un blog pour observer les méthodes de la pub et aux formes de propagande, contre le langage marchand et son monde
27 novembre 2017
"Plutôt la tyrannie que la justice sociale", ou comment la collaboration servit de stratégie contre le Front populaire
"Plutôt Hitler que le Front populaire" était alors leur stratégie.
Annie Lacroix-Riz, à travers son gros bouquin Le choix de la défaites (réédité chez Armand Colin), parle d'un vrai complot — loin des rumeurs colportées par les antisémites et autres nationalistes. Un complot ourdi par ce qu'on pouvait déjà appeler une oligarchie.
Ce n'est pas un scoop. Juste une nouvelle recherche très documentée sur cet épisode par une historienne, qui replace la lutte des classes dans notre histoire, alors que les recherches sur ce sujet sont presque oubliées aujourd'hui.
Pour écouter l'émission, c'est ici !
La seule chose qu'il y a à tirer de cela aujourd'hui, c'est savoir jusqu'où les autorités sont capables d'aller par opportunisme, pour défendre les intérêts de leur caste. Aujourd'hui comme hier.
9 novembre 2017
Burger King lance un appel au secours
26 octobre 2017
l'écriture inclusive, faux combat du féminisme ?
Le mois dernier, Libé publiait un article au sujet d'un manuel scolaire qui usait de l'écriture inclusive, et de la petite polémique qui a suivi. On pouvait y voir à quel point le système "inclusif" propose des règles variables et multiples, une nouvelle façon de s'exprimer. L'écriture inclusive, c'est juste un outil dont usent certains féministes pour rendre visible leurs revendications.
A la suite des récentes révélations sur les violences faites femmes dans le monde, l'écriture inclusive fait le buzz. Or, avouons qu'elle est difficilement prononçable, qu'elle gêne la lecture. Et puis, en pratique, les rédacteurs (de tracts, de manifestes, etc.) oublient toujours des trucs à accorder — ou en rajoutent maladroitement... Je n'en peux plus de lire, dans la littérature syndicale, par exemple, que telle mesure a "un impact considérable pour tou-te-s les usager-e-s" ! ou qu'il faut une "requalification de tou.te.s les contrats aidé.e.s en CDI". Et je n'invente rien.
Ce n'est peut-être qu'un effet de mode langagier, mais il divise, il crée une polémique qui cache de vrais enjeux politiques : la violence faite aux femmes, les inégalités dont elles sont victimes dans de nombreux domaines...
Je pourrais paraphraser l'Académie française : "La démultiplication des marques orthographiques et syntaxiques qu’elle [l'écriture inclusive] induit aboutit à une langue désunie, disparate dans son expression, créant une confusion qui confine à l’illisibilité. On voit mal quel est l’objectif poursuivi [bon, en fait, on le voit très bien, mais il arrive que l'intégrité militante confine à l'intégrisme] et comment il pourrait surmonter les obstacles pratiques d’écriture, de lecture – visuelle ou à voix haute – et de prononciation. Cela alourdirait la tâche des pédagogues. Cela compliquerait plus encore celle des lecteurs." On a bien saisi que les combats féministes, les académiciens s'en cognent comme de savoir utiliser leur épée, et c'est regrettable. Mais je partage leur souci de la cohérence du langage et j'espère rencontrer un ensemble de règles, qui incluent les femmes à égalité avec les hommes sans rendre l'écriture imprononçable.
Pendant ce temps persistent les combats d'égalité des droits, de reconnaissance dans le monde du travail, de représentativité dans la sphère publique, de lutte contre les préjugés et les violences faites aux femmes, et les combats pour la reconnaissance des minorités sexuelles.
On sait que trop de femmes peinent à se faire payer au niveau de leurs collègues mâles, des femmes à qui on reproche leur éventuelle grossesse, qui se font tripoter ou subissent des remarques incessantes sur leur apparence, comme si elles n'étaient que des éléments de déco (et qui savent que quand leurs patrons adoptent l'écriture inclusive, ça ne change rien pour elles)... Et je ne parle pas de celles, reléguées dans des situations d'esclavage conjugal ou social, dont le corps n'est qu'un outil à la merci des hommes ; celles que la grande majorité des défenseurs de l'écriture inclusive ignorent confortablement.
L'écriture inclusive est le parfait exemple d'un faux combat. Le féminisme est ailleurs.
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Par souci d'honnêteté je laisse cet article en ligne même si je le renie totalement aujourd'hui, mais au moins pour me pettre ce présent ajout.
Ma perception de l'écriture inclusive, comme un moyen de rendre visible les femmes à travers le langage, et comme outil d'une langue juste, a évolué au contact de militant.e.s féministes et de personnes qui proposent de nouvelles règles. Au contact de gens concernés par ces questions et qui en ont exploré les possibilités, je ne parviens plus à justifier certains usages actuels : le masculin neutre, le masculin pour un groupe mixte, le masculin par défaut, les professions au masculin, etc. Le langage reflète nos choix de civilisations ; celle que je souhaite est égalitaire.
La langue n'a rien de figé ni de légitime par essence. La langue change, on peut la faire changer selon que changent nos sensibilités.
Je laisse ce vieil article ici, également pour mesurer le chemin parcouru.
Paco, décembre 2022.
25 octobre 2017
La rentabilité dans le secteur du rire.
Certains humoristes se soumettent eux-même à un cahier des charges contraignant, à croire qu'il y a le CAC 40 derrière eux qui poussent à la rentabilité ! "Un rire toutes les 10 secondes !"... "toutes les 7 secondes !"... "toutes les 5 secondes !"
17 octobre 2017
"Syrie : Daesh chassé de Raqqa" - décryptage d'une couverture médiatique
"Syrie : Daesh perd Raqqa" ; "Raqqa libérée de Daesh"... les gros titres du jour, dans les médias français, communiquent la joie de cette victoire sur l'organisation terroriste. L'armée syrienne — après 4 mois de combats et des milliers de morts dont un tiers de civils — a donc repris Raqqa. "Avec le soutien de la coalition internationale", précise BFM, la plus influente des chaînes d'info TV.

De l'autre côté : des soldats en liesse, des groupes d'hommes qui dansent. Une femme qui plante un drapeau victorieux. 24 août 2017
MailJet. Ils sont jeunes et business friendly, différents mais pourtant unis...
ils sont différents mais pourtant unis.
ils portent des projets ouverts, fairtrade, porteurs d'investissements.
ils travaillent en coworking, en contexte de lean-management,
leur modèle économique à un visage humain.
ils représentent la société de demain
chez MailJet, ils ont l'air d'y croire...
qu'on se rassure, ça n'est qu'une affiche.
I.R.L., ils râlent le matin en allant bosser. I.R.L. ils connaissent le stress, ils mangent mal même s'ils mangent bio, parce qu'ils n'ont pas le temps de faire mieux. I.R.L., leurs rapports de hiérarchie génèrent peut-être frustration et jalousie. I.R.L. ils font ça pour de l'argent.
I.R.L. ils font caca.
6 août 2017
Techniques de manipulation publicitaire : un truc qu'Hitler avait compris.
Adolf Hitler, Mein Kampf, 1925.
Le Tribunal des flagrants délires fut une célèbre émission humoristique, de 1980 à 1983 sur France inter. La France écoutait Claude Villers, Luis Rego et Pierre Desproges — respectivement président, avocat et procureur — animer des réquisitoires dont les témoins étaient Guy Bedos, le Pr Choron, Jacky Berroyer, et dont les accusés ont compté Coluche, Le Pen, Dewaere, PPDA, Frédéric Mitterrand, Renaud, etc.
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| Luis Rego en réquisitoire, au Tribunal des flagrants délires |
Lors d'une séance du Tribunal, Luis Rego "plaida" pour Daniel Robert, publicitaire de son état, en récitant un texte qui traitait des méthodes utilisées dans la pub, soi-disant écrit par Jacques Séguéla, pape de la réclame. Daniel Robert souscrit à ce texte, reconnaissant l'auteur comme l'un de ses pairs.
30 juillet 2017
architecture collaborative : une "animation municipale" pour distraire les badauds.
Cette installation a attiré les badauds en mal d'activité, qui, avec leurs amants ou leurs enfants, venaient sans trop savoir à quoi s'occuper durant leurs congés. Ils ont d'ailleurs peut-être trouvé l'info sur le site Que Faire à Paris.

Avec un copain et nos mômes, on a joint cette "expérience humaine". Une équipe animant le projet nous a proposé de participer à l'édification de constructions faites de blocs de carton. Un animateur nous appelait pour nous regrouper autour d'une structure en carton, "allez allez, on a besoin de tout le monde, regroupez-vous autour de moi !". Nous avons afflué comme à l'appel du crieur, curieux, en attente d'inattendu, de nouveauté, de je-sais-pas-quoi. On s'est placés aux endroits choisis par les animateurs, se préparant à soulever le tout, et 1, 2, 3, ON SOULÈVE ! Vite, d'autres participants ont poussé de nouveaux blocs de carton sous la structure suspendue, on repose, et c'est magnifique, la construction a gagné 1 mètre. Nous obéissions à un point que c'est pas permis, d'autant qu'on ne cernait franchement pas l'enjeu.Après on fait tout tomber, chprouff, c'est trop bien, on filme ça, et on partage sur Facebook, sur le site de la Villette, bref on en parle.
La finalité ? Je ne pourrai pas vous en dire plus, car j'ai pas trouvé.
13 juillet 2017
le blues des migrants - , par-delà Lampedusa"
"Fuocoamare, par-delà Lampedusa" (2016) est un documentaire de Gianfranco Rosi.
Lampedusa est cette petite île située entre les côtes africaines tunisienne et sicilienne. Le film parle du passage des migrants par cette île, de la vie des marins qui y vivent, de l'activité des autorités, des médecins, et des vies chamboulées.
Dans cet extrait, un jeune Nigérian chante les mésaventures des voyageurs quittant l'horreur pour en trouver une autre : l'exil, le désert, les privations, la prison, les violences... et la foi, intacte. Et on pense aux chants des esclaves africains au temps du commerce triangulaire, dans les soutes des bateaux, les travaux forcés et les plantations. Et on réalise que les épreuves qu'on croyait passées dans les tiroirs de l'Histoire continuent aujourd'hui.
Le blues existe encore.
3 juillet 2017
Luc Boltanski et Arnaud Esquerre : "Enrichissement. Une critique de la marchandise"
Le nouveau livre des sociologues Arnaud Esquerre et Luc Boltanski parle de stratégies de valorisation, spécifiquement dans le luxe, l'art ou les biens patrimoniaux. Enrichissement est paru en février chez Gallimard.
Boltansk, directeur d'études à l'EHESS, est proche du courant libertaire ; il est familier du monde de l'art et particulièrement de l'art contemporain (et son frère Christian, lui-même artiste, interroge également le monde à sa manière). Esquerre est sociologue, chargé de recherche au CNRS, et a déjà écrit sur les manipulations mentales.
Ils montrent comment, dès les années 1980 sous Mitterrand, une nouvelle conception de l'action de l'État a permis de faire largement entrer l'économie dans les pratiques culturelles. Cette conception a marqué son temps puisqu'aujourd'hui le développement de la culture, presque partout, doit assurer un rôle économique.
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| Esquerre et Luc Boltanski• Crédits : Sylvain Bourmeau - Radio France |
L'économie de l’enrichissement produit peu de choses, mais crée de la richesse à partir de choses qui existent déjà. Boltanski explique que "son gisement principal est constitué par le passé : elle met en valeur des objets venus du passé, parfois même considérés comme des déchets. Dans l’immobilier, les immeubles des quartiers insalubres, comme ceux de la Tamise à Londres où se passaient les romans de Dickens, sont transformés en lofts pour des gens très riches" (1). "Une chose qui prétend au statut d’œuvre d’art est reconnue comme telle quand elle est considérée comme si elle était déjà muséifiée, c’est-à-dire promise à l’éternité" (2).
Le phénomène d'économie de l'enrichissement, qui créée une économie extrêmement inégalitaire, est observé dans ce livre de façon complète et originale. Avec d'autant moins de complaisance que les auteurs militent tous deux dans les luttes anticapitalistes et pour une société plus solidaire.
L. Boltanski, A. Esquerre : Enrichissement. Une critique de la marchandise
(Gallimard 2017, 672 p.)
25 juin 2017
"tout va bien, j'ai demandé au facteur de s'occuper de mes parents."
Le site de La Poste explique : "Grâce à son entreprise « Veiller sur mes parents », le groupe La Poste facilite le maintien à domicile des personnes âgées, en leur apportant des services pratiques et rassurants pour eux comme pour leurs proches."En bref, le client charge le facteur — moyennant des sous — de visiter ses parents ; le facteur rend ensuite des comptes au client. Il s'agit de "lutter contre l’isolement des personnes âgées en conservant un lien social", peut-on lire. Un tel dispositif semble choquant... mais qu'est-ce qui a justifié sa création ?
Le pays souffre d'une insuffisance des services de santé, aggravée par la fragilisation des services publics et des dispositifs de solidarité : difficile de trouver des personnels soignants ou des infirmiers à domicile, ou des maisons de retraite à des tarifs abordables.
Or comme l'affirme Éric Baudrillard (directeur des plateformes de services aux particuliers à La Poste), « avec 6 millions de personnes âgées de plus 75 ans, dont 40 % vivent seules chez elles [la Poste est] la seule entreprise à bénéficier en France d’un tel réseau de proximité ». Mais dites, ça fait un gros marché à prendre, ça ! Voilà sans doute ce qui a mené le groupe à adopter "une stratégie de diversification, pour faire face à la baisse de l’activité de l’acheminement de courrier", comme l'exprime le site Funéraire info.
En 2015, le groupe La Poste avait expérimenté une assurance dépendance, avec la visite à domicile des parents isolés. Puis l'expérience a été déployée avec Veiller sur mes parents.
Tu as des soucis pour veiller sur tes vieux parents ? abracadabra, le facteur est là ! Selon le contrat, il passera chez eux de 1 à 6 jours sur 7, pour dire bonjour, savoir si ça va, remplir un formulaire de réponses, et installer une appli qui permet à tes vieux de solliciter des services de téléassistance.
La Poste tartine sa pub à grands coups d'images souriantes et familières, de caricatures de "petits vieux" et de "gentils facteurs"...
On sait comment, en France, on néglige déjà nos vieux. Certains clients vont maintenant pouvoir s'acheter une bonne conscience, en négligeant les services d'aide compétents, voire en négligeant carrément leurs parents. C'est exactement ce que témoigne un client (rapporté par l'Obs) : "Je cherchais quelque chose qui me sécurise. [à défaut de sécuriser les vieux, on rassure leurs enfants...] Le fait que ça soit La Poste a beaucoup compté dans mon choix. J’ai plus confiance que dans une aide à domicile."
Or les facteurs ne remplacent ne pourront pas remplacer les personnels d'aide à la personne. De toutes façons, le groupe n'y a pas mis les moyens : des dizaines de milliers de facteurs ont suivi une "formation" de TROIS HEURES... et pour certains, il a suffi d'une formation sur Internet. À la suite de quoi ils ont reçu une "habilitation" pour pouvoir s’assurer que les personnes âgées vont bien. C'est si minable que les communicants de La Poste ne le disent pas publiquement ; ils devraient, pourtant.
Les facteurs ont été amenés au fil des années à faire du commerce, du conseil financier, et aujourd'hui à assurer des missions sociales et sanitaires. Certains d'entre eux lé déplorent. Patrick Brilouet, facteur et syndicaliste à SUD PTT, explique pour l'Obs : "la Poste joue sur la relation humaine qu'on a avec la population et la dénature. Aujourd'hui, on ouvre toujours la porte à un facteur. Si on se met à vendre des tas de trucs aux gens, j’ai peur qu’à terme on ne nous ouvre plus." De leur côté, SUD PTT accuse le groupe de "vendre le lien social du facteur", et la CGT dénonce "les conditions de mise en place de ce dispositif mercantile"...
Sur le terrain, le manque de formation et le flou des missions donne des situations absurdes, comme celle, rapportée par Le Monde, du facteur qui, en remplissant le formulaire avec le client et quand il a fallu mentionner si la personne allait bien, n’a pas inscrit de réponse. « Je ne suis pas médecin, comment savoir ? Du coup, j’ai été convoqué et j’ai écopé d’un blâme », témoigne-t-il. Quand il s’en est plaint à sa cheffe, elle lui a rétorqué : « S’il tient debout, tu dis qu’il va bien. »
Voilà de quoi justifier le tarif !
Tiens, tout ça me fait penser à un projet de réforme de Macron qui consiste à supprimer les cotisations salariales sur l'assurance maladie... logique ! si on baisse les dépenses de santé, faudra bien que les particuliers puissent s'adresser, selon leurs moyens, à des ersatz de services sanitaires...
Pourtant, des personnels soignants et des auxilliaires de vie, il en faut. La société doit protéger ses vieux (qu'ils aient ou non des enfants). Pour ça, il y a un moyen : développer les services sanitaires, les lieux d'accueils, revaloriser les métiers d'infirmier, aider les personnes aidantes. Et mettre le paquet.
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