour chacun » publié en septembre 2010 fut rédigé par deux conseillers ministériels, (Guillaume Pfister et Francis Lacloche, qui pour l’occasion se firent valets de l’industrie culturelle). Il fut tellement critiqué par les acteurs des milieux culturels, par des personnalités politiques, par des citoyens en colère, qu’il est aujourd’hui caduc. Poubelle. Le Ministre de la culture Frédéric Mitterrand tenta, de noyer le poisson, de choyer les passions, par un autre projet appelé « culture pour tous, culture pour chacun, cultures partagées », sans gagner en crédibilité.
Le Ministre est désormais vu comme un pantin sans idées viables, ayant pour principale préoccupation de redorer le blason de son portefeuille ministériel. Une tendance « qui a parfois conduit la Rue de Valois à trop se livrer aux seuls délices de la communication et à devenir un singulier ‘magistère de la culture’ », comme l’a dit dans le Figaro Jean-Jacques Aillagon, ancien ministre de la culture. Jacques Drillon dans le Nouvel observateur a vu en Frédéric Mitterrand l’incarnation de l’homo festivus, figure conceptualisée par Philippe Muray, et « une sorte de Paris-Plage fait homme ».

Le rapport pondu est plein ras la gueule de la doctrine libérale : les orientations culturelles de l’État devront servir le marché du divertissement et des loisirs. Comme on l’a vu, les auteurs du rapport se fondent sur des discours, des études, des rapports ministériels, des recherches universitaires... Sauf qu’ils n’hésitent pas à en dévoyer le propos, pour coller au plus près des préconisations des secteurs commerciaux (voir le rapport d’Elise Longuet).


Les auteurs du rapport « Culture pour chacun » tentent de se légitimer en citant Malraux, et son discours prononcé le 27 octobre 1966 à l’assemblée nationale : « Dans l’un des cas, il s’agit, en aidant tout le monde, de faire que tout le monde aille dans le même sens – dans l’autre cas, il s’agit que tous ceux qui veulent une chose à laquelle ils ont droit puissent l’obtenir. Je le dis clairement : nous tentons la culture pour chacun. ».
Mais Pfister et Lacloche prêtent à Malraux des intentions qu’il n’avait pas, et nous servent le constat suivant, embrouillé et obscur :
« Depuis, la démocratisation culturelle et plus encore, la démocratie culturelle, ont été revendiquées par chaque ministre de la culture. Malgré de louables efforts et souvent d’excellentes initiatives1, le temps a manqué à la majorité d’entre eux pour que le ministère puisse réellement construire ce que Jacques Levy appelle un rapport au monde, commun aux membres d’une communauté.
Si, dans la continuité de cette approche, on définit la culture comme constitutive du rapport social en ce qu’elle est fondamentalement rapport au monde et mise en commun au sein d’un groupe social, alors l’enjeu de la culture pour chacun est non seulement une exigence fondamentale de l’action publique mais, en temps de crise, une absolue priorité. Démocratiser la culture ce n’est plus aujourd’hui simplement amener la culture aux populations mais les impliquer dans un processus actif d’appropriation et de création visant à l’émergence de ce rapport social. »

Par cette prose emmêlée et boursouflée, les auteurs définissent la culture comme « constitutive du rapport social », « rapport au monde » sans expliquer ce qu’ils entendent par là ; et sans aucune définition ni explication, ils assènent que la priorité en temps de crise doit être la « culture pour chacun ». Emballé-pesé, et si cela vous paraît flou, démerdez-vous. Cependant, ils n’oublient pas de faire une promesse séduisante : impliquer les populations dans « un processus d’appropriation et de création ». Mais on verra ici que ce qui est préconisé par les auteurs va à l’encontre de l’appropriation de la culture telle que l’entendaient Vitez, Malraux et les initiateurs de l’éducation populaire…

Après une louange des précédentes opérations que les pouvoirs publics ont menées pour attirer les foules, le rapport aborde les deux objectifs du ministère, dans une stratégie « redéfinissant dans sa globalité l’inclination du Ministère » (sic !). Il s’agit :
- de s’attaquer à l’intimidation sociale, concept qui légitime la diffusion des programmes populaires, suffisamment divertissants pour qu’ils ne puissent intimider personne, même s’ils ne sont plus culturels.
- d’affirmer la diversité des modes d’expression, vœu pieu de l’action culturelle depuis des décennies.
Pour poursuivre ces deux objectifs, les pouvoirs publics jouent de flatterie et de séduction afin d’afficher leur volonté de ne pas paraître élitiste.

Plutôt que d’entrer dans les détails du rapport, revenons sur les analyses critiques faites par d’autres : citoyens militants, syndicalistes, acteurs de la culture ou du monde politique. Ces nombreuses voix qui se sont fait entendre, ces nombreux acteurs qui ont organisé blocages et rassemblements pour démystifier cette entreprise, jusqu’en Avignon durant l’été 2011.
Ce sont ces prises de positions qui ont permis à la population de lire le rapport entre les lignes et d’en comprendre les enjeux réels.


Le projet était à l’agonie, il fallait l’achever !

Au sein des institutions politiques d’abord, ça a bien grondé. Fin 2010, l’opposition au sein de l’Assemblée nationale déplorait aussi le manque de moyens apportés aux politiques culturelles, alors même que le ministère vantait les objectifs affichés de la Culture pour chacun. Marie-Odile Bouillé, députée PS, a ainsi attaqué les aspects du Projet de loi de finances pour 2011, dans un Avis présenté à l'Assemblée Nationale le 14 octobre 2010 :
« La totalité des anciennes actions ‘patrimoine écrit’ et ‘patrimoine cinématographique’ du programme ‘Patrimoines’, la totalité de l’ancienne action «livre et lecture» du programme ‘Création’ et la majeure partie de l’ancienne action ‘industries culturelles’ du programme ‘Création’, ainsi qu’une partie des crédits centraux et déconcentrés consacrés au livre au sein des actions ‘enseignement supérieur’, ‘éducation artistique et culturelle’ et ‘accès à la culture’ du programme ‘Transmission des savoirs et démocratisation de la culture’ ont été transférés vers le nouveau programme ‘Médias et industries culturelles’ ». (16)

Elle note l’infaisabilité des projets Culture pour chacun, du fait des réductions budgétaires. Attention, ici, on parle chiffres :
« S’agissant du programme « Transmission des savoirs », le tableau est sombre, les crédits de paiement sont en forte baisse (- 7,57 %) alors que le programme est déjà mis à mal depuis plusieurs années. Cette baisse s’explique selon le ministère par le transfert de crédits vers le Centre national du cinéma et de l’image animée. (…). Les autorisations d’engagement sont elles aussi en baisse à - 2,85 % alors même que le ministre a fait de la « culture pour chacun » son cheval de bataille. »
Elle fait référence au rapport n° 2823 de programmation des finances publiques 2011 - 2014 :
L’objectif de maîtrise des dépenses et de réduction de l’emploi public reste une priorité sur la période 2011-2013 pour les opérateurs de la mission, qui appliqueront les règles de non- remplacement d’un départ à la retraite sur deux et de réduction des dépenses de fonctionnement de 5 % dès 2011. Cet effort doit se traduire par une diminution de 297 équivalents temps plein à horizon 2013.

Après avoir énuméré les baisses de financement pour le spectacle vivant en 2011 ou pour le programme création d’ici à 2013, Marie-Odile Bouillé rappelle surtout les très fortes baisses de crédits vers les collectivités territoriales :
« En nombre de bénéficiaires, les plus touchés cette année sont les festivals (-61,02 %), du fait du recentrage du ministère sur les festivals plus importants, au détriment d’une politique d’aménagement culturel du territoire ambitieuse. Les scènes de musiques actuelles sont également très touchées (- 45,86 %) suivies par les orchestres permanents (- 13,64 %). En termes budgétaires, les scènes de musiques actuelles perdent plus de 26 % de leurs crédits, les festivals un peu plus de 5 % et les scènes conventionnées 4 %. À l’inverse, on saupoudre les crédits à destination des lieux de création et de diffusion non labellisés avec une hausse de plus de 78 % des bénéficiaires pour des crédits en baisse de 0,27 %. La subvention moyenne de ces structures passe ainsi de 140 606 euros en 2010 à 78 720 euros en 2011 ! Les collectivités locales devront-elles compenser le différentiel ? »

Alors que le rapport CPC se drape dans la volonté de démocratisation, Marie-Odile Bouillé relève l’ironie de la baisse du crédit pour le programme « Transmission des savoirs et démocratisation de la culture » : celui-ci « sera doté de 471,98 millions d’euros en autorisations d’engagement (- 2,85 % par rapport à 2010) et 433,11 millions d’euros en crédits de paiement (- 7,57 %) ».
D’où une cruciale question : « Comment parler de démocratisation de la culture et développer une véritable politique d’aménagement culturel du territoire sans ses structures ? Comment seront-elles demain financées ? »

Jerome Bouet, Inspecteur général des Affaires culturelles, publiait en octobre 2010 un autre rapport qui prenait le contre-pied de la Culture pour chacun, « 21 propositions pour relancer le partenariat entre l’Etat et les collectivités territoriales dans le domaine culturel. » M. Bouet y expliquait que la charge sonnée par la « Culture pour chacun » contre la démocratisation de la culture était infondée :
« Le ministre a placé son action sous l'emblème de «la culture pour chacun». Dans la lettre de mission à l'auteur du présent rapport, il indique que «l'action de l'État comme la coopération avec les collectivités territoriales doivent être placées sous le signe de l'ambition démocratique et du partage de la culture au bénéfice du plus grand nombre ». (…)
« Le jugement porté sur le travail accompli en la matière depuis 30 ans paraît inutilement sévère. On ne devrait pas sous-estimer les résultats obtenus. Ce qui manque, c'est la circulation d'information sur les bonnes pratiques. Dans le cadre de la politique de la ville par exemple, le principe de la diversité culturelle a été mis en oeuvre avec beaucoup de profit. » (…)
« Les institutions culturelles ont beaucoup investi pour attirer de nouveaux publics, développer la médiation, l'action vers le milieu scolaire ou inventer de nouvelles formes de propositions artistiques. Un grand nombre de professionnels et d'artistes se sont mobilisés. »

M. Bouet insistait sur l’importance de l’action territoriale à mener : l’action des DRAC — que le pouvoir en place démantèle peu à peu ; les « politiques de la ville » ou celles menée en milieu rural ; le nécessaire dialogue avec les institutions subventionnées. Tout cela est indispensable à cette démocratisation dont le gouvernement voudrait sonner le glas.

 
La société civile monte au filet

Jean-Pierre Vincent fut, de 1975 à 2001, directeur du Théâtre national de Strasbourg, de la Comédie-Française et du Théâtre des Amandiers à Nanterre. Il publia une tribune pour le SYNDEAC "défense de l'art pour tous" dans Le Monde du 8 décembre 2010.
Il y démêle le vieil amalgame entre « art » et « culture » — amalgame dont se nourrit le rapport, qui use avec abus du terme « culture » sans jamais parler d’art :
« Le mot "culture" est d'un emploi délicat. Sa polysémie finit par le rendre flou. Il se présente ici dans l'acception inaugurée par André Malraux - le texte se réfère à son discours de 1966 pour présenter son budget à l'Assemblée. André Malraux ne pouvait pas nommer son ministère d'Etat "ministère de l'art" (encore moins des "beaux-arts"). Pour le Général, cela n'aurait pas fait sérieux. La claire ambition à l'époque était la diffusion la plus large possible dans le corps social de la création et du patrimoine artistiques. Cette orientation venait en droite ligne du programme du Conseil national de la résistance : plus jamais ça, plus jamais la présence de la bêtise meurtrière au pouvoir, plus jamais le déshonneur culturel.
(…) Ce glissement entre art et culture a été la source ultérieure de bien des confusions. Dans son discours, André Malraux parlait d'art et de République. On cherche ces mots dans le programme ministériel d'aujourd'hui. "Culture" est devenue bien souvent, à droite comme à gauche, un prétexte pour ne plus parler de l'art et de sa fonction éclairante, libératoire.
»

Le rapport « Culture pour chacun » s’oppose à l’idée que Malraux se faisait du communisme, qui tentait, « en aidant tout le monde, de faire que tout le monde aille dans le même sens ». M. Vincent revient sur ce préjugé :
« A-t-il jamais été question d'enfourner une culture de masse uniformisée dans les têtes des Français ? Nos messieurs feignent d'identifier là un danger collectiviste persistant. Curieux phénomène : les régimes communistes ont certes échoué, mais l'anticommunisme se vend toujours bien...
La "culture pour chacun" est une modulation de la fameuse RGPP, réforme générale des politiques publiques. Il s'agit de "réformer" (rationaliser, réduire les coûts, simplifier la tâche de la caste dirigeante) tout ce qui est ou a été "politique publique" (…). L'essentiel est de rabâcher : "La démocratisation culturelle a échoué". "La culture est le principal ennemi de la culture". "L'art a un effet d'intimidation sociale"... Les poubelles de la médiocrité sont ici activement recyclées.
»

Verdict :
« L'effet réel de ce micmac pour chacun serait de créer une culture à deux vitesses : que les riches retrouvent leurs aises à l'Opéra et dans les lieux privilégiés, et qu'on organise partout des stages et des festivals de hip-hop et de slam et des défilés de géants. Les artistes eux, créateurs ou interprètes, et leurs amis animateurs, techniciens, sont bons pour la poubelle de l'Histoire, avec André Malraux par-dessus, malgré l'hommage hypocrite à lui rendu. »

Moins enthousiaste sur les réussites de la démocratisation culturelle, André Rouillé, Maître de conférences en Art, philosophie & esthétique à l’Université de Saint-Denis, a publié une tribune dans Paris-Art le 13 janvier 2011 : La culture par gros temps.
« la «culture pour tous», qui a scandé la vie culturelle française durant la deuxième moitié siècle dernier, reposait également sur une fiction. Une utopie. Mais elle était généreuse, voire œcuménique. Elle irradiait d'une ferveur démocratique et d'une croyance en les vertus d'une culture si assurée qu'elle se pensait universelle.
Dans un esprit républicain d'égalité et de fraternité, la «culture pour tous» envisageait pour le peuple le destin d'être uni, et pour ses membres celui de bénéficier tous des mêmes privilèges. (…)
Par une cynique inversion des valeurs, l'excellence n'est plus considérée comme un principe de rassemblement, d'unité et d'élévation du peuple, mais comme un facteur de division, de marginalisation, d'«intimidation sociale» qui frapperait «ces groupes sociaux exilés d'une culture officielle trop éloignée de leurs modes d'existence»
Les utopies ont fait place au pragmatisme! L'ambition n'est plus d'élever «chacun» au-dessus de sa condition pour l'intégrer à la communauté de «tous». L'objectif est au contraire de maintenir «chacun» dans les limites restreintes de sa culture et de ses savoirs, quitte à procéder à une «mutation des frontières du champ culturel» en intégrant en son sein une «culture populaire» réduite aux pratiques «amateurs», «urbaines» et «spontanées» » (…)
« L’extravagante notion d'«intimidation sociale» imputée à la «culture pour tous» dans le but de masquer que les causes véritables de la rupture du lien social sont ailleurs, dans les multiples formes d'exclusion, de discrimination et de répression.
»


Le 4 février 2011, le Ministère a organisé un forum à La Villette à Paris, forum ayant réuni un petit nombre de convaincus à la gloire des slogans vides de la Culture pour chacun. Ce jour-là, Marie-José Sirach publiait dans l’Humanité « La culture pour chacun, aux vents mauvais du libéralisme ».
« Il ne s’agit plus de “rendre populaire” mais de faire accéder le populaire au rang d’intérêts culturels de notre patrimoine et de la création française ». Dès lors, on glisse « d’une culture pour tous invitant la société à adhérer à un consensus intellectuel (…) vers une culture pour chacun entendant reconnaître la diversité de la culture, des cultures ».
« Le travail en direction du public, des plus jeunes en partenariat avec l’éducation nationale, est la preuve d’une indéniable volonté de rendre accessible au plus grand nombre les choses de l’esprit. Cette réalité-là, ce constat partagé par l’ensemble des professionnels sur le terrain, à l’exception notable du ministère, est le fruit d’une politique imaginée par des hommes qui avaient une haute idée de la culture et de l’art. Il semble bien, de nos jours, que seuls des comptables élevés au libéralisme décident de tout et surtout de saborder des outils qui ont fait leurs preuves. Ici, on compresse au nom de la RGPP. Là, on gèle les subventions, fragilisant encore plus une économie sous perfusion. Et la palme du cynisme ne revient-elle pas au Monsieur Culture de l’Élysée, qui préconise “un retour à l’État modeste”… ? »

Marie-José Sirach rappellait la position du Syndéac défendue par Jean-Pierre Vincent (citée plus haut) : « la CPC est une mise en pratique, en idéologie, de la fameuse RGPP » !

A la suite du forum du 4 février, SUD Culture Solidaires publiait un communiqué. Le syndicat dénonçait la conception soutenue par Sarkozy en septembre 2008 (« la culture est indispensable au bon fonctionnement de l’économie capitaliste ») :
« Cette conception, c'est celle véhiculée par les industries médiatico-publicitaires, c'est la culture marchandisée, c'est la culture de marché qui pourra, du moins l'espèrent ses promoteurs, étendre à l'infini la consommation « de masse » des produits culturels formatés, selon les techniques éprouvées du marketing, pour offrir soit-disant à chacun ce dont il aurait besoin pour assouvir sa soif légitime de culture. (…)
La « culture pour chacun » est un concept pseudo racoleur et qui sent trop l'air du temps de l'identité nationale et de l'individualisme débridé. (…) Pour SUD Culture, en aucun cas la culture ne saurait être considérée comme ‘l'instrument’ de la constitution ‘d'un corps social unifié’.
»
Le syndicat concluait que « la garantie de la diversité culturelle, de l’équité territoriale et de conditions d’accès à la culture égales pour tous est le fondement de la politique culturelle à mettre en oeuvre. Celle-ci doit en effet se construire sur les bases suivantes :
* la prise en compte des pratiques artistiques dans leur diversité ;
* la démocratisation et le développement culturels au niveau local s’appuyant sur l’économie sociale et solidaire en partenariat avec les pouvoirs publics (État/collectivités territoriales). »

J’invite à retrouver ici l’analyse que SUD Culture avait publiée le 11 janvier 2011 sur la Culture pour chacun .

Quelques jours plus tôt, le 1er février 2011, le CIP-IDF (Collectif des Intermittents et des Précaires d’Île-de-France) appelait au blocage du forum par un texte éclairé et combatif, disponible sur leur site. On y lit :
« Quel rôle le Président de la République, le ministre de la Culture, l’auteur de la CPC donnent-ils à la culture ?
C’est d’abord et avant tout une culture dont les acteurs essentiels sont devenus les médiateurs, les prescripteurs, les programmateurs, les commissaires. C’est une culture où les artistes, les techniciens, les intermittents sont ignorés. Chacun de ces auteurs semblent soit ignorer le mot artistes (dans le programme de la CPC le mot art n’apparaît qu’une fois), soit déplorer leur trop grand nombre : « Vous lutterez contre les abus au régime d’indemnisation des artistes et techniciens du spectacle et inciterez les partenaires sociaux à limiter l’accès à ce régime aux professionnels et fonctions qui le justifient » (M. Sarkozy).
La culture pour eux est d’abord et avant tout une question de programmes dans tous les sens du terme : programme de gouvernement, programme d’investissement, programme de communication, programme éducatif, programme d’ordinateur, programme internet, programme de théâtre ou de chaînes télévisée. La culture est un problème de tuyaux qui permettent de réguler, diffuser, contrôler la distribution de produits artistiques. La CPC, c’est une usine à gaz distribuant les productions de l’industrie culturelle privée sous les lunettes de planificateurs Brejneviens.
C’est aussi une culture qui obéit avec une conviction aveugle à la doxa néo-libérale. Chacun est considéré comme un consommateur isolé, attaché à son ordinateur où il se régale de culture numérique. De là, il règle par carte bleue ses achats culturels, et n’est invité à ne sortir de chez lui que pour participer à des "modes de consommation démocratisés par des rendez-vous festifs et populaires", susceptibles d’être "des ferments de cohésion sociale". La culture est appelée à faire preuve de son utilité, c’est-à-dire à être instrumentalisée politiquement, pour ravauder un tissu social décousu par les politiques libérales mise en œuvre depuis des années. (…)
La CPC se veut populaire. Nous la croyons populiste. D’abord dans son bon gros usage de la dénonciation des élites culturelles et aussi dans son appel à la prise en compte des "pratiques culturelles spontanées" qui vont, on le comprend, du Hip-hop pour les habitants du 93 aux pastorales pour les provençaux. On remarquera que les production populaires semblent imaginées en tant que folklore fixé une fois pour toute, indexé à une population précise, et jamais en terme de contre-cultures inventées au jour le jour par des groupes susceptibles de s’auto-organiser.
Au fond, il s’agit d’occuper le peuple. (…)
Car si on veut dissoudre le vernis de semi vérités, de rétractations, de fausses confidences, dont sont confits les discours de nos gouvernants, il suffit d’observer leurs choix budgétaires.
Quiconque travaille dans des théâtres, des plateaux de tournages, ou sur d’autres lieux de la production artistique, sait que le financement de la culture est en baisse et particulièrement dans les domaines prétendument prioritaires par les auteurs de la CPC : par exemple pour le travail en zones sensibles, prison, hôpitaux, quartiers périphériques, mais aussi pour les projets atypiques, hors cadres, hors institution.
Tous les fonctionnaires du ministère de la Culture peuvent constater les dégâts occasionnés par les coupes budgétaires et l’application aveugle et idéologique de la RGPP.
»


La démocratisation culturelle ne sera jamais menée ni même défendue par le Ministère en place. Ses projets sont tout autres. Si démocratisation il y a, elle est l’œuvre de ceux qui y travaillent sans forcément s’inscrire dans les « politiques culturelles ».
Voici ce qu’en disaient les militants du CIP-IDF :
« Qui a inventé, pratique, et vivifiera encore la démocratisation culturelle ? Des individus, des équipes qui, surtout en province, ont essaimé leurs utopies sur tout le territoire. Ces aventures artistiques (troupes de théâtre, cirques, associations de production vidéo, collectifs de théâtre de rue, groupes de musiques, compagnies de danse et tutti quanti) ont pollénisé le territoire. Certaines se sont métamorphosées en institutions, d’autres ont continué sur des chemins de traverse. Peu importe. Un modèle alternatif à la Culture (avec un grand K) était apparu. Ce modèle échappait aux experts, aux politiques, aux lois de l’économie libérale. (…)

Ce portrait de l’artiste en intermittent de l’emploi, susceptible de s’assembler librement en groupe artistique ou politique est l’image en négatif exacte du producteur asservi et du consommateur culturel passif rêvé par le ministre de la Culture. C’est son cauchemar.
La question n’est pas de savoir si la culture doit être pour tous, pour chacun ou partagée, voire les trois. 
La question est de savoir comment dans les années à venir sera entendu, diffusé, rémunéré, ce désir d’expression et d’émancipation de la société, comment enfin sera reconnue la culture fabriquée par tout un chacun, par tous et par chacun.
»

« Culture pour chacun » est aujourd’hui obsolète… Mais même si les réformes préconisées par le rapport ne sont pas menées, il est important de saisir son idéologie. Car aujourd’hui, les mêmes partenaires économiques conseillent les mêmes cadres du ministère, pour initier le même type de mesures à venir !


(16) La DGMIC — Direction générale des médias et des industries culturelles — est le nouveau nom d’une entité créée en 2010, et qui rassemble deux anciennes directions, la Direction du Livre et de la Lecture et la Direction du développement des médias. Elle constitue désormais une des trois directions du Ministère de la Culture et ses missions ont une orientation plus libérale qu’auparavant, davantage tournées vers la prospection commerciale, le monde de l’entreprise, etc. La dénomination de cette direction, « Médias & industries culturelles », résume assez bien le virage amorcé.

16 juin 2011

quand l'Etat récompense ses bons élèves

Sous Staline, les ouvriers modèles des grandes industries étaient récompensés par les honneurs. Le mineur du mois, le chaudronnier du mois, l'ajusteur du mois, etc. avaient leur photo à l'entrée de l'usine.
La France est un pays où, même quand la droite règne, on pratique l'écrémage parmi les travailleurs : on fait fonctionner le mérite à plein. L'État choisit les "bons élèves", selon le vocabulaire en vigueur actuellement, il fait honneur à ses favoris en les présentant comme des modèles.
C'est pas toujours à l'entrée de l'usine, mais même à l'entrée du Ministère de la culture, qu'on affiche la photo des nommés :

25 avril 2011

Marine Le Pen populaire chez les pauvres ?

Le Figaro.fr du 24 avril 2011  : "A moins d'un an de la présidentielle, Marine Le Pen caracole en tête d'un sondage Ifop * pour le Journal du Dimanche. Cette fois, elle est le choix préféré des ouvriers avec 36% d'intentions de vote dans cette catégorie de la population, contre 17% pour Dominique Strauss-Kahn et 15% pour Nicolas Sarkozy. (...) Dans le JDD, le directeur de l'Ifop, Frédéric Dabi, fait valoir qu'il s'agit là d'un «retour en arrière» : en 2007, Nicolas Sarkozy avait en effet réussi à récupérer le vote populaire..."
Le Figaro peut le clamer avec gourmandise, le FN c'est la faute des pauvres.
Les électeurs les plus exclus et les moins protégés par l'État sont souvent passé d'un vote de plébiscite (pour Sarko en 2007) à un vote de rejet (pour Le Pen en 2010). Le "retour en arrière", dont parle le quotidien de droite, c'est quoi ? c'est la progression des intentions de vote, ou c'est l'aggravation des politiques antisociales ?

15 avril 2011

Culture pour chacun pour soi (2) - comment on a élaboré la "doctrine"

Cet article fait suite à : "Culture pour chacun pour soi, 1ère partie : l'évolution de l'action culturelle d'État"


Le rapport « Culture pour chacun », publié en septembre 2010 par le Ministère de la culture, entend répondre à la préoccupation suivante : « comment réduire l’éloignement entre population et culture » ? Cette question hante les services du ministère depuis longtemps et a donné lieu à diverses études et divers projets.

Avant d’aborder cette question, j'aimerais en poser une autre, une question de fond. Puisque le dictionnaire Robert définit la culture comme l’ensemble des connaissances acquises qui permettent de développer le sens critique, le goût, le jugement, de quoi l’individu a-t-il besoin pour cela, qu'est-ce qu'il lui est nécessaire pour comprendre les enjeux de la société, pour y devenir un acteur et pas seulement un subordonné du pouvoir ?
Qu’est-ce qui est nécessaire au peuple et qu’on appelle culture ? 



F. Kupka, "le théâtre de marionnettes (l'assiette au beurre, 1903) 

Un débat public sur le rôle et la nécessité de l’action culturelle — musées, théâtre, spectacle — serait salutaire. Car, on peut considérer comme acquis que la culture est indispensable au peuple (tout comme Danton disait de l’éducation qu’elle était, « après le pain, le premier besoin d'un peuple »). Mais il faudrait expliquer ce postulat, pour le vérifier.
Questions : Quelle culture est indispensable ? le patrimoine commun ? les modes de vie des groupes humains ? l’art ? l’expression populaire ? Par ailleurs, qu’est-ce qui, dans la culture, en fait quelque chose d’indispensable ? est-ce la connaissance ? la part de spiritualité ? la possibilité de percevoir les choses autrement ? la maîtrise de notre environnement social ? la garantie de briller en société ?


« Briser les résistances » des publics.


Janfeig

Or les réflexions engagées par les pouvoirs publics ne remettent pas en cause le sens de l’action culturelle. Invariablement on part du principe qu’elle est indispensable, et on ne fait que se demander « comment l’action de l’Etat peut-elle toucher tout le monde ? » Pour s’en tenir aux musées, François Mairesse (5) explique que l’évaluation muséale, depuis des décennies, « est davantage considérée comme un moyen de justifier l’activité plutôt que comme un outil tentant de mieux cerner le sens et la valeur de l’action muséale ».
Le vocabulaire est souvent celui du conflit, du combat. Action d’État v/s comportements du peuple. Dans le numéro de 2009 de « musées et collections publiques de France », l’article « musées et société » étudie les « relations entre les musées et les publics à conquérir » (6).
Ces réflexions sont stratégiques, elles tendent à trouver les moyens de « briser les résistances » (comme disent des textes ministériels) des publics envers les institutions cultuelles. Cela implique un rapport de force, ou de pouvoir. Ces stratégies consistent, pour les pouvoirs publics, à chercher tous les moyens — fussent-ils la publicité ou d’autres formes de manipulations — d’attirer les populations vers les musées, salles de concerts, salles de théâtres ou lieux d’expositions. 


Bourdieu et Darbel sont auteurs d’une étude fondatrice en 1966, l’Amour de l’art (7). Ils affirment que les acteurs du monde de l’art « s’accordent pour poser la question du salut culturel dans le langage de la grâce », traduisant bien l’état d’esprit des décideurs en matière de culture : il s’agit d’imposer le patrimoine à un public, indistinct et anonyme, qui serait « sommé de vibrer au contact des œuvres sublimes » selon le mot d’André Lhote.

On peut parler d’élitisme : elle est élitiste, l’action culturelle qui décide d’en haut de ce qui est beau et bien pour le peuple, ce qui doit élever ou divertir la population, sans se soucier de ses réels besoins.
Jean-Claude Wallach, ancien délégué du Syndeac, fait un constat difficile à avaler : « Prenez la démocratisation culturelle. Son véritable enjeu était de changer la structure des publics, de faire en sorte que les gens les plus éloignés de la culture se trouvent concernés. Mais on voit toujours les mêmes dans les salles de spectacle. Les statistiques montrent bien que la diversification ne fonctionne pas.» (8)
Pourtant, comme le défend Marc Fumaroli, professeur au Collège de France, « le musée public, conformément à son programme génétique, doit d’abord être un lieu de savoir et d’éducation. C’est à ce titre, plus que par son taux de fréquentation, qu’il sert l’intérêt général et démocratique. » (9)


Des études dévoyées par le gouvernement 


Dans leur quête de publics plus nombreux, les ministres s’appuient sur des études et des rapports qu’ils commandent. En 1992, un rapport a été rédigé sous la direction de Hana Gottesdiener, professeur de psychologie, pour le Ministère de la Culture et de la communication. Ce rapport édifiant, nommé « Freins et motivations à la visite des musées d'art », analyse "les différences individuelles au sein de groupes homogènes (résidence, position sociale, âge)" afin de cerner ce qui éloigne ou rapproche les populations des musées, selon les catégories de populations. Il apparaissait que les freins sont souvent liés à des "craintes", des "peurs", face au caractère exigeant, élitiste, des musées.
« La rencontre avec l’œuvre s’inaugure dans la peur aussi bien pour les cadres que pour les employés. Cependant pour les employés, cette peur rend compte du risque inhérent au franchissement, au passage à un monde étranger, autre. Ce passage pourrait être l’occasion d’une perte des repères habituels. Pour les cadres, la rencontre s’inscrit dans une trame référentielle déjà existante, elle est l’occasion d’une confrontation qui suscite des craintes : au-delà de la confrontation à un savoir constitué ce qui est en jeu c’est la confrontation avec soi. »
Pour « ceux qui ont le plus peur », « ne pas réussir, c’est ne pas être dans ce qu’ils pensent être la norme, c’est donc une remise en question de leur position. »
Plus loin on peut lire que « C’est parmi les cadres et les professions intellectuelles que le musée d’art est relativement le plus fréquenté », et que, statistiquement, « les musées d’art sont plus élitistes que les musées scientifiques ».
L’auteur, ayant interrogé les publics de plusieurs pays, rapporte que, même à l’étranger, « le musée est perçu comme un lieu d’apprentissage qui s’oppose pour eux à l’image d’un lieu de détente ».
Le rapport « Freins et motivations … » montre que, pour une grande partie du public, la confrontation au patrimoine muséal est vécue comme un exercice scolaire, un devoir ; et que d’ailleurs, l’immense partie de la population ne visite les musées que lors de sorties scolaires. Le rapport montre aussi que la fréquentation des musées est perçue comme une activité élitiste. Elitisme, élitiste. C’est ce terme qui va servir d’arme aux auteurs de la « Culture pour chacun » dans leur offensive contre la démocratisation culturelle.

On peut aussi consulter les travaux de Jacqueline Eidelman à ce sujet, dans sa « sociologie des publics des musées de France » (10). Ou bien l'ouvrage L'Accès des jeunes adultes à l'art contemporain, par Hana Gottesdiener et Jean Christophe Vilatte (Ministère de la culture et de la communication, 2006), qui pointe les facteurs sociologiques et psychologiques favorisant la visite des musées. Beaucoup de ces travaux font d’ailleurs écho au travail de Bourdieu et Darbel, qui consistait à déterminer sociologiquement les caractéristiques des publics des musées.

Diverses synthèses furent faites par les cadres du Ministère. En 2000, sur le site du Ministère de la Culture (sous Catherine Trautmann), on pouvait lire des analyses sur « les pratiques culturelles des Français : des envies et des obstacles ». Notamment : « Pour certaines catégories sociales, le musée ou le monument historique apparaissent comme quelque chose d'étranger, le lieu d'une "culture élitiste", trop éloigné de leurs préoccupations quotidiennes ». En réponse à cela, le Ministère proposait, pour « rendre la Culture plus accessible », des mesures phares axées sur la gratuité et des réductions tarifaires. On a pu s’apercevoir, une fois de plus, qu’il n’est toujours pas question de changer la nature de ce qui est exposé ou présenté, mais d’en modifier seulement les conditions d’accessibilité.

On a là des textes qui décrivent bien les relations des visiteurs aux musées et aux oeuvres d'art, et qui pourraient servir à des politiques culturelles clairvoyantes. Clairvoyantes… elles le seraient si elles n’étaient pas de plus en plus soumises aux diktats commerciaux des industries culturelles et du divertissement.

Après les errements de la gauche, la droite sonne le glas des tentatives de démocratiser la culture. En avril 2007, avant l’élection présidentielle, le syndicat SUD Culture Solidaires a publié un document consacré aux propositions "culturelles" des candidats aux élections présidentielles (11). Il y rapportait notamment les intentions de Sarkozy:: consacrer 4 Miliards d’euros en 10 ans au patrimoine monumental parce qu’il « génère un flux de touristes considérable ». Il rappelait que pour Sarkozy, « la politique culturelle doit développer les conditions d’un partenariat qui doit être fortement encouragé entre l’intervention publique et celle du secteur privé ». D’où le projet d’un « régime fiscal favorable au mécénat, des exonérations fiscales » et la suppression de « la distinction entre le parrainage et le mécénat ». Il rappelait que pour ce candidat, l’action culturelle consistait à rentabiliser l’art et la culture en les soumettant à la loi des marchés.


Le rapport d’Elise Longuet, pour une culture « labellisée » par les entreprises 


De ces projets, aucun ne s’est démenti, si ce n’est des détails de chiffrages. L’UMP a défendu les visions du gourou de l’Elysée. En 2009, le Ministère de Culture et la communication a confié une « mission d’étude et de propositions sur des actions directement opérationnelles » à mener dans le secteur culturel. Et la mission fut confiée à… Elise Longuet, administrateur de la fondation Culture et diversité au sein du holding FIMALAC. Pourquoi FIMALAC ? FIMALAC a été créé et est dirigé par Marc Ladreit de Lacharrière (12). Le groupe, outre le mécénat et les activités immobilières, détient l’agence de notation financière internationale Fitch Rating, dont dépend la crédibilité des finances étatiques public. Servilité, opportunisme : on peut comprendre que les membres du gouvernement aient offert le rôle de conseil à une telle entreprise… Mais passons ; Elise Longuet a donc fourni en mars 2010 le Rapport Longuet, titré : « Culture pour chacun - Étude et propositions d’actions en faveur de l’accès de chacun à la culture, et principalement de trois populations qui en sont éloignées, les jeunes, les habitants des banlieues défavorisées, et les habitants de l’espace rural. » 


Presque 100 pages, précises et décisives (et pourtant absentes du site du Ministère de la Culture).
On y trouve toute la matière qui servira le fameux rapport de septembre 2010. D’abord, Longuet ne parle pas de culture, mais assène à chaque page la notion de culture pour chacun, qui doit être « placée au rang d’enjeu national ». La formulation même, culture pour « chacun », induit que l’action culturelle doit être adaptée à chaque catégorie de populations, chaque intérêt individuel.
Le rapport tourne brutalement le dos à l’ambition du CNR — proposer un patrimoine commun à tous pour que tous aient le même socle de connaissances, d’analyse, de sensibilité. Il tourne le dos à la démocratisation culturelle. 


Le rapport Longuet préconise le développement des cartes culture, des chèques cadeaux culture, des forfaits d’entrée aux sites culturels, en bref la fidélisation des publics, qui doivent être séduits et attirés vers les « temples » de la culture. Notons que ces mesures (parfois qualifiées de gadgets) favorisent les habitués, mais ne remettent pas en cause les politiques tarifaires abusives. A ce sujet, la cour des comptes a publié le 30 mars 2011 un rapport sur la gestion des musées nationaux de 2000 à 2010, qui fustige les choix de gestion muséale. Selon la Cour des comptes, l’action muséale bénéficie d’abord aux « Parisiens âgés et aisés » et aux touristes. Le syndicat SUD Culture Solidaires confirme qu’on entretient « des musées trop chers pour un public restreint » (13). 

Elise Longuet est représentante d’une entreprise de mécénat ; ses attributions consistent à encourager le partenariat entre culture et entreprise. Elle prévoit donc la création par le Ministère d’un « label de référence ‘projet de culture pour chacun’ ». Un label de référence pour… une culture de référence ? Anticipons : des projets culturels pourraient être aidés et financés parce qu’ils répondent aux critères du label et sont célébrés par les entreprises. Mais qu’en serait-il des autres ? Admet-on qu’il n’y aura aucune action en faveur de la culture non labellisée ? L’appellation contrôlée culture pour chacun, autorisée par le secteur industriel et commercial, justifiera que les pouvoirs publics se désintéressent des pratiques artistiques.
Longuet propose aussi « la mise en place d’un Cercle des Acteurs de la culture pour chacun, qui permettrait à la fois de rendre hommage aux porteurs des projets les plus significatifs dans ce domaine, tout en regroupant dans une même structure les «locomotives» de la culture pour chacun, susceptibles d’incarner une véritable RSE Culture » (14). En d’autres termes, ce sont des entreprises, actrices de la CPC et regroupées en une autorité, qui donneront le ton en matière d’action culturelle. Elles seront exemplaires en termes de responsabilité : d’accord, c’est super rassurant, mais selon quels critères prioritaires ? et qui distribuera les bons points aux entreprises ?

En résumé, l’État prévoit d’assujettir la politique culturelle aux exigences des entreprises via le mécénat. Quel rôle l’État va-t-il encore jouer dans ce contexte ? et quelle place va-t-il déserter ? 

On n’est plus ici dans le contexte d’une action en faveur de la démocratisation de l’art. Le vocabulaire, s’il témoigne d’un sens des affaires, révèle surtout une méconnaissance flagrante du champ de la création artistique. C’est ce que relevait Valérie de Saint-Do sur Médiapart, le 6 mars 2011, dans son article sur le rapport Longuet : « Ils sont rarement sous les projecteurs, mais nombreux, les artistes et acteurs culturels engagés en profondeur sur le champ social : du tenace Armand Gatti à Bernard Lubat à Uzeste (Gironde), de Zebrock en Seine-St-Denis au festival Gindou Cinéma (Lot) ou au Mac Val de Vitry, pour ne citer que les plus visibles. Mais Élise Longuet ne s'est visiblement pas souciée de les rencontrer ni d'étudier leur action, à l'exception de ceux soutenus par sa fondation. »

Une grande partie du rapport porte sur le développement du web (culture en ligne, sites internet du ministère), avec l’idée qu’il faut « guider l’internaute au travers du Paysage culturel numérique ». Ce qui nécessite le développement de certains services ministériels, chargés de la construction du patrimoine numérique et des musées en ligne. Mais la culture, outil de cohésion sociale, doit-elle être une somme de contenus web ? ou bien au contraire une expérience vécue à travers un lien social, physique, sensitif ?

Dans les deux dernières parties du rapport, Elise Longuet sert copieusement la soupe au patronat : elle préconise d’augmenter l’exonération fiscale (réduire le plafond des dons déductibles) pour les entreprises mécènes, et applaudit la loi promulguée en août 2007 « qui permet aux redevables de l’ISF d’imputer sur leurs cotisations une partie de leur dons » 


La lettre de mission de Frédéric Mitterrand faisait le vœu de cohésion sociale. Le rapport Longuet y répond par un mensonge : « Les projets de culture pour chacun se caractérisent par le fait qu’ils visent un objectif de cohésion sociale sans renoncer à l’excellence culturelle. » Comment croire cela, quand nulle part il n’est fait état de moyens financiers et humains, quand nulle part on ne parle de la réalité des pratiques artistiques et des domaines de la création ? Quand on prévoit que le secteur privé, soucieux de son image et de ses profits, fera autorité ?


La Culture pour chacun, bras armé de la RGPP

Nouveaux besoins, nouvelles technologies, nouveaux développements. Dans un contexte de stagnation du budget global de la culture, de réduction des emplois et de précarisation du travail, on se demande comment on va mener toutes ces ambitions. En supprimant combien d’autres emplois, combien d’autres missions, combien d’autres services ? 


Le rapport Culture pour chacun de Pfister et Lacloche, publié en septembre 2010, est le produit du rapport Longuet. Mais il est aussi nourri de l’idéologie ultra libérale façon UMP, en surfant sur la vague d’un consumérisme détraqué. Ses auteurs prennent les vessies du divertissement industriel pour les lanternes d’une culture éclairante.
Avant de nous pencher sur les dérives programmées par ce rapport de 2010, rappelons que l’action culturelle, comme celle d’autres ministère, sont aujourd’hui soumises à la doctrine RGPP (15), cet ensemble de lois décidées fin 2007 pour démanteler les politiques publiques. On peut suivre l’actualité de la RGPP sur le site que le gouvernement lui a dédié, et notamment dans le bilan du 30 juin 2010 et des décisions prises pour chaque ministère (pour le secteur culturel, c’est à la page 203). Rappelons que tout ce qui est décidé par la majorité gouvernementale doit coller à cette doctrine. Et pour ce qui est de la Culture pour chacun, c’est dans la logique de la RGPP que doivent être compris les récents projets culturels. 



DIRECTEUR DE MUSÉE EN GALÈRE 




(5) François Mairesse : docteur en histoire de l'art de l'Université libre de Bruxelles et chargé de cours de muséologie à l'Université Lyon III ; directeur du Musée Royal de Mariemont (Belgique).

(6) « Musées et collections publiques de France » est la revue de l’association générale des conservateurs des collections publiques de France, rédigée en partenariat avec le Ministère de la Culture, les conseils généraux du Nord et du Pas-de-Calais.
Dans l’article cité, Anne Krebs, du département étude, évaluation et prospective du musée du Louvre, souhaite y introduire des « interrogations sur le vocabulaire et les termes utilisés pour désigner les publics, ceux qui fréquentent naturellement, et ceux que l’on souhaite ‘toucher’, ‘conquérir’ ou ‘atteindre’… » Par ailleurs, elle admet que la« valeur » d’un équipement culturel, ne se mesurant pas à sa seule fréquentation, peut être aussi une « valeur d’existence et de présence » [au sein du territoire] ; ses apports perçus pour l’ensemble de la collectivité (…) ; sa valeur d’option pour la communauté (…) ou encore la valeur d’héritage (l’importance accordée au fait qu’il sera transmis…) » Elle reconnaît que « toutes ces dimensions sont aujourd’hui largement ignorées par les acteurs culturels ». Ajoutons qu’elles sont ignorées aussi par le ministère de la culture.

(7) Pierre Bourdieu et Alain Darbel, L’amour de l’art : les musées d’art européens et leur public — Paris, Éd. de Minuit, 1966.

(8) J.-C. Wallach ajoute : « Je ne pense pas que le ministère de la Culture se soit donné comme objectif l’accomplissement des publics. Il a d’abord et avant tout fonctionné comme un ministère de la création. À cause d’intérêts importants, tout le monde a voulu accréditer l’idée qu’il suffisait d’augmenter l’offre pour qu’elle se démocratise. Or les sociologues ont vite démontré que proximité spatiale et proximité sociale ne fonctionnaient pas de la même façon et qu’il ne suffisait pas de bâtir des équipements culturels pour que les gens entrent dedans. Ce qui est sûr, c’est que la consommation a augmenté. Ceux qui fréquentaient déjà les lieux culturels y sont allés plus souvent. »
J.C. Wallach est chargé de cours à l'Université Paris 1, ancien délégué du Syndeac (Syndicat National des Entreprises Artistiques et Culturelles).« La Culture, pour qui ? » 2006 (éditions de l'Attribut).

(9) Marc Fumaroli, Droit au musée, droit des musées — éd. Dalloz, 1994.

(10) Jacqueline Eidelman, Qui fréquente les musées à Paris ? une sociologie des publics des musées de France - Publics et musées, 1992 : http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/pumus_1164-5385_1992_num_2_1_1014

(11) Voix de SUD – avril 2007 : http://www.sud-culture.org/expressions/IMG/pdf/Voix_de_sud_avril_2007.pdf 


(12) Marc Ladreit de Lacharrière est un chef d’entreprise milliardaire ; ancien énarque, il a été vice-président-directeur général de l’Oréal, et administrateur d’Air France, France télécom, du Crédit Lyonnais, du musée du Louvre… il est aujourd’hui administrateur du groupe Casino, Renault, l’Oréal. Grand mécène, il crée, via FIMALAC, la fondation Culture & diversité en 2006. Marc Ladreit de Lacharrière a été décoré naturellement de la grand'croix de la Légion d’honneur.

(13) Cf le tract de SUD Culture Solidaires du 7.04.2001 : « Cour des comptes : lourde charge contre la gestion des musées nationaux » 


(14) RSE : Responsabilité sociale des entreprises, ici dans le domaine culturel.

(15) « La Révision Générale des Politiques Publiques (RGPP), programme de modernisation de l’action de l’Etat touchant l’ensemble des politiques publiques et l’ensemble des ministères, a été lancée en juin 2007 », dit le site du gouvernement. Le but principal est de réduire l’action publique, et les dépenses de l’État. La RGPP impose, sans réflexion sur les conséquences, des régressions sociales à tous les niveaux : diminutions de financements publics, économies d’échelles, suppressions de postes (un départ sur deux à la retraite non remplacé), externalisation de missions vers le privé, « partenariats » avec les entreprises quand l’État abandonne ses missions…

Courez plus vite, les filles !

C'est ce qu'on dit depuis toujours ! comme le montrent deux films sortis en un mois, les filles courent moins vite que les gars.
(surtout quand le sol penche.)
Ah, les boulets !

L'agence, sortie 13 avril 2011
la proie, sorti 23 mars 2011

7 avril 2011

Culture pour chacun pour soi (1) - l'évolution de l'action culturelle d'État.


En septembre dernier, le Ministère de la Culture a publié un rapport qui a fait du barouf dans les milieux culturels — et au-delà. Rédigé en vue de remodeler l'action culturelle du ministère, c'est un chef-d'oeuvre d'incohérences et de vues à court terme. Signé par Guillaume Pfister et Francis Lacloche (1), il est titré "CULTURE POUR CHACUN - Programme d’actions et perspectives" .

En le lisant, on constate, comme l’ont fait nombre de citoyens et d’acteurs de la culture, que ce rapport lance des offensives contre le service public de la culture, contre les tentatives de démocratisation de la culture, et contre le savoir lui-même, taxé ici d’« élitiste ». Ce faisant, il prépare le terrain aux grosses cylindrées de l'industrie du divertissement (bouquets TV, diffuseurs, médias dominants, majors, etc.) ; c’est l’État qui célèbre ici la marchandisation des biens culturels.
Répétons-le : si le rapport débouche sur un programme, on peut s'attendre à de réelles transformations de nos habitudes de consommations, de notre rapport à l'art et au patrimoine, de nos relations aux institutions culturelles, de nos représentations sociales.
Le rapport « Culture pour chacun » est donc un texte à teneur idéologique, qui invite à entreprendre un tournant néolibéral jusque dans nos mentalités.
Mais rappelons que ce texte s’enracine dans les politiques culturelles antérieures qui sont un terreau favorable. Rappelons aussi qu’il se base sur des concepts, études, des recherches sociologiques que les auteurs ont soigneusement exploitées pour les reprendre au compte du Sarkozysme.

26 mars 2011

comment réagir à la poussée FN ?

à droite : Alexandre Gabriac, candidat FN à Grenoble
La popularité actuelle de l'extrême-droite fait naître plusieurs réactions : on entend des experts télé qui peinent à donner des explications et parlent honteusement de tentations "populistes" des masses, on entend aussi des représentants de parti dominants qui rejettent la "faute" sur le parti opposé. Et ceux qui comptent se rassurer en croyant que le vote FN est un non-vote.

Sur cette toile de fond bordélique, il y a les réactions salutaires de certains mouvements anti-fachos ou foncièrement anticapitalistes. (*)

20 mars 2011

les adolescentes ont leur mag débile. les veinardes...

"20 ans", je connaissais. "Jeune et jolie" (le mag interdit aux vieilles et aux moches), je connaissais. Mais la presse évolue et j'ai découver "Girls". Filles.

J'imagine le brainstorming chez l'éditeur de presse Bauer :
"Écoutez les gars, les petites jeunes là, elles lisent pas beaucoup nos produits. Faudrait leur pondre un titre qui les attire, autant que Closer attire leurs daronnes."
Un peu plus tard :
"Allez les gars, on boucle un 1er numéro avec des conseils beauté et conseils forme, des classements in et out, des stars et des témoignages bidon. Soyez fun et n'hésitez pas à faire dans le spectaculaire : les ados sont prêtes à vibrer, à gober n'importe quoi ! Au fait on a un titre ?
— On peut appeler ça "Girls", c'est direct et ça fait States.